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La rente des pauvres Les retraités revendiquent la réévaluation de leurs pensions et indemnités



La rente des pauvres                                    Les retraités revendiquent la réévaluation de leurs pensions et indemnités
Photo : Riad
Par Samir Azzoug
Après avoir trimé durant des décennies, cotisé pendant plus de trente ans, les deux millions de retraités sont loin d'avoir une fin de vie confortable. Dans un pays qui crapahute autour d'une économie de rente (la rente de situation étant la plus forte et se mue souvent en viagère), la leur, loin de s'apparenter à une reconnaissance de l'effort d'une vie, exprime presque une «permission de survie». «Ma pension de retraite est un «anti-moute» (anti-mort). Elle me permet juste de subvenir aux besoins vitaux de ma famille», gémit ami Omar, couvant sa détresse sur un banc public de la place des Martyres, à Alger. «Après des années de travail, on est astreints à notre âge de quémander», regrette celui qui se définit comme martyr de la fonction publique, corps auquel il a accordé quarante années de sa force et toutes ses dents. Les mieux conservés optent pour le «recyclage post-retraite» et travaillent souvent au noir dans le secteur privé. Les plus cossus, non contents de leurs pensions de retraite pourtant dorée, se voient catapultés à la tête d'entreprises ou établissements publics généralement en mauvaise posture ' il est étonnant de voir le nombre d'entreprises publiques gérées par des retraités, mais cela est une autre histoire '. Ainsi, l'immense partie des «sujets» de la CNR (Caisse nationale des retraites) se disent insatisfaits de leurs pensions et indemnités face à la cherté de la vie (qui contraste avec la survie). Pour le montrer, ils ont occupé à plusieurs reprises l'espace public et médiatique. Par groupes, ils ont dénoncé les espoirs perdus (dernière tripartite) et leur éviction de la nouvelle politique de distribution (émiettement) de la rente à différents secteurs d'activité qui a suivi les émeutes du 5 janvier dernier. Pourtant, à consonance péjorative, leur rente est légale. Un grand espoir avait gagné cette catégorie sociale avant la tenue de la tripartite (gouvernement-UGTA-patronat) en octobre dernier. Espoir déçu. La revalorisation des pensions à hauteur de 40% portée haut par le secrétaire général de la Centrale syndicale n'a pas pesé lourd face aux chefs d'entreprise. Ces derniers, ayant catégoriquement refusé une augmentation de 1% de leurs charges sociales, la requête de l'UGTA a eu l'effet d'un pétard mouillé. Révulsés et comprenant que le salut du retraité ' et du travailleur ' n'est pas la principale préoccupation des patrons, les retraités se tournent vers leur tuteur «légal», l'Etat. Interpellant directement le législateur, ils revendiquent la revalorisation par des mécaniques de révision textuelles. Alignement des pensions à 100% du SNMG (au lieu de 75%), actualisation des pensions antérieures à août 2005, augmentation de la majoration pour conjoint à charge, exonération de l'IRG pour les pensions inférieures à 40 000 DA. La tension étant montée, le ministre du Travail, Tayeb Louh, assure que des mesures «exceptionnelles» (sans jamais donner de détails) seront adoptées par le gouvernement au prochain Conseil des ministres. Il souligne, toutefois, que la revalorisation des retraites sera supportée par le budget de l'Etat. Heureusement que l'Etat providence est passé maître dans l'art du saupoudrage de la rente. Mais y a-t-il une autre solution ' Dans un pays où la productivité reste infime (97% du PIB est assuré par les hydrocarbures), une mutation démographique où l'Algérie de 2020 sera constituée de 12% de séniors, et un monde en crise économique sévère (plusieurs pays occidentaux révisent à la baisse les pensions de retraite), que faire pour assurer une fin de vie digne aux travailleurs ' D'ores et déjà, les dépenses de fonds de réserve des retraites (créé en 2006) sur fonds propre des cotisations de retraite flirtent avec les 280 milliards de dinars par an aux retraités, auxquels il faut ajouter les dépenses de solidarité national, soit 120 milliards de dinars. Le système de retraite qui est une formule de solidarité entre le retraité et l'actif qui verse près de 10% de son salaire en termes de cotisation 'rappelons-le : pour une faible productivité ', risque de peser très lourd les prochaines années. Pour atténuer cette charge, en plus de la création d'une véritable dynamique de production ' condition sine qua none ', il est urgent de revoir d'abord la politique salariale ensuite l'encouragement des formules financières compensatoires. Pour le premier point, la masse salariale de l'Algérie n'excède pas 20% du PIB alors qu'elle est de 35% dans les pays émergents et 50% dans ceux dits développés. Une plus juste répartition de la richesse en faveur des travailleurs pourrait donner ce coup de fouet nécessaire à la production, donc à la création de richesses. Pour les formules compensatoires, il est plus que nécessaire d'accorder une plus grande importance à l'épargne retraite. Les formules d'assurance retraite complémentaire très dynamiques ailleurs ne trouvent pratiquement aucun écho. Alors que c'est une démarche qui pourrait compenser l'insuffisance des pensions et autres indemnités dispensées par la CNR. Mais pour cela, il faut que le salarié puisse avoir des mensualités lui assurant la possibilité d'épargner. Dans le cas contraire, l'adage populaire qui dit «travaille ô ma jeunesse pour ma vieillesse. Et travaille ô ma sénescence pour mon cercueil» se muera en «travaille ô ma jeunesse jusqu'au cercueil».
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