Les braises de janvier dernier sont loin d'être éteintes
Le scénario de janvier dernier va-t-il se reproduire à travers les rues de nos villes'
Routes coupées à Béjaïa, syndicalistes en sit-in et adjoints d'éducation réprimés à Alger et des travailleurs en ébullition à Rouiba et à Hassi R'mel. Ce sont les quelques ingrédients d'une situation sociale au bord de l'explosion.
A Aïn Defla, ce sont les paramédicaux qui menacent de paralyser le secteur de la santé dans cette wilaya.
Les braises de janvier dernier sont donc loin d'être éteintes. Ce ne sont ni les opérations de distribution de logements ni les subventions aux produits alimentaires qui y changeront quelque chose. Les gouvernants se rendent compte qu'il ne suffit pas de mesurer la production nationale brute pour acheter la paix sociale. C'est le curseur de l'indicateur de bonheur national qu'ils doivent suivre des yeux. L'Etat accorde en 2011, 13 milliards de dollars en transferts sociaux pour soutenir les prix des produits alimentaires mais aussi les logements, les étudiants et les retraités. Il y a aussi les augmentations de salaires qui ont émaillé toute l'année 2011. Ce n'est pas assez pour réfréner le goût prononcé des Algériens à la contestation. Le désespoir d'une partie de la population les pousse même à attenter à leur propre vie à travers l'immolation par le feu ou d'autres moyens. Deux exemples: un jeune a failli se jeter du toit de la daïra de Touggourt, las d'attendre une attribution de logement et un élève a rendu l'âme après son immolation à Mila. Mais à croire le wali d'Alger, Mohamed Lekbir Adou, il n'y a pas que les citoyens et les syndicalistes qui poussent à la protestation. Il pointe un doigt accusateur envers les élus locaux qui contribuent à attiser la flamme du mécontentement. Il admet que les citoyens n'hésitent pas à accentuer la pression sur les collectivités locales afin de hâter l'attribution de logements. La contestation ne se manifeste pas seulement à travers des marches et des rassemblements.
Le malaise est aussi perceptible à travers l'insatisfaction de plusieurs corps de métiers de leurs conditions. Les journalistes contestent le projet de loi sur l'information, la société civile rejette celui organisant les associations et les partis politiques sont opposés aux velléités, vraies ou supposées, de mainmise du ministère de l'Intérieur sur leurs activités. Ajoutez à cela la plaidoirie des avocats à l'encontre d'un projet de loi qui ne suscite pas leur adhésion. Ils ont boycotté les salles d'audience pendant plusieurs jours. Il y a même jusqu'aux inspecteurs de l'éducation nationale, 4000 dans le palier primaire, à boycotter les activités du ministère de tutelle.
L'état d'esprit qui prévaut actuellement dans le pays ne pousse guère à l'optimisme si l'on se limitait à énumérer les foyers de tension sociale. Même le secrétaire général de l'Ugta, Abdelmadjid Sidi Saïd, n'a pas exclu, lors d'une rencontre récente avec les syndicalistes, la recrudescence des actions de protestation. Il demande même à ce qu'on ne l'appelle pas en pompier pour éteindre le feu.
A la veille des élections législatives et locales, personne n'est rassuré. Le ministre de l'Intérieur, Daho Ould Kablia a des rapports précis sur la situation. Et il avertit qu'il n'est pas question pour lui de laisser la rue faire vaciller les fondements de l'Etat. C'est dire que les germes de la protesta sont toujours présnts et que cela inquiète énormément. Mais le génie du gouvernement consiste à l'étouffer sans se donner en spectacle. On n'utilise pas de gourdins, on ne tire pas des grenades lacrymogènes. On préfère déployer des bataillons de policiers pour dissuader les manifestants. On fait appel aux Algérois pour les chasser. De la sorte, on évite de donner du grain à moudre aux caméras de télévisions. Et les associations des droits de l'homme ne peuvent plus user de leur phraséologie pour décrire les émeutes. A défaut d'autoriser la population à marcher dans la rue, le ministre de la Communication, Nacer Mehal, invite les opposants à venir s'exprimer à la télé. Un premier pas est franchi avec le FFS qui renoue avec le petit écran pour la première fois depuis des années. Les tentatives de séduction du gouvernement vont plus loin en promettant des élections qui se dérouleront dans une pluralité sans précédent, selon les termes du communiqué du Conseil des ministres de dimanche dernier.Est-ce suffisant pour dompter la classe politique' Assurément pas. D'ailleurs la restriction des libertés publiques ne fera qu'exacerber la remontée des extrêmes. Ce seront les islamistes qui vont tirer les marrons du feu. Avec en prime davantage de penchant à serrer les vis.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ahmed MESBAH
Source : www.lexpressiondz.com