Alger - A la une

«La privatisation des EPE par manifestation d'intérêts a privé la Bourse d'une grande opportunité»



«La privatisation des EPE par manifestation d'intérêts a privé la Bourse d'une grande opportunité»
Avec la raréfaction des ressources financières, le cap est mis sur le développement du marché des capitaux. Or cette question fait débat depuis des années sans que l'on assiste au décollage de la Bourse. Pourquoi 'La Bourse d'Alger, inaugurée en 1998, dont le cadre d'organisation et de fonctionnement a été amendé, complété et modernisé plusieurs fois, ne participe toujours pas au financement de l'économie nationale, alors que l'ensemble des acteurs et des autorités de la place sont convaincus qu'elle peut être un outil puissant de transformation de l'économie nationale et de la gouvernance des entreprises à travers la discipline de gestion et de transparence financière qu'elle impose.
Car un marché financier performant et durablement liquide, permettrait surtout d'assurer un relais, indispensable à terme, aux modes actuels de financement des entreprises algériennes tant publiques que privées. Cette préoccupation est en réalité le sujet d'actualité qui se trouve au c?ur des politiques de sortie de crise des pouvoirs publics, caractérisée par un grand besoin de mobilisation de l'épargne publique.
Ce qui a été confirmé lors de la 20e Tripartite (gouvernement ; UGTA ; patronat) tenue à Annaba le 6 mars 2017 et c'est ce qui ressort du communiqué final: «Les signataires de la déclaration finale ont convenu de renforcer et d'encourager les instruments alternatifs et innovants de financement de l'économie, à l'instar du marché financier et du partenariat, qui constituent un levier important dans le domaine de l'investissement, etc.»
De leur côté, les professionnels considèrent qu'une taille critique de la Bourse d'Alger (en nombre d'entreprises cotées) est nécessaire pour intéresser les IOB, les investisseurs et toutes les parties prenantes du marché.
Avec un tissu d'entreprises dominé par les très petites et petites entreprises et une exclusion des grandes entreprises publiques de l'introduction en Bourse, quelle garantie pour la relance du marché boursier '
A ce sujet, il convient de rappeler qu'un grand nombre d'entreprises publiques de tailles différentes (plus de 300 EPE SPA) ont été privatisées en dehors de la Bourse d'Alger (entre 2000 et 2008). Le gouvernement a préféré la vente directe et par manifestation d'intérêts par les futurs acquéreurs et non la voie royale et transparente de la Bourse des valeurs mobilières.
Ces choix stratégiques de privatisation des EPE SPA par manifestation d'intérêts, ont privé la Bourse d'Alger d'une grande opportunité de se développer et de jouer son rôle de transparence et d'élargissement de l'actionnariat au grand public et aux institutionnels.
Les entreprises de l'Etat non privatisées totalement sont engagées depuis 2009 dans un partenariat stratégique avec des grandes entreprises internationales sur la base de la règle 49/ 51% pour s'ouvrir sur des nouveaux marchés, acquérir la technologie, améliorer la gouvernance et diversifier la production. Ce partenariat est soutenu par un pacte d'actionnariat confidentiel entre les parties prenantes qui arrêtent la stratégie, les objectifs et les conditions de réalisation sur une durée donnée (moyen et long termes)
Le sauvetage de ces entreprises publiques économiques (EPE/SPA) est en cours de devenir une réalité aujourd'hui dans un nouvel environnement économique ouvert, concurrentiel et compétitif. En plus, leurs bilans se sont relativement redressés et la majorité de ces entreprises disposent de liquidités et portent un important portefeuille de projets d'investissement productifs en cours de lancement. A l'avenir, ces entreprises mixtes constitueront un potentiel et un gisement important de sociétés éligibles à la cote à la Bourse d'Alger.
Quant aux grandes entreprises nationales (SH, Sonelgaz, Cosider, Air Algérie?), le gouvernement ne compte pas ouvrir leur capital social par la Bourse d'Alger. Ces grandes entreprises publiques gagneraient à ouvrir le capital social de leurs filiales aux partenaires stratégiques, pour lever des ressources longues et acquérir de la technologie.
Ce qui leur permettra de garantir la réalisation de leurs projets de développement conformément aux exigences et dans les délais contractuels.
En dehors du levier fiscal, quelles autres mesures à prendre pour encourager l'entrée en Bourse des entreprises '
La réponse à cette question nous renvoie à l'étude et à l'analyse du système financier en Algérie entre banques et marchés financiers, d'une part, et son degré d'ouverture et de développement financier, d'autre part. Les économistes dans le monde divergent sur «le rôle joué par les banques et les marchés financiers dans le développement du système financier et la croissance économique.
Certains sont en faveur d'un système dans lequel les intermédiaires financiers (banques) fournissent la plupart des services financiers, alors que d'autres insistent sur la suprématie des marchés financiers». A ce sujet, deux principales pistes de réflexion prédominent chez les professionnels au niveau de la place d'Alger :
1- Pour certains, les 9 Banques?IOB actuellement agréées par la Cosob peuvent jouer un rôle d'intermédiation plus déterminant si l'Etat donne l'exemple et introduit les entreprises publiques (semi-publiques ou filiales) à la Bourse d'Alger pour améliorer leur gouvernance avec des partenaires stratégiques, introduire de nouvelles technologies et accéder à de nouveaux marchés. Ce qui permet de lever des ressources longues grâce à l'ouverture de leur capital social.
- En même temps, l'Etat donne un signal fort à l'ensemble des intervenants de la place. Il leur ouvre des perspectives et garantit un plan de charge aux banques ?IOB et aux nouveaux IOB en Algérie.
- Ce qui nécessite de préciser les conditions d'intervention des banques IOB sur le marché dans le domaine de la gestion d'actifs financiers, des opérations de contrepartie, de tenue de marché, de prise ferme et de garantie de bonne fin.

2- Pour d'autres : les professionnels de la place doivent être encouragés à créer des sociétés IOB à travers le territoire national (au nombre de 100 et plus) et à développer tous les métiers titres qui manquent au marché de capitaux d'Alger.
-Pour cela, il faut libérer et associer les professionnels activant actuellement dans le domaine de l'expertise en comptabilité, en finance et en droit d'affaires. Ces derniers ne doivent pas hésiter à se lancer dans ces nouvelles activités de marché financier, car l'alimentation de la Bourse d'Alger en titres est tributaire de l'existence d'un service d'investissement et d'accompagnement des entreprises privées et publiques en Bourse.
Dans les deux cas de pistes de réflexion, L'Etat doit veiller à réunir les conditions de bon fonctionnement des activités d'intermédiation en Bourse par des actions et mesures de modernisation des conditions de négociations, de compensation et de règlement-livraison.
Le système d'information et de négociations actuellement en vigueur au parquet de la Bourse d'Alger a atteint ses limites et constitue un élément de l'absence de liquidités et de formation des cours d'équilibre. Ce qui entraîne beaucoup de séances de négociations infructueuses et porte préjudice à l'image de dynamisme et d'émergence que porte la Bourse d'Alger. Les pouvoirs publics sont appelés à mettre en place une nouvelle plateforme technologique moderne pour sécuriser, faciliter et rendre plus transparentes les transactions boursières.
Quid du rôle des IOB '
Le règlement Cosob relatif aux IOB, donne des définitions précises de chaque activité ou métier, titres autorisés dans le marché boursier d'Alger : le conseil en placement des valeurs mobilières, la gestion individuelle de portefeuille en vertu de contrats écrits, la gestion de portefeuilles d'organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), le placement de valeurs mobilières et de produits financiers, la garantie de bonne fin et la prise ferme d'émission de titres, la négociation pour le propre compte de l'intermédiaire, la conservation et l'administration de valeurs mobilières, et enfin le conseil aux entreprises en matière de structure de capital, de fusion et de rachat d'entreprises.
Toute autre activité est définie par la Cosob, ci-après dénommée «la Commission»
Ces activités d'Intermédiation en opérations de Bourse (IOB) sont récentes et peu répandues en Algérie. Elles sont exercées par les six banques publiques et deux banques privées de la place. Bien que la loi de la Bourse des valeurs (N° 93/10) autorise la création de SPA, en dehors de la banque, pour exercer principalement les activités IOB, la place financière d'Alger ne compte qu'une seule société agréée à ce jour. Il s'avère qu'aucune société cotée actuellement en Bourse n'a été «origine» par ces banques-IOB. En plus, les banques-IOB ne disposent pas aujourd'hui dans leut «pipe-line IPO» de sociétés en préparation d'entrée en Bourse.
Force est de reconnaître que ces banques ?IOB, qui étaient en surliquidités, exercent ces activités d'intermédiation en Bourse (IOB) à titre marginal et préfèrent à ce jour financer le «bas du bilan» des entreprises sur crédit bancaire. Elles ont donc une faible activité sur le marché et interviennent sur les rares opérations de placement sur le marché primaire et restent absentes après placement. Ce qui leur donne un service minimum pour justifier le maintien de la licence. Il y a aussi absence totale de banques d'affaires ou de banques de financement et d'investissement (BFI), appelées aussi banques de marché et d'investissement (BMI).
A ce sujet, les banques IOB et les sociétés IOB sont appelées à construire une relation forte avec la grande clientèle «coverage et corporate banking». Cette facette d'ingénierie financière montre de nouveau l'interdépendance des activités de la banque d'affaires (banque d'investissement au montage et à l'émission) et de la banque de marché (salle des marchés : placement et négociation sur le marché secondaire).
Il est même prouvé que la relation est biunivoque entre les deux, la salle des marchés enregistre un besoin de «papier» d'un certain type exprimé par les investisseurs et demande ensuite au corporate finance de trouver des clients prêts à l'émettre. C'est la «reverse enquiry».
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)