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"La politique du bâton conduira à l'explosion sociale"



Liberté : Quelle est votre réaction face à l'interdiction par la police de votre sit-in et à l'attitude de votre ministère de tutelle 'Zoubir Rouina : Les entraves contre le travail syndical sont inacceptables. Le droit à l'exercice syndical fait partie de nos revendications, car sans cela nous ne pouvons rien faire. Il ne s'agit pas d'admettre formellement l'existence des syndicats, d'une part, et de refuser l'agrément à la Confédération des syndicats et de nous interdire de manifester, d'autre part. Ce sit-in n'est pas seulement une action isolée à Alger, mais dans chaque wilaya. Au lieu de se préoccuper de la scolarisation des élèves, le ministère de l'Education et d'autres ministères se focalisent sur les examens qui ne sont, pour nous, qu'une évaluation des efforts des élèves. Nous avons perdu un trimestre entier l'an dernier, à cause de la pandémie de coronavirus, et repris le travail tardivement cette année. Mais cela ne semble pas important aux yeux des responsables du secteur. Pour nous, cela est inadmissible et c'est pour cette raison que nous avons demandé de revoir le système éducatif, les méthodes d'enseignement et le contenu des programmes, dans l'intérêt de l'élève. Toutefois, cela ne peut également se faire sans l'existence de conditions adéquates pour assurer une meilleure scolarité à nos enfants, dont la satisfaction de nos revendications socioprofessionnelles. Donc, réprimer un rassemblement lié à des revendications légitimes est inacceptable.
Qu'y a-t-il, selon vous, derrière ce discours menaçant de la part du gouvernement et du ministère de tutelle qui considèrent que les syndicats abusent du droit de l'exercice syndical '
Je pense que la liberté pour l'exercice du droit syndical n'a pas de limites, tant qu'il reste dans le respect du cadre de la loi. Cela est une lecture que nous refusons en tant que syndicalistes et syndicats, qui formulons des revendications légitimes et légales. D'un côté, le ministère montre qu'il est ouvert au dialogue et de l'autre il nous refuse ce droit de manifester. Ce qui prouve que cet appel au dialogue est formel, destiné à la consommation publique, parce que tout dialogue dont rien ne résulte n'est pas un dialogue. Il nous parle du statut particulier sur lequel nous avons travaillé trois ans, pour qu'il atterrisse au fond d'un tiroir. On ne peut pas construire un Etat avec un manque d'engagement des institutions et seulement des déclarations. On cherche à discréditer les syndicats.
Que comptez-vous faire, en tant que syndicats, après l'interdiction de ce sit-in puisque vous pensez que le dialogue avec le ministère de tutelle est un échec total '
En principe, le souci de l'Etat est la scolarisation des élèves et le bien-être des travailleurs. Et en tant que syndicats, enseignants et pédagogues, nous rejetons la force, parce que notre combat est en faveur du respect des libertés, toutes les libertés pour lesquelles les Algériens sont sortis il y a deux ans. Nous sommes une partie de ce peuple et nous exigeons que nos libertés soient garanties, à moindres frais. Car, nous ne constatons pas une vision économique claire, capable de sortir le pays de cette impasse et de répondre à toutes les revendications sociales et professionnelles des Algériens. La politique du bâton aggravera le ressentiment des gens et conduira inévitablement à une explosion sociale qui nuira à notre pays et à tous les citoyens.
Donc, il n'y aura pas de boycott des examens officiels, comme cela avait été avancé comme éventualité dans le préavis de grève du 18 mai dernier '
Effectivement, cela fait l'objet de discussions au sein de la Confédération des syndicats, dans le cadre d'un conseil ouvert. Cette décision est du ressort de nos bases dans chaque wilaya. Mais nous souhaitons la stabilité dans le secteur et une réponse favorable aux revendications des travailleurs. Il est temps, à mon avis, de trouver des solutions urgentes pour lutter contre l'érosion de notre pouvoir d'achat.

Propos recueilis par : Lyès M.
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