Alger - Revue de Presse

La politique de l'autruche



Intervenant devant la 6e conférence stratégique internationale sur les opportunités dans le secteur de l'énergie qui vient de se tenir à Alger, l'ancien ministre de l'Economie, Abdelatif Benachenhou, a appelé à la nécessité de marquer une pause dans l'inscription de nouveaux grands projets structurants engageant de lourds financements. Cela, a-t-il expliqué, dans le but d'amortir, sans trop de dommages, les chocs inévitables de la crise financière internationale sur l'économie nationale. Le débat sur les effets de la récession économique mondiale sur l'économie algérienne n'a pas encore eu lieu au niveau de la sphère institutionnelle en dehors des déclarations lénifiantes de hauts responsables qui se veulent rassurantes mais qui n'arrivent pas, pour autant, à convaincre grand-monde que l'Algérie pourra sortir indemne de cette dure épreuve si la crise perdure. Et cela semble bien être le cas, comme le confirment d'ailleurs tous les spécialistes qui s'accordent à dire que la crise s'inscrit bel et bien dans la durée et que l'on devra vivre avec, selon les hypothèses les plus optimistes, au moins jusqu'à l'horizon 2010. Les signes dévastateurs du ralentissement de la croissance mondiale qui se répandent comme une traînée de poudre dans les pays industrialisés, lesquels entrent les uns après les autres dans le dramatique cycle de la récession entraînant, dans leur descente aux enfers, l'économie mondiale dans son ensemble, ne paraissent pas ébranler outre mesure les certitudes des responsables algériens.Ces derniers avec une sérénité déconcertante persistent à vouloir faire croire que l'Algérie est suffisamment blindée financièrement pour parer à toute éventualité. Même lorsque le prix du baril du pétrole a commencé sa plongée pour ne plus se relever atteignant aujourd'hui des seuils annonciateurs d'un nouveau choc pétrolier, les autorités algériennes se montrent imperturbables et sûres de leur sujet. Le drame dans tout cela, c'est que cette politique de l'autruche s'observe aussi bien dans la sphère politique que dans la sphère économique. L'Algérie s'entend-on dire depuis le début de la crise, de la bouche de hauts responsables algériens, n'est pas et ne sera pas directement touchée par la crise financière au motif que les banques algériennes n'ont pas d'activité au niveau du système bancaire international. On se réjouit implicitement de l'archaïsme du système financier et bancaire algérien ! Sur le même ton où l'irrationnalité se le dispute à l'irresponsabilité et à l'incompétence, un syndicaliste d'El Hadjar expliquait hier que la crise du groupe sidérurgique Arcelor Mittal n'affecterait pas directement l'entreprise du fait que l'essentiel de ses produits est écoulé localement. Un responsable d'Air Algérie affirme avec le même optimisme que la compagnie ne sera pas touchée par la crise car... elle ne transporte pas de touristes étrangers !!! La crise qui a poussé les pays industrialisés à se remettre en question est vécue en Algérie, paradoxalement, presque comme un sacerdoce, une bénédiction de Dieu. En posant un tel (faux) diagnostic, le pays risque de se replier encore davantage sur lui-même comme un malade qui s'ignore et qui meurt à petit feu.
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