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«La poésie est une rébellion»



«La poésie est une rébellion»
Le titre de ton premier recueil peut se traduire par Spleen des paquebots. Pourquoi ce titre 'C'est un emprunt à la langue française. On parlait d'ennui des paquebots pour les voyageurs qui passaient des mois en mer. Comme mon recueil tourne autour du port d'Alger, l'expression prend un autre sens. Aujourd'hui, les bateaux s'ennuient au port. On les voit tous les jours attendant leur tour pendant des dizaines de jours. Vont-ils nous attaquer ' Va-t-il se passer quelque chose ' En fait, il ne se passe rien. J'ai écrit mes poèmes dans cette atmosphère de stagnation. Ce n'est pas pour revendiquer quoi que ce soit. Je parle de ce que je vois tous les jours dans mon trajet : la mosquée d'Alger, les grues gigantesques, les embouteillages? La politique s'invite dans mon vécu et j'en parle naturellement. L'image des bateaux en rade résume toute cette stagnation.Tes textes sur les embouteillages et le stationnement sont-ils un pied-de-nez à la poésie lyrique telle qu'elle s'écrit encore 'En Algérie, on n'a pas encore de poésie moderne en langue arabe. On a des noms qui écrivent épisodiquement mais cela reste marginal. Ailleurs, la poésie arabe a beaucoup évolué. Le poème en prose ou la poétique de la ville sont répandues. Pour répondre à la question, oui parler de ces sujets quotidiens est une provocation esthétique et une provocation contre la stagnation. D'autre part, je suis né et j'ai grandi dans la ville. Je ne connais que ça. Il n'y a aucun romantisme à parler de la montagne ou du désert.Mes références sont dans la ville. Faire de la poésie, c'est aussi se rebeller contre ce qui ne va pas et se rebeller même contre la forme poétique. C'est un manifeste ouvert contre tout ! Mais la rébellion est dans le poème qui ne saurait être un instrument politique. Quand je parle de l'homme le plus haut de la ville (perché sur la grue de la Grande mosquée d'Alger), ce n'est pas un symbole pour éviter de dire autre chose. C'est vraiment ma façon de voir les choses. La poésie est dans l'angle de vue qu'on porte sur la vie.Il y a des poètes comme toi, Khaled Bensalah ou Lamis Saïdi, qui apportent une écriture très contemporaine. Peut-on parler d'un nouveau souffle de la poésie algérienne en arabe 'Ce qu'on a de commun, c'est que nous lisons ce qui s'écrit dans plusieurs langues et qu'on s'intéresse aux expériences poétiques modernes en arabe. Nous publions également nos textes chez des éditeurs étrangers. La maison du poète est sa langue. Rien d'idéologique ou d'identitaire à cela. Nous utilisons la langue arabe comme les Latinos utilisent l'espagnol. Je me place dans la carte de la langue arabe. Cette langue est sortie depuis longtemps des frontières nationales et religieuses. Il est temps de s'en rendre compte. Mon éditeur (Almoutawassit Books) est palestino-syro-italien et mon auteur préféré est un assyrien, Sargon Bolus, qui a traduit vers l'arabe les écrivains de la Beat generation. On ne peut pas parler de courant en Algérie.Avec Lamis ou Khaled, nous menons chacun nos batailles et nos parcours individuels. On évolue sur un terrain vierge où il y a tout à écrire. Certes, nous avons un patrimoine poétique énorme mais notre production actuelle est très faible. On doit affronter les problématiques de la ville, de la langue et de la modernité. Je revendique également l'hybridité linguistique algérienne. Dans mon recueil, je rends hommage à Sénac qui a le mieux parlé d'Alger.
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