
Produite par la coopérative Masrah Hammou Boutlilis et adaptée par Mourad Senouci d'après le roman Syngué sabour de l'écrivain afghan Atiq Rahimi, La patience de la pierre, mise en scène par Guillemette Grobon, a été présentée à la salle Hadj- Omar du TNA en horscompétition du 10e Festival national du théâtre professionnel.Le roman de Atiq Rahimi (Goncourt 2008) est incontestablement fait pour le théâtre de par son écriture condensée et soucieuse des détails. Adila Bendimerad joue le rôle d'une femme de terroriste qui veille son mari (Tarik Bouarrara) blessé par balle, quasiment dans le coma et dont le seul signe de vie est sa respiration et ses râles réguliers. Visiblement conscient mais incapable de bouger ni de parler, il écoutera durant des heures les soliloques de son épouse, entre rancœur, tendresses et confessions intimes. Naguère soumise et résignée, la femme découvre timidement la catharsis par la parole et apprend à exprimer son ressenti le plus enfoui devant un mari tyrannique et brutal qui git à présent à ses pieds et dont la survie dépend de ses soins. Le personnage n'est pas tant dans la revanche ou la haine que dans une tentative de dialogue, notion bannie de son couple dont elle essaie de faire l'expérience, face à un homme inerte mais qui semble pouvoir entendre ce qu'elle dit. Epidermique et sanguine, l'interprétation de Adila Bendimerad est l'atout majeur de cette pièce conçue comme un huis clos basé essentiellement sur l'atmosphère et l'épaisseur psychologique du personnage. La comédienne, qui s'est fait surtout connaître au cinéma mais qui a commencé au théâtre, a su rendre toute la profondeur et la complexité de cette femme disputée entre le devoir de prendre soin de son époux et son besoin d'émancipation et de liberté de parole. Le texte, en arabe algérien, est également d'une remarquable intensité et le travail d'adaptation à la réalité algérienne est aussi efficace que convaincant, sauf que Mourad Senouci a inexplicablement écarté certains aspects de l'œuvre originale à l'instar de la manière dont la femme du terroriste s'est fait engrosser par un autre afin d'éviter d'être répudiée”? Contrairement aux confessions de la femme dans l'œuvre originale, celles de Adila Bendimerad dans la pièce se limitent au ressenti et à l'affect, donnant ainsi à voir un personnage pur, brave et martyrisé. Or, dans le roman de Atiq Rahimi, les soliloques nous font peu à peu découvrir un être complexe et nuancé qui n'hésite pas à emprunter des chemins de traverse pour survivre dans un milieu phallocrate et misogyne. L'adaptation a donc amoindri des aspects hautement intéressants de la personnalité de cette femme mais elle a aussi écarté plusieurs opportunités pour une dramaturgie plus corsée. La patience de la pierre reste une pièce originale et puissante, portée par une comédienne aux talents avérés et au souffle impressionnant. Quant à la mise en scène, sobre mais dynamique, elle met en valeur le texte et le rythme de manière à ce qu'il n'emboîte pas sur l'art visuel qu'est le théâtre.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sara H
Source : www.lesoirdalgerie.com