Le temps où les journalistes étaient convoqués pour répondre de leurs écrits est bien révoluLe 3 Mai est chaque année célébré de par le monde pour rappeler les principes fondamentaux de la liberté de la presse, mais aussi pour rappeler le rôle du journaliste: celui d'être un «porte-voix» pour les sans voix.
Lorsqu'on survit à la mort d'un journal, on n'en sort pas indemne. Quelque chose en nous meurt à jamais. Cependant, une passion plus forte que la mort continue à animer l'esprit meurtri et le pousse à poursuivre sa lutte. C'est la passion de la plume qui porte l'étendard de la liberté d'expression. Et autant cette passion réussit à redonner la vie, autant elle a causé la mort de dizaines d'épris de la liberté de la presse. En Algérie, la Journée internationale de la presse qui coïncide avec le 3 mai de chaque année, est célébrée certes dans la joie et la fierté, mais aussi dans la douleur. Car la liberté de la presse a été écrite en lettres d'or par ces chevaliers de la plume qui ont donné leur vie pour abolir le silence. «Le silence, c'est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors dis et meurs!», a écrit Tahar Djaout pour affirmer son choix avant de tomber sous les balles assassines le 2 juin 1993 à Alger. Il fut l'un des premiers intellectuels victimes de la «décennie du terrorisme» en Algérie et le premier journaliste assassiné. Et ils ont été nombreux à inscrire leur nom sur la liste des martyrs de la presse. D'autres ont été forcés, durant de longues années, à l'exil. Les journalistes algériens ont payé le prix fort pour arracher la liberté d'expression et même si la lutte doit continuellement se poursuivre, il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui, ils peuvent être fiers de leurs acquis et d'avoir vaincu l'obscurantisme. En effet, beaucoup de terrain a été gagné en matière de liberté d'expression. Cette dernière qui relève d'un droit inaliénable consacré par l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme est une réalité en Algérie où le paysage médiatique est marqué par un foisonnement de titres pour la presse écrite et de médias lourds. Il suffit pour s'en rendre compte de rappeler que la liberté de la presse est consacrée par la Constitution. Elle est aussi visible dans la volonté politique exprimée par le président Abdelaziz Bouteflika le 15 avril 2012, lorsqu'il a annoncé la dépénalisation du délit de presse. Cet acquis de taille constitue une étape importante dans la consolidation du processus démocratique en Algérie. Le temps où les journalistes étaient convoqués par les services de sécurité ou par la justice pour répondre de leurs écrits est bien révolu. Aujourd'hui, les professionnels des médias jouissent d'une liberté de ton que leur envient bien des journalistes des pays voisins. Ce qui traduit la ferme volonté de l'Etat à poursuivre ces efforts pour renforcer la liberté d'expression en consacrant, entre autres, une Journée nationale de la presse qui coïncide avec le 22 octobre de chaque année, mais aussi en donnant à l'ensemble de la corporation, les moyens de s'organiser et de s'autoréguler à travers l'Autorité de régulation et le Fonds d'aide à la presse écrite. Malgré ces avancées, la presse algérienne est confrontée actuellement à une forte crise financière mettant en danger le devenir du paysage médiatique du pays. D'ailleurs, malgré le soutien des pouvoirs publics, pas moins de 60 titres, depuis 2014, ont disparu pour raisons économiques. Actuellement, le passage au numérique n'est plus une vue de l'esprit, mais une nécessité qui s'impose comme une étape incontournable dans le devenir de la corporation. Il se passera encore un peu de temps avant que la presse ne soit obligée de répudier le papier, mais il est évident que l'ère des nouvelles technologies est un signe avant-coureur de la disparition de ce support. Malgré ces défis et ces contraintes, le journalisme a devant lui un avenir radieux. Et le journaliste, lui, le sait. Il sait qu'il doit continuer son combat, celui d'honorer la mémoire de ses aînés en rapportant simplement la réalité comme, l'a si bien dit Saïd Mekbel, assassiné le 3 décembre 1994: «...La vérité est comme la justice, elle a besoin de témoins... même les tout petits témoins qui peuvent écrire des choses qui restent et qui durent.» Le flambeau a été transmis et sa flamme ne s'éteindra jamais car il y a encore des hommes et des femmes prêts au sacrifice pour ce noble métier.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hasna YACOUB
Source : www.lexpressiondz.com