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La nouvelle politique du cinéma en Afrique



La nouvelle politique du cinéma en Afrique
Lors de la 23e édition du Fespaco, le plus grand festival panafricain du cinéma (23 février au 2 mars), les ministres de six Etats africains ont proclamé la Déclaration solennelle de Ouagadougou pour faire naître une force de frappe africaine dans le domaine du cinéma.
Depuis 40 ans, le cinéma en Afrique se pose les mêmes questions. Il y avait déjà la Charte d'Alger en 1975 et le Manifeste de Niamey au Niger en 1982 qui insistaient sur le rôle primordial de l'Etat pour le développement du cinéma en Afrique. Malgré cela, le manque de production, de distribution et de visibilité est devenu criant. Toutefois, beaucoup d'observateurs ont actuellement le sentiment qu'on est en train de passer de l'époque de la volonté politique à celle des décisions politiques. Dernier exemple : la Déclaration solennelle de Ouagadougou, proclamée lors du colloque «Cinéma africain et politiques publiques en Afrique», au c'ur de la 23e édition du Fespaco. «Une des choses les plus importantes de la Déclaration, rappelle Etienne Minoungou, président des rencontres professionnels et du colloque, c'est que les professionnels souhaitent que soit activé l'ensemble des outils et des instruments qui ont été déjà pensés et qui sont contenus dans les différentes politiques culturelles nationales. La deuxième chose est l'interpellation des Etats africains et de l'Union africaine pour que les aides internationales viennent en complément, mais non plus en substitution. La troisième chose, c'est que les professionnels reconnaissent le Fespaco comme étant un outil majeur pour présenter nos cinématographies nationales, qu'il faut consolider et aider à pouvoir davantage rayonner». Sur le terrain, les choses se présentent autrement. Lors de la première de Moi Zaphira, en lice pour l'Etalon d'or, la Burkinabée Apolline Traoré raconte qu'elle a pu réaliser son film surtout grâce à l'aide de sa famille, des comédiens et des techniciens prêts à soutenir sa production «pour rien de tout». Même son de cloche chez le Malien Ibrahima Touré, qui a tourné La Toile d'araignée en six semaines avec un seul acteur professionnel et un petit budget de 180 millions francs CFA (274.000 euros). «Malheureusement, il n'y a pas d'argent. Il n'y a rien au Mali. Et les robinets sont aussi fermés en Europe. On est obligé de faire avec les petits moyens qu'on a et aussi avec l'apport des techniciens qui croient au film. Nous sommes un cinéma engagé», a-t-il déclaré. Au Sénégal il ne reste qu'une seule salle moderne en activité, même si de nouvelles formes de diffusion payante sont en cours d'expérimentation comme la «Mobiciné», des kits de projection mobile. Par contre, un Centre national du cinéma est en train de naître suivant le modèle marocain. Moussa Touré, le réalisateur sénégalais de La Pirogue, est à la fois optimiste et sceptique : «Je pense que c'est bien. Nous avons plein d'espoir dans le nouveau gouvernement au Sénégal, mais je ne pense pas que les moyens vont suivre.» Parmi les 54 pays africains, il y en a peu qui disposent à l'heure actuelle d'un centre national du cinéma. Souvent, ce sont des bureaux nationaux qui ne peuvent pas bénéficier de dons parce qu'ils se trouvent sous l'autorité du ministère de la Culture. C'est la raison pour laquelle la Tunisie a créé en 2012 son centre national. Pour l'instant c'est «une coquille vide» admet Férid Boughedir, réalisateur tunisien, critique de cinéma et professeur de cinéma à l'université de Tunis, parce que le gouvernement tunisien n'a pas encore fait passer la loi pour prélever un pourcentage sur les recettes des télévisions. Néanmoins, «notre lutte était de faire un centre national du cinéma qui peut recevoir des taxes de tous les secteurs audiovisuels, que ce soit la télévision, la téléphonie mobile, Internet ou des salles de cinéma. Et aussi pour repartir ensuite les moyens pour réparer les salles de cinéma ou aider des films». Le réalisateur marocain Nabil Ayouch a fait la même expérience : «C'est fondamental parce qu'un centre national centralise à la fois les aspects juridique, administratif, financier, mais également la possibilité pour les 'uvres de circuler. Il faut aussi des salles dans des quartiers populaires, à la campagne. C'est un vrai programme politique et culturel qui doit être mis en place par les Etats et qui doit passer par un centre du cinéma». Autre constat : un cinéma qui rapporte n'est pas forcément un cinéma qui crée des films de qualité. Le Nigeria, le «Nollywood» des 2.000 productions annuelles à bas prix, deuxième producteur de films au monde, n'a apporté aucune aide à son film, affirme Aduaka Newton Ifeanyi, Etalon d'or pour Ezra en 2007. N'empêche, il y a des idées concrètes qui se mettent en place. A Tunis, par exemple, a eu lieu récemment l'assemblée générale constitutive du Fonds panafricain du cinéma en Afrique rassemblant des directeurs de bureau de cinéma d'un très grand nombre de pays francophones et anglophones comme le Kenya, l'Ethiopie, le Mali, la Côte d'Ivoire, le Gabon, mais aussi l'Unesco ou l'Union africaine. «Ce Fonds panafricain du cinéma répond à ce vieux rêve qu'à la coopération Nord-Sud on ajoute la coopération Sud-Sud, que les pays africains structurent leur cinéma chez eux et qu'ensuite ils s'unissent pour faire à l'échelle régionale et à l'échelle linguistique des marchés communs, a indiqué Férid Boughedir, un réalisateur tunisien qui est aussi ancien président du jury au Fespaco et actuellement coordinateur et président du comité d'orientation provisoire du Fonds panafricain pour le cinéma et l'audiovisuel. Pour Férid Boughedir, il s'agit sans doute de la voie royale pour l'avenir : «Il faut passer par tous les moyens de diffusion de l'image : Internet, téléphonie mobile actuelle ou à venir. C'est normal que les gens qui profitent de la diffusion de ces films redonnent un tout petit peu à tous les autres. C'est ce qu'avait fait le cinéma français et c'est pour cela qu'il est le plus développé de tous les cinémas en Europe».
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