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«La mort de Chokri Belaïd m'a rappelé le décès de démocrates algériens dans les années 1990» Alaa Talbi, directeur du Forum social tunisien :



Alaa Talbi, directeur de projet du Forum social tunisien et membre du comité d'organisation du forum social mondial ( FSM), présent lors de cette rencontre, a bien voulu parler de l'organisation du FSM à Tunis du 26 au 30 mars et des difficultés que traverse son pays.
M. Talbi, avez-vous des contacts avec les associations algériennes ' Pouvez-vous nous expliquer ce qui freine l'émergence de ces associations '
J'ai surtout des contacts avec l'association SOS Disparus qui m'a invité en février dernier. Nous avons également des partenaires au sein du FSM tels que le Snapap, l'association RAJ, la ligue des droits de l'homme. A mon avis, ce qui freine les initiatives des associations algériennes est comparable, toutes proportions gardées, à ce qui s'est passé en Tunisie.
C'est le système qui bloque les libertés associatives. Il a peur des acteurs de la scène associative et des mouvements sociaux car ils peuvent devenir un véritable contre-pouvoir. Nous avons le même diagnostic en Tunisie mais la différence réside dans le fait que l'Algérie a souffert de la décennie noire qui a renforcé les blocages et limité l'action des associations.
Etes-vous inquiet par la situation qui prévaut actuellement en Tunisie '
Je ne suis pas inquiet parce que nous sommes dans une phase transitoire. Le mouvement révolutionnaire a débuté en 2008 avec l'insurrection du bassin minier et cela va continuer d'autant que jusqu'à présent, les islamistes n'ont pas réussi à bloquer notre travail car nous avons toujours été présents pour le peuple.
Avant la chute de Ben Ali, ce sont les associations (ligue des droits de l'homme, associations de défense des droits des femmes) et les syndicats (Ugtt) qui ont pris l'initiative de battre le pavé. Nous avons un tissu associatif fort en Tunisie, et surtout nous possédons une crédibilité car nous n'avons jamais été de mèche avec le pouvoir.
Le peuple nous fait confiance. Au début, nous avions quelques appréhensions car les associations islamistes ont investi les quartiers populaires, ce qui leur a permis de remporter les élections et de renforcer leur base électorale. Cependant, les gens ont rapidement pris conscience que le projet islamiste n'allait pas aboutir, que le parti Ennahda n'a rien accompli pour changer les conditions socioéconomiques ou résorber le chômage.
Qu'avez-vous ressenti à l'annonce de la mort de Chokri Belaïd '
J'étais effondré. Je le connais très bien, nous étions dans le même cercle démocratique. Nous avions attiré l'attention du gouvernement sur l'importance du mouvement salafiste et de ses idées au sein de la société. Nous avions tiré la sonnette d'alarme sur cette menace réelle, sur le poids du trafic d'armes, mais les institutions de l'Etat n'ont pas réagi. Des listes noires de personnalités à abattre ont circulé.
J'ai vécu sa mort comme celle qui a touché des personnalités en Algérie dans les années 1990. A l'époque, je vivais à la frontière et ces événements m'ont choqué comme le décès de mon ami Chokri. Je veux que tout le monde sache que nous n'avons pas peur et que nous ne changerons pas nos habitudes. Nous allons continuer notre combat, nous sommes prêts à payer de notre vie ; l'essentiel est de garantir la justice sociale et d'être fidèle au sang des martyrs.
Pouvez-vous donner des détails sur l'organisation du FSM à Tunis et ce que vous en attendez '
Nous avons choisi le campus de l'université d'Almanar, une université connue pour avoir été le lieu de l'effervescence du mouvement de gauche tunisien dans les années 1970, un choix qui ne fera pas plaisir aux tenants de l'ancien régime. Nous avons fait du lobbying auprès du gouvernement afin qu'il dégage une enveloppe pour restaurer le site, mais je tiens à souligner qu'il n'a pas donné son avis sur notre programme.
La sécurité du site sera assurée par nos militants. Nous attendons plus de 50 000 personnes qui viennent du monde entier. Les axes thématiques sont variés. Ils vont de l'approfondissement radical des processus révolutionnaires et de décolonisation au sud et au nord à un monde débarrassé de toute hégémonie et de toute domination impérialiste. La construction d'une société humaine fondée sur les principes et les valeurs de dignité, de diversité, de justice, d'égalité entre tous les êtres humains, à la liberté de circulation et entre autres thématiques, la construction du processus démocratique d'intégration et d'union entre les peuples.
Ce FSM va être un apport pour la société civile tunisienne et le Maghreb, et un acte de soutien pour les forces démocratiques en Tunisie. Cet événement va être le plus important depuis l'indépendance. Il est l'occasion de renforcer les capacités associatives dans le pays, de mettre en valeur les actions des réseaux sociaux de la région, d'effectuer un travail en collaboration avec les acteurs des mouvements sociaux et un point de départ pour des travaux sur la justice transitionnelle, la dette, l'environnement, le respect et la mise en forme de la reconnaissance culturelle et linguistiques des peuples amazighs.
Qu'en est-il du droit du peuple sahraoui de disposer de sa destinée '
Nous sommes pour le respect de la charte des peuples du Maghreb qui stipule que la résolution du conflit doit s'opérer de manière pacifique. Une réunion entre les différents acteurs s'est tenue en février dernier à Lyon. Au FSM, il devrait y avoir des ateliers sur le sujet, mais j'insiste pour dire que le conflit doit se régler entre les parties concernées, mais que nous sommes pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
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