Alger - A la une

La menace la plus imminente



Les Algériens l'ont échappé belle cette année 2012 qui tire, mollassonne, à sa fin. En comparaison de ce qui attend les Egyptiens, de ce qu'endurent les Syriens ou du psychodrame auquel les Tunisiens sont soumis par un Ghannouchi qui n'a pas tardé à tomber la gandoura, ils n'ont même pas été effleurés par le vent du «Printemps arabe», passé très haut dans le ciel d'Algérie. Repoussé par des vents contraires, le Nuage de Tchernobyl s'en est allé malheureusement irradier d'autres pays, dont aucun d'entre eux ne mérite un aussi funeste sort. Il faut quand même se l'avouer, même si dans la peur est un début de salut, tous ces cieux qui s'assombrissaient sur nos têtes et à nos frontières avaient de quoi faire trembloter quiconque a vécu la «décennie rouge».Pourtant, ce ne sont ni les oiseaux de mauvais augure ni les prophètes du malheur qui ont manqué. Période propice au réveil des oracles, aux prédictions invérifiées sinon par le sang des innocents, ils n'ont pas arrêté de prédire et d'entrevoir les premiers bourgeonnements de la peste verte pour courant mai, premier scrutin depuis le nuage échappé du Qatar et d'Arabie. Il avait déjà emporté la Tunisie, puis l'Egypte suivie de la Libye. Il était dit et décidé que l'Algérie n'échapperait pas à son destin. Sur Facebook, ça avait fait pschitt. Les petits jeunots, animateurs manipulés et incompétents des ONG de la CIA et du département d'Etat, ont dû prendre les sous et se tailler sans avoir accompli la mission. Qu'à cela ne tienne, d'autres qu'eux, se croyant plus expérimentés, iront se bousculer aux portillons de certaines ambassades, excipant de leurs barbes blanchies sous le harnais et rivalisant dans les courbettes de l'allégeance. A l'heure de la désillusion, ils ont crié à la fraude électorale, promettant à l'électorat national preuves et pièces à conviction' qui ne viendront jamais.
En fait de preuve, la seule, irréfutable, était celle de la peur, cette même peur salutaire et salvatrice qui réveille les immunités et met la raison aux aguets. Cette fois, même la «lumpenjeunesse» a refusé de jouer le rôle du «jaune» par substitution à la fausse avant-garde des ONG. Mieux, les «Baltaguias» nationaux, dont les bras ont été souvent sollicités par le passé, s'étaient astreints à une position de neutralité qui les honore. On n'ira tout de même pas jusqu'à dire que la patrie leur est reconnaissante pour n'avoir rien fait. Ils pourraient demander que l'Etat leur verse des pensions.2012, l'un dans l'autre, n'aura pas été une mauvaise année pour l'Algérie : la démocratie n'a pas avancé d'un iota, ce qui n'est ni grave ni mortel, vu les circonstances, mais cette posture de dos arrondi en attendant que la tempête passe, ces vaguelettes qui n'ont pas écumé, en un mot, ce refus populaire de s'arrimer au train d'une aventure mortelle, tout cela aurait dû donner beaucoup à réfléchir à nos gouvernants. Par exemple, sur la façon de capitaliser une attitude du peuple qui a préféré un statu quo qui, pour beaucoup, n'est pas terrible, à une contestation qui ne pouvait déboucher que sur le pire.
Avers et revers de la médaille, l'année qui s'achève, signe aussi des éphémérides moins glorieuses. La corruption étend ses tentacules et rien ne semble enrayer sa progression. Oublierait-on, ici, que c'est la corruption qui a fait le lit de l'islamisme en Turquie et que c'est de l'avoir sérieusement endiguée qui permet à Erdogan de durer au pouvoir ' Le Tunisien Ben Ali et l'Egyptien Moubarak sont tombés de leur piédestal en raison, d'abord, du pourrissement et de la corruption qu'ils ont laissé s'installer dans tous les rouages de l'Etat. Le vote des masses n'est pas forcément un vote religieux et si la majorité des pauvres d'Egypte pourraient renouveler leur confiance au président Frère musulman, à travers le référendum sur la Constitution, c'est sans doute parce que c'est pour eux l'occasion rêvée de se venger des «élites» qui mènent grand train grâce aux privilèges indus et à la corruption.Il n'est pas exagéré de considérer que dans le cas de l'Algérie, la menace la plus imminente et grave est cette corruption à grande échelle qui saigne l'économie, bien avant les émeutes sporadiques de la désespérance des jeunes. Cette corruption, la seule qui s'est démocratisée et décentralisée, a maintenant un visage. Vous pouvez le voir, ce visage, sur le perron des mairies, au passage des élus. Combien, parmi eux, ont «casqué» des millions de dinars pour acheter les votes de leurs collègues ' Vous pouvez l'entrapercevoir, ce visage, sur les hauteurs d'Alger, du côté d'Hydra, parmi des responsables de Sonatrach, où se fondent les corrompus qui ont touché 200 millions de dollars de commissions pour des marchés passés avec la société italienne Saipem.
A. S.
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