J'ai cru faire un
rêve. Je me voyais pendu à une nacelle suspendue à un mât de projecteur du
stade du 5 Juillet ; discours suivant à la main, pour dire :
C'est avec
plaisir que je prends la parole, par-devant des gens de parole et qui savent de
surcroît ; brillamment la manier. C'est aussi une joie pour moi de joindre ma
voix à celles qui se taisent ou qui se sont tues voilà des lustres. Je tiens du
haut de cette tribune à m'interpeller pour interpeller mes amis présents sur le
devenir de la pensée, des idées, de la liberté, en somme de la culture.
Puis-je affirmer au risque de me tromper que
la culture chez nous ; est simplement une chose innommable et politique ?ou
affirmer sans risque de me tromper qu'elle n'est en réalité qu'un complément
d'objet direct à un palais ou un ministre ? Soit ministre de la...maison de
la...
Ce qui caractérise avant tout un pays c'est
son optimisme foncier à l'égard des capacités culturelles d'abord de la
génération actuelle et ensuite, inévitablement des générations d'avant.
Ce qui défait les valeurs d'une société ne
peut provenir que d'un système dont la tendance, en vue d'un parrainage négatif
vise à museler son génie culturel et tenter de le moudre au travers d'un
appareil trop administratif pour s'occuper de ce qui est culture, art et
créativité.
Rendre la fonction de production littéraire,
artistique et de tout ce qui en gravite autour à de simples institutions
organiques, la controverse ne mérite point d'être soulevée. Car peut-on
imaginer que l'on puisse guider par décret ou arrêté la trajectoire sur une
toile du pinceau d'un artiste-peintre confus dans les nuances de ses couleurs
et enfouis dans le marasme de sa palette ? Peut-on de la sorte ordonner, si
l'appréhension demeure possible ; à la muse d'un poète de ne plus tarir
d'éloges à l'égard d'un régime, d'une personne ou d'une politique ? était-ce
possible à un parolier, comme à son interprète, l'un d'écrire l'autre de
chanter, à la commande circonstancielle, les louanges d'une révolution agraire
ou la joie à l'obtention d'un trousseau de clefs mettant fin au calvaire
agricole d'une crise logementale ?
On savait d'avance à quoi aboutirait une
telle démarche dans la gestion de l'outil intellectuel. Elle ne pourrait
surpasser le stade de la contingence, donc n'aspirant point à un devenir
radieux et rayonnant. Voyons les cultures anciennes ; qu'en reste t-il en fait
comme legs à l'humanité ?le portrait de la Joconde en fait dire sur de Vinci plus
qu'il en dit sur Mona Lisa. Nedjma en fait autant pour Yacine que pour l'énigme
algérienne.
Ainsi l'Å“uvre fait certes connaître son
auteur mais s'éclipse vers la gloire au profit de son maître. Comme par magie
et détours l'Å“uvre grandiose ne peut obscurcir l'identité talentueuse de celui
qui fut son inventeur ou son géniteur. Les pyramides sont toujours là, la
mosquée d'el hambara également. L'Å“uvre subsiste à son auteur et résiste à
l'oubli tant qu'elle s'élève altière à travers les âges ou entre les pages
s'agissant de chef d'œuvres. Saint Vidal est presque inconnu de tous et
pourtant il fut l'auteur de Ain Fouara sculpture monumentale à la mesure de la
ville qui elle demeure connue de tout un chacun qui aurait eu à traverser la
cité depuis 1889 ou l'aurait reçue en carte postale. Paradoxalement la culture
politique peut entraîner, sans Å“uvre apparente ni talent matériel, des faits
inoubliables et ancrées dans les mémoires humaines que même le temps est
incapable de ne pas s'en souvenir. Les goulags, les tortures, Guernica etc...en
sont les preuves inexistantes de l'état culturel néfaste prévalant à chaque
période nommée. Le nazisme était outre une légalité, un état de culture
nationale qui emballée sous divers récipients en donnait la propagande du Reich.
Chez nous la révolution agraire se voulait une culture populaire au sein même
de la révolution culturelle. La masse laborieuse en était l'étendard et l'élite
formait déjà l'élite. Nonobstant les tares des uns et les angoisses des autres
ce fut quand bien même un temps où il faisait beau de parler culture. Le
théâtre, le ciné-club, la cinémathèque, les récitals poétiques avaient eu lieu
un certain moment, contrairement à nos jours où le théâtre n'existe que par la
battisse qui abrite sa direction.
De nos jours, chaque jour qui passe, voit
passer avec, un passé vide et creux, sans ombre ni teint, fade et insipide. La
toile d'araignée gagne les sièges des loggias et des balcons de nos enceintes
culturelles. Elle ne disparaît que le temps d'un meeting dit populaire en des
occasions électorales. Toutes les salles continuent de perdre la raison de leur
vocation. La politique se fait donc au cinéma, le monologue et la chanson au
stade et le théâtre en plein air ! Dure culture ! Dure vie !
Tout à l'air de confirmer qu'il n'y a pas
chez nous de culture ou de politique culturelle sinon qu'une simple politique
de culture, une stèle à la mémoire d'un artiste inaugurée par là ; une autre
par-ci et ce sont tout.
Ce qui nous manque à vous voir tous, assis et
rassasiés ; c'est une politique de la culture voire une politique dont
l'essence culturelle l'emporterait profondément sur tous les autres sens pour
finir d'avoir l'essence la plus apolitique. Quel est le taux de dépenses dans
un ménage engagées dans la satisfaction des besoins culturels ? Comment pouvoir
assurer le retour des familles aux cinémas et devant les scènes de théâtre ?
Quel est l'ouvrage le plus lu dans le mois ou dans l'année et combien de livres
nos citoyens dévorent-ils par an face au nombre à déterminer de baguettes
mâchées puis avalées ? Je me rappelle feu Boumediene disait à l'occasion de
l'ouverture de l'une des nombreuses foires du livres que « le livre doit égaler
le pain » Boumediene soutenait le livre, sachant bien sa valeur et son rapport
prix-investissement, il n'encourageait pas l'importation de bananes.
L'édition est devenue plus perverse que ne
l'est le créneau de l'import-export. Elle ne rougit point dans les recoins de
la magouille et de la manipulation. Elle obéit évidemment à la loi du marché
mais fait son marché en dehors de cette loi. L'on édite l'auteur et rarement
l'Å“uvre. Les navets et le peu de best-sellers pullulent sur les étagères
fréquemment fréquentées de quelques libraires, au moment où somnolent des
merveilles dans les ténèbres des tiroirs de ceux à qui l'édition sans tracas
est une autre œuvre difficile et impossible d'accomplir.
Bonne chose est que tout le monde se met à
écrire. Bonne Å“uvre est que tout le monde se doit de lire. Mais que chacun
fasse dans son giron la mélasse qui anime ses tripes. Si le général écrivait
sur l'armée, le postier sur sa poste et l'idéologue sur sa politique, le
lectorat aurait la latitude d'apprécier à juste titre les écrits ès qualité. Mais
tout baigne dans « el boulitique ». Encore que ; paradoxalement l'écriture
n'est pas l'apanage d'une caste ni le monopole exclusif d'une union et encore
moins d'individus que la conjoncture évidemment politique de ces derniers temps
leur servait de tremplin vers la sphère des clubs ou des plateaux, qui par
fonction, qui par rapport pouvoir-opposition. L'on a vu, et c'est loin d'être
une tare, des médecins écrire de la poésie, des militaires faire dans
l'histoire et des diplomates agir dans les contes d'enfant. La diversité
culturelle, étant ainsi un patrimoine commun et non exclusif.
Pour une certaine école de la pensée
managériale, une fonction ne doit pas miroiter le profil d'un diplôme et c'est
l'Å“uvre tout genre confondu qui devrait refléter la compétence et le mérite et
attester authentiquement la véracité des mentions portées sur le dit diplôme.
A-t-on des ministres auteurs de un, trois ou quatre ouvrages ou manuels dans
des matières prévalant le domaine ministériel qu'ils gèrent ? Nos ministres,
nos dirigeants et nos opposants ont rarement eu le temps de se consacrer à
mouler leur réflexion, ou transcrire leur appréhension au cours de leur
exercice du pouvoir. Rarement sont ceux qui le font une fois out le sérail. Que
l'on ne vienne pas nous radoter une fois de plus le spectre de l'obligation de réserve
! Car, si par exemple le ministre de la culture édite en son nom un opuscule
sur « l'avenir de la poésie en Algérie » ou si M. Berkat ministre de
l'agriculture le fait aussi sous le titre de « le FNDA : entre l'ivraie et la
mauvaise graine» je ne pense pas que Bouteflika les savonnerait pour ça.
Attendent-ils leur éviction pour le faire ? Ou le feraient-ils sous d'autres
titres et pour d'autres sujets ? Enfin, nous attendons toujours de lire ce que
pondront ceux qui les ont bien précédés. Ministres ; à vos plumes ! Au réveil,
je me trouvais, silencieux et effaré, dans des corridors, au sein de milliers
de livres et pas mal d'exposants. Je me cherchais. En vain. Ma tête qui
bouillonne va s'éclater. Ne fais-je pas partie, moi et mes écrits-vains de cette
réalité mirifique ? T'es qu'un bout d'écrivaillon, et de seconde zone ! Du bled
! Ta place est dans une tirelire à étages. Entendis-je me dire, un son confus,
et anonyme. C'était, le croyais-je ; au binôme occasionnel du salon du livre et
la tenue d'une réunion des écrivains algériens. Cette semaine.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El Yazid Dib
Source : www.lequotidien-oran.com