Elargissement de la licence d'achat de véhicules neufs aux veuves et
enfants de chouhada, transfert de la propriété des locaux « emplois jeunes »
qui sont également décrétés incessibles et uniquement destinés à la location,
petit coup de pouce pour encourager le GNL et la production de lait cru et institution
d'une obligation automatique d'informer l'administration fiscale pour les
compagnies d'assurances et de réassurances…
T elles sont quelques dispositions de la loi de finances 2011. Certaines,
sur le GNL et le lait cru, paraissent bien insuffisantes au regard de
l'objectif implicite qui leur est assigné. La finalité du dispositif « musclé »
de l'article 52-bis du code des procédures fiscales, visant le secteur des
assurances et de réassurances, paraît quelque peu énigmatique.
La loi de finances 2011 élargit
la licence d'achat de véhicules touristiques ou utilitaires neufs aux veuves de
chouhada et ayants droit. Les deux catégories bénéficient désormais d'une
exonération des droits et taxes pour l'achat d'un véhicule de tourisme ou
utilitaire neuf. L'exonération est totale pour les veuves de chouhada. Pour les
enfants de chouhada, la mesure se traduit par une réduction de 60% des droits
et taxes. Ils sont alignés de ce fait sur les moudjahidine dont le taux
d'invalidité dépasse 60%. L'art 9 de la LF 2011 transfert gracieusement aux
communes la propriété des locaux réalisés dans le cadre du dispositif « emploi
des jeunes». La loi de finances maintient le verrou de l'incessibilité de ces biens.
Ces locaux sont uniquement loués et jamais vendus. L'exclusion de ces locaux du
domaine d'application du décret du 7 août 2003 sur les modalités de cession des
biens immobiliers de l'Etat et des OPGI, mis en exploitation avec le 1er
janvier 2004, est une mesure conservatoire justifiée. L'Etat veut ainsi éviter
de créer des situations aussi injustes qu'inextricables. Quand on sait que
l'attribution même de ces locaux à titre de location pose problème tant la
demande est grande, on peut imaginer le sentiment d'injustice que susciterait
une cession en bonne et due forme.
Pas de vignettes pour les autos à GPL
Le gouvernement-c'était aussi le cas pour la loi de finances 2010-n'a pas
essayé d'introduire une augmentation des taxes sur le gasoil pour éviter sans
doute de permettre aux députés de poser aux défenseurs du pouvoir d'achat des
citoyens. Tant pis si l'on continuera bon an mal an – et jusqu'à au moins 2013
– à consacrer quelques centaines de millions à l'achat du gasoil. Sonatrach a
entrepris la réhabilitation des trois grandes raffineries du pays, cela devrait
permettre de satisfaire le marché à partir de 2013 à 2019, selon Sonatrach.
Pourtant, il faudra bien encourager la sortie du gasoil qui est couteux et
polluant. Si l'Etat a renoncé à utiliser l'arme de la taxation pour décourager
l'utilisation, il a par contre choisi la carte de l'incitation fiscale en
décidant de dispenser de vignette les « véhicules équipés d'une carburation au
GPL/C ». Cette «incitation» a peu de chance d'entraîner un mouvement
significatif vers le GPL – à peine 7% des véhicules ont l'option GPL ! - quand
le gasoil et l'essence restent relativement bon marché. Des spécialistes
estiment qu'une inversion de tendance ne peut avoir lieu qu'en combinant
l'incitation en faveur du GPL et en jouant sur taxes à un niveau suffisamment
important pour créer de la dissuasion sur les carburants fossiles. Dans un pays
qui dispose de ressources gazières importantes, faire usage de l'arme de
fiscalité pour créer une discrimination en faveur du GPL peut paraître une
démarche rationnelle de bon sens… Sauf qu'elle n'est pas encore à l'ordre du
jour dans un pays où les députés ne font preuve « d'indépendance » que pour
refuser les taxes sur le gasoil.
Encourager la production de lait cru
Le bon sens se retrouve dans la décision d'exonérer d'IRG (Impôt sur le
revenu global) et de l'IBS (Impôt sur le bénéfice des sociétés) les activités
portant sur la production du lait cru destiné à la consommation en l'état ».
Dans un pays qui a renoué en 2010 avec les pénuries de lait et qui ambitionne
de réduire la facture d'importation, ces mesures fiscales sont nécessaires même
si elles ne semblent pas suffisantes. La part du lait cru ne dépassait pas le
18% des besoins de consommation en 2009, l'équivalent de 400 millions de
litres. Les pouvoirs publics veulent augmenter la part du lait cru et réduire
celle du lait en poudre très largement subventionné. Les exonérations pour le
lait cru, produit localement, sont destinées à encourager les producteurs locaux.
Mais là également, l'accroissement de la production de lait cru reste
tributaire d'une « vérité des prix » à laquelle on n'ose pas encore aller afin
de ne pas alourdir le climat social. Il faut dire également que par facilité,
les laiteries n'ont guère tendance à utiliser le lait cru qui demande un
traitement de pasteurisation sévère et professionnel. Ces unités ne se
retournent vers le lait cru que lors des pénuries de lait en poudre. Il était
question que les pouvoirs publics contraignent les unités laitières à prendre
le lait cru produit dans leur région sous peine de se voir réduire leur quota
de lait en poudre. La production de lait cru est en augmentation en Algérie. Le
gouvernement veut amplifier le mouvement en jouant sur l'exonération et la persuasion.
Serrage de vis pour les assureurs et réassureurs
L'Article 44 de la loi de finances institue un article 52 bis au code des
procédures fiscales. Cet article est consacré spécifiquement aux compagnies
d'assurances et de réassurances afin de les obliger à communiquer chaque trois
mois des données à l'administration fiscale. L'article dispose que les «
sociétés ou compagnies d'assurances et/ou de réassurances, les courtiers en
assurances, ainsi que tout organisme exerçant habituellement des activités
d'assurances mobilières ou immobilières sont tenus d'adresser,
trimestriellement, à l'administration fiscale, un état spécial des polices
d'assurances souscrites auprès de leurs agences, par les personnes physiques,
les personnes morales et par les entités administratives ». Le non-respect de
cette obligation est puni par une amende fiscale prévue à l'article 192-2 du
code des impôts directs et taxes assimilées. L'article en question prévoit une
amende fiscale de 1000 dinars « autant de fois qu'il est relevé d'omission ou
d'inexactitude dans les documents produits». Et dans le cas où les documents ne
sont pas remis dans un délai de 30 jours après une mise en demeure,
l'administration fiscale « procède à une taxation d'office et le montant des
droits est majoré de 25% ». Même si l'on n'arrive pas à saisir en quoi cela
serait de nature à aider à combattre la fraude, on est bien devant une
obligation d'informer pour le secteur des assurances et réassurances appelé à
se développer davantage avec l'entrée en lice d'opérateurs privés nationaux et
étrangers.
Avant cet article « 52 bis»
spécifique, l'article 52 du code des procédures fiscales faisait obligation aux
«sociétés, compagnies, assureurs, compagnies d'assurances, entrepreneurs de
transports et tous autres assujettis aux vérifications de l'Administration
fiscale » de « communiquer aux agents de l'administration fiscale, tant au
siège social que dans les succursales et agences, les polices ainsi que leurs
livres, registres, titres, pièces de recettes, de dépenses et de comptabilité,
afin que ces agents s'assurent de l'exécution des dispositions fiscales ». On
est passé donc pour les assureurs d'une obligation d'informer sur demande des
agents de l'administration à une obligation automatique de livrer chaque
trimestre les données sur les clientèles à l'administration fiscale.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Salem Ferdi
Source : www.lequotidien-oran.com