Alger - Revue de Presse

La liberté d’expression et de la presse



Du plomb dans l’aile encore La journée mondiale de la liberté d’expression et de la presse, «on» nous a donné l’impression qu’elle venait de passer. A l’occasion, «on» a, avec des postures et un temps d’arrêt particulier, officiellement considéré les valeurs qui y doivent être célébrées. Dans un message adressé aux journalistes, le Pré-sident de la République a promis au secteur de la presse l’équivalent de ce qu’il avait, au fil de ses mandats, promis en bon maître des lieux (l’Algérie) aux autres secteurs, avec quelque chose qui faisait dans les oreilles comme «moderniser, développer, réhabiliter... à condition que». Le ministre de la Communication lui, à travers le Forum de la télévision, a fait comme tous ses pairs en des occasions similaires: il a défendu son bilan. Au fil des questions, il a fourni des réponses qui constitueront la matière d’une sorte d’état des lieux du monde de la presse chez nous: droits des journalistes, déontologie, états des secteurs de l’information, la publicité, etc. Nos responsables étaient bien à l’aise. Ils puiseront même dans les détours classiques pour se donner bonne conscience et garder la tête hors de l’eau: hommage appuyé aux morts de la fonction et promesse de faire -ni les morts ni les promesses n’étant là pour demander des comptes. Bref, au-delà du malaise que nous ressentons du fait que nous nous attendions à ce que «liberté d’expression» impliquerait plus que celui de la presse, disons qu’à bien voir, si beaucoup reste à faire en terme d’initiatives, les problèmes dans ce domaine ne sont pas aptes à disparaître par de seules décisions, bien que celles-ci soient nécessaires quand il s’agit de donner un cadre juridique et une cohérence aux transformations opérées ou aux avancées enregistrées. Beaucoup reste à faire? De la part de qui? On ne jette la balle à aucune partie, à aucune personne. Car cette balle ici serait celle qu’on joue éternellement. La question de la liberté d’expression (et de la presse) induit une lutte permanente, étant comme elle est, à tous les coups, au centre d’un réseau d’enjeux parfois insoupçonnés. En tous cas, la sortie de nos responsables à cette occasion nous a remis à l’esprit ces deux aspects de la question: La première, c’est que la liberté d’expression ne saurait être sous condition. On la respecte totalement, ou on ne la respecte pas. La moralisation de la fonction de journaliste ne saurait se dissocier de la jouissance du journaliste de droits à l’information et à informer ainsi que d’une législation claire qui le protègerait sur le plan professionnel et syndical. Il existe là une dialectique entre les deux aspects. Il est donc incongru de rattacher la réhabilitation ou la modernisation de la profession à une sorte de bonne conduite sous des critères qui ne soient pas dictés étroitement par le métier et seulement le métier. L’absence de déontologie et d’éthique fleurit à l’ombre de l’approximation juridique -dont ne serait responsable que l’institution (?)- et de l’inexistence de cadre qui protège d’abord la liberté d’expression et que l’Etat et ses institutions répressives se doivent de respecter. Sinon ce serait l’éternel cache-cache, c’est-à-dire un jeu de guerre à quoi manquerait la loyauté d’un combat dans l’adversité et qui promet ainsi d’être aussi indéfiniment larvé qu’infécond. La deuxième est que la liberté de la presse serait un non-sens sans la liberté d’expression dans le sens large (dans et en dehors de la presse): liberté politique et religieuse, droit de grève et de manifester ; et sans la possibilité d’investir les supports d’information qu’on désire. On effet, il servirait à peu de multiplier les stations de radio, les chaînes de télés, les titres de journaux (comme il est du projet de notre ministre), si, d’une part, le citoyen ne se sent pas libre de s’exprimer, de revendiquer, de contester publiquement et si, d’autre part, l’information profonde (décisive) est la source qui sourd sans cesse mais qu’on trouve, quand on voudrait y boire, tarie ou fermée. Les journalistes rapporteraient quelles informations à leur chaîne de télé, à leur radio ou à leur canard quand les zones où se fait la décision, quand les faits, les situations (parfois individuelles, familiales, personnellement relationnelles) déterminants dans la compréhension de l’état du pays, sont interdits ou trop cachés à leurs regards? Quel est le sens de leur voix si on leur interdit tel ou tel ton, tel ou tel accent, dans l’analyse? Que peuvent-ils ainsi rapporter de pertinent à la longue? Que veut-on qu’ils inspirent ainsi de nouveaux? Alors, parlons vrai: quand un Pouvoir ne prend pas le risque de se dévoiler (et il ne le prendra pas), veut-il vraiment d’une réelle liberté d’expression? Qu’est-ce alors pour nous cette liberté -celle qu’il permet- qui ne lui arrache rien! La liberté d’expression semble encore plus volatile -quand elle existe dans certaines proportions- voire un mirage dès lors qu’on considère que généralement les médias dépendent financièrement de la publicité que distribue les institutions de l’Etat et des lobbys financiers ou d’affaires. Et cet aspect-là ne concerne pas seulement notre pays. En France par exemple les Bouygues, Lagardère et quelques autres détiennent l’essentiel des médias. A la lumière de quoi on comprendra que même au pays des Droits de l’Homme, le journaliste est souvent sommé à ne pas s’écarter d’une stratégie établie selon des préoccupations qui le dépassent. Pour peu qu’on soit averti des relations des lobbys d’affaires avec les pseudo défenseurs des droits à la parole dans ce pays on comprendra aisément que le tapage médiatique sur la cause tibétaine et le dessein de mettre mal à l’aise la Chine à quelques mois des JO, étaient dictés moins par une volonté d’informer juste et de défendre les Droits de l’Homme que par une volonté de «mettre les bâtons dans les roues» à une Chine devenue économiquement très puissante et très envahissante et par là-même, établir d’autres conditions aux éventuelles négociations économiques futures.Donc ici et là, la célébration de la journée de la liberté d’expression et de la presse était l’occasion de se réjouir des acquis certes, mais aussi, pour certains du moins, un moment de méditation sur les défis que les nouvelles donnes nationales et mondiales imposent à toutes les volontés de liberté du dire et du penser et surtout de discernement de la réalité de l’illusion sur l’information aujourd’hui. Mohamed Sehaba
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