Alger - A la une

«La guerre des religions n'aura pas lieu»



«La guerre des religions n'aura pas lieu»
Les intervenants au débat «Islam et Occident» ont tous plaidé pour le renforcement des chances du dialogue pour éviter la confrontationet réduire l'incompréhension.
Non, la guerre des religions n'aura pas lieu». Le Polonais Boguslaw Zagorski en est convaincu. Cet universitaire a ouvert l'Institut Ibn Khaldoun à Varsovie pour mieux connaître l'islam et le monde arabe. Le vendredi 27 octobre, il était au 22e Salon international du livre d'Alger (SILA), qui se déroule jusqu'au 5 novembre au Palais des expositions des Pins Maritimes, pour participer à un débat toujours actuel : «Islam et Occident : regards croisés».
Il était assis aux côtés de Mgr Henri Teissier, ex-archevêque d'Alger, Mustapha Chérif, islamologue et Kamel Chekkat, membre fondateur des Oulémas du Sahel. «Le dialogue entre Islam et Occident est nécessaire. Il existe dans un état toujours primaire. Les sociétés des deux côtés ne semblent pas s'y intéresser encore. Il y a toujours des émotions négatives. Des émotions qui sont faciles à faire agir parmi les gens. Cela veut dire qu'on ne veut pas comprendre l'autre. Mais nous devons vivre tous ensemble dans une terre qui n'est pas trop grande. Sinon, on ira vers quoi '
Un conflit nouveau», s'est interrogé Boguslaw Zagorski. Il existe, selon lui, des parties qui poussent vers «la guerre des religions» des deux côtés, servies par le radicalisme. Il a expliqué que les musulmans, arrivés récemment en Pologne, éprouvent des difficultés à «s'intégrer» dans la société. Une société où émergent des mouvements xénophobes et haineux. «Récemment, un jeune Syrien a sauvagement été frappé à Varsovie parce qu'on l'a pris pour un musulman, alors qu'il est chrétien !», a-t-il dit.
Selon lui, le racisme anti-musulman en Europe peut être motivé parfois par des problèmes économiques. Il a plaidé pour le renforcement des études de l'islam et du monde chrétien pour «mieux se comprendre, se connaître et se respecter ». «Mais il faut éviter les études faites pour des raisons politiques», a-t-il prévenu. Il a cité l'exemple de l'orientaliste allemand Enno Littman, qui avait préconisé d'étudier le manuscrit arabe pour «pouvoir maintenir la domination chrétienne sur les musulmans».
Littman a notamment étudié les anciennes inscriptions en Syrie et en Palestine. «En Europe, il y a les préjugés sur l'islam et l'islamophobie, alors il faut renforcer la connaissance de l'islam. Beaucoup de musulmans qui arrivent en Europe pensent qu'il faut propager l'islam, c'est contre-productif. Le prosélytisme est d'ailleurs mal vu dans le monde musulman. Il faut savoir que l'islamophobie a largement remplacé l'antisémitisme en Europe après la Seconde Guerre mondiale et après l'Holocauste.
Comme on ne pouvait plus parler des juifs, on a cherché un autre sujet pour diriger nos haines et nos frustrations, on a trouvé les musulmans, alors qu'ils sont peu présents en Europe aujourd'hui. En Pologne actuellement, le nombre de musulmans est de 30 000 sur une population de 38 millions d'habitants», a souligné Boguslaw Zagorski, auteur d'une cinquantaine de livres sur l'islam et le Monde arabe et qui est une référence en Pologne.
Dialogue intérieur
Mgr Henri Teissier a, de son côté, estimé qu'il faut s'intéresser davantage au dialogue à l'intérieur des civilisations islamique et occidentale. «Au sein du monde chrétien, il y a des divisions. Certains veulent aller à la rencontre des musulmans vivant dans des pays comme la Belgique, la France ou la Suisse. D'autres ne veulent pas de cette présence musulmane. Le dialogue est donc entre les partisans de l'ouverture et les adeptes de la fermeture.
Il y a la même chose au sein du monde musulman et dans les pays arabes, où certains s'accrochent au passé et refusent la modernité, alors que d'autres plaident pour l'ouverture», a-t-il expliqué. Parlant de son expérience, il a relevé qu'il travaille depuis plus de 50 ans pour renforcer «les rapports positifs» entre musulmans et chrétiens. «Le problème n'est pas la laïcité, mais celui d'accepter ou non la présence des musulmans dans le monde chrétien», a-t-il dit. Selon Kamel Chekkat, la diversité a été suscitée par Dieu.
Evoquant le bel agir (El Ihssan), il a estimé que c'est la voie pour réaliser «les visées suprêmes» de la foi musulmane et d'aller «vers cette humanité qui est toujours souhaitée». Il a prévenu contre «les cheminements religieux déviationnistes», qui empêchent le dialogue entre chrétiens et musulmans. Citant l'exemple de Boko Haram et de Daech, il a relevé qu'il n'existe plus de «ligne de démarcation» entre la déviation religieuse et le crime organisé. «Cela rappelle les ordres religieux chrétiens qui existaient au Moyen-âge et qui étaient portés sur l'intérêt pécuniaire, comme Les Chevaliers de l'Ordre de Malte.
Dans la logique même des croisades, il y avait cet intérêt aussi», a-t-il noté. Il a estimé qu'il faut toujours garder des fenêtres ouvertes sur l'autre pour garder les échanges. «Nous ne pouvons pas faire autrement. Je dis cela en me basant sur les textes fondateurs du Coran et sur la tradition du Prophôte Mohammed et sur les réalités d'aujourd'hui», a-t-il souligné.
Image négative
Mustapha Chérif a, de son côté, estimé que l'image de l'Occident chez les musulmans est négative. «Idem pour l'image de l'islam auprès des Occidentaux. Il y a toujours des préjugés des deux côtés. Les penseurs et chercheurs doivent faire une analyse objective pour déconstruire cette situation et chercher les raisons de l'incompréhension et des accusations mutuelles. Est-ce que l'Occident a tous les défauts que nous dénonçons ' Avons-nous réellement des contradictions que l'autre dénonce ' Cela dit, on constate sur le terrain que les possibilités du vivre-ensemble existent», a-t-il analysé.
Pour lui, le dialogue est indispensable, la connaissance essentielle. «Il faut aller vers l'autocritique pour savoir pourquoi l'Occident a des principes qui paraissent nobles et universelles mais qui les contredit dans la pratique. Et pourquoi le monde musulman défend la fraternité et la miséricorde, alors que sur le terrain, on relève l'existence de contradictions. Il y a un écart entre la théorie et la pratique dans les deux mondes, raison de plus pour dialoguer», a conclu Mustapha Chérif.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)