Comment avez-vous vécu en tant que jeune étudiant les événements du 19 mai 1956 '
J'étais alors en train de préparer mon dernier certificat (il y en avait quatre) à la faculté des lettres et sciences humaines de l'université d'Alger et j'enseignais en même temps à l'école des garçons de Miliana. Nous n'étions qu'une vingtaine d'Algériens sur 500 étudiants. Quelques noms comme Redha Malek, le dramaturge Hocine Bouzaher ou Assia Djebbar la romancière étaient dans la même faculté. Quand l'appel à la grève fut lancé, c'est à Miliana que je fus arrêté et présenté devant les gendarmes. Je ne fus pas toutefois emprisonné. Bien évidemment, j'ai cessé les cours et je n'ai pas passé les examens comme tous mes camarades. J'étais pour ma part favorable à une grève limitée, mais après la tournure prise par les événements, j'ai adhéré au principe de grève illimitée parce qu'en face il n'y avait qu'une attitude faite de mépris et de répression. Il y avait une effervescence alimentée aussi par des rumeurs alarmistes comme cet assassinat d'un étudiant qui est toujours vivant. Pour ma part, je quittais le pays pour me rendre au Maroc et en Tunisie pour d'autres tâches au service de la résistance.
Qui fut l'initiateur du mouvement, la communauté estudiantine ou le FLN '
Moi-même, j'étais militant du PPA-MTLD depuis 1947 alors que j'étais au lycée franco-musulman de Constantine. J'ai ensuite intégré la section du parti que dirigeait à partir d'Alger Belaïd Abdeslam qui suivait des études en médecine et qui sera nommé au comité central du parti. Il nous fallait alors remonter la pente car le parti, qui avait subi de nombreuses crises comme celle dite berbériste de 1949, avait vu de nombreux militants partir comme Mabrouk Belhocine, Yahia Henine ou Sadek Hadjerès qui avait rejoint le PCA. Il faut surtout rappeler que depuis des années avec l'existence de l'AEMAN (Association des étudiants musulmans d'Afrique du Nord) où se sont illustrés des hommes comme Ferhat Abbas devenu son président depuis 1927 puis le Dr Saâdane, cette frange était sensible à l'évolution politique du pays. Au tournant des années 1950, le PPA avait pris le dessus et les activités n'avaient pas seulement un caractère syndical. Pour revenir à la question, il y a deux avis aujourd'hui. Ceux qui comme Salah Benkoubi qui disent que c'est le FLN qui avait déclenché le mouvement et d'autres comme Lamine Khane, un des rédacteurs de l'appel, qui estiment que la protestation était d'abord le fait des étudiants mais que mis devant le fait accompli, le FLN qui, il est vrai, séduisait plus que tous les autres courants, a vite compris l'importance d'une telle attitude qu'il fait vite de soutenir, prendre en charge et capitaliser.
D'aucuns estiment qu'à l'instar de la grève des huit jours au début de 1957, la grève des étudiants a privé l'Algérie indépendante de cadres et de compétences...
Je ne partage pas du tout cet avis car sur le plan politique, elle fut un grand succès. Elle a montré au monde que la France était isolée et ne conservait aucun lien avec les Algériens. Il faut dire que les autorités coloniales étaient à la recherche de la fameuse troisième force mais avec le coup d'éclat du 19 mai, cette stratégie montrait davantage ses limites et son inanité. Et puis beaucoup de ces jeunes encadreront la lutte armée. Hormis ceux qui tomberont au champ d'honneur comme Amara Rachid ou Allaoua Benbatouche, ils joueront un grand rôle dans l'édification des structures et de l'économie nationale après l'indépendance.
Plus d'un demi-siècle après, estimez-vous que la recherche autour de cet événement majeur ait tout dit '
On ne peut jamais tout dire. Certes, beaucoup d'acteurs de cette période ont laissé des témoignages. Des ouvrages ont paru ici à l'étranger, mais on peut toujours s'intéresser à des aspects oubliés, lever le voile sur d'autres, méconnus. La recherche ne se clôt jamais. Regardez tout ce qui paraît sur l'Islam, la Révolution etc.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : H R
Source : www.horizons-dz.com