Le décès, chez
lui, sur son sol du wali de Saïda, prouve une fois qu'un wali n'est pas mieux
loti que quiconque. Il n'a pu hélas se servir d'une prise en charge à
l'étranger.
Il est mort en
service commandé.
Ils sont nombreux
ces cadres visibles et non célèbres ou enfouis dans les arcanes du pouvoir mais
qui vivent comme des citoyens ordinaires, avec tout le
lot d'inquiétude, d'indifférence et de simplicité.
Personnage
hautement étatique ou symbole du pouvoir local ; le wali voire la notion qui
lui étant rattachée demeure astreinte à une éternelle suspicion vacillant entre
la mesure politique et la définition usuelle et administrative. Qu'en est-il au
juste ?
L'actualité vient
de dévoiler qu'il existe hélas, beaucoup de dépassement dans la gestion des
finances publiques. De l'autoroute à la pêche du thon passant par la passation
de marchés publics, l'Etat est comme pris en otage dans la malhonnêteté et
l'indélicatesse de certains de ses responsables. En réaction à tout ceci, les
instruments officiels du contrôle se sont mis en branle. De l'investigation des
services compétents, à l'inspection générale des finances, les commissions de
contrôle font dans le brouhaha pour aller s'enquérir chez les gestionnaires sur
les modalités pratiques et de respect des procédures liées à l'exécution du
budget de l'Etat. Cette faculté de contrôle qu'octroie la constitution à un
groupe parlementaire de pouvoir à une majorité édifier une commission d'enquête
sur des faits d'importance nationale n'aurait de mérite que si la consolidation
du droit à l'exercice du contrôle dénommé populaire venait à se faire suivre
par un résultat clair et précis. Ainsi il restera plus perçu au travers de ce
désir parlementaire un semblant de règlement. De compte. Bien évidemment.
Dépositaire
officiel de l'autorité légale de l'Etat ; le wali n'est-il pas en passe de
devenir un simple fonctionnaire qui n'a d'officielle que l'apparence
protocolaire de l'Etat ? En fait il n'est qu'un sentiment à distiller vers la
plèbe afin de la ramener à croire localement en une unicité de commandement,
une représentativité exclusive du gouvernement. Il ne peut, eu égard aux
maigres prérogatives «légales» que lui confèrent le code de la wilaya se
prévaloir d'être le délégué du président de la république. Donc, sa capacité de
représenter l'Etat est quelque part effrénée par des secteurs donnés échappant
totalement à son emprise. De droit et non de facto. Mais en réalité et dans la
pratique, pour certains walis, le pouvoir qu'ils sont censés exercer dépasse
largement celui accordé au président de la république. Certes ils ne peuvent
amnistier, ni gracier, mais font peser leurs poids sur l'orientation à donner à
ceux là même qui sont appelés à traiter les causes d'une grâce fiscale, d'un avantage
foncier, d'une concession minière ou d'une promotion professionnelle. Ils sont
l'aide et l'assistance à la décision politique, sinon ils participent
grandement à son accomplissement selon le canevas préétabli par une tutelle.
Ils sont comme les gardiens sans supervision hiérarchique, du temple. La
hiérarchie leur est une source d'émanation de toute disposition. Ils ne pensent
pas. Ils appliquent. Comme sensation organique de l'existence d'un démembrement
extérieur de l'Etat, ils se font passer ou leur fait-on passer au regard des
administrés tels des passe-droits, des réalisateurs de fortunes, des
architectes de la fraude électorale ; enfin des fluidifiants à tout obstacle
généré par une grogne, une émeute, un ras-le-bol etc...
Fondement
superficiel, la commune étant la cellule de base de la collectivité locale, le
wali veille pour le compte du gouvernement dit-on à la bonne application de la
loi. Tellement que la diversité de cette dernière prend de l'immensité
sectorielle, qu'elle arrive en fin de compte à dépasser rapidement la
compétence naturelle de ce poste. Doté de tout un appareil administratif au
chef lieu, entouré de plusieurs « sous-wali » aux
quels sont soumisses les communes de façon éclatante, présidant
fonctionnellement sur toutes les administrations des services extérieurs des
ministères, comment ce personnage, ce « commis de l'Etat » arrive t-il à éviter
des erreurs de commandement, des mauvais choix de stratégies, et d'écarts
flagrants quant-à la bonne gouvernance de sa finance
locale ? Ainsi on le voit en dépit des textes lui faisant échapper tout
attribut hiérarchique vis-à-vis d'institutions données ; prendre «des mesures
nécessaires» ou des «dispositions adéquates». Le tout est pris en conformité à
«l'intérêt général» au maintien de «l'ordre public» ou à défaut de l'un ou de
l'autre ; le mystère de la «raison d'Etat» est brandi.
Abdelkader Kelkel, administrateur principal et spécialiste de
l'administration et des collectivités territoriales écrit que «les premières
nominations aux postes de préfets et de secrétaires généraux de préfecture de
l'Algérie indépendante le furent par la série d'arrêtés, datés du 21 aout 1962 et publiés au journal officiel de l'Etat algérien
n° 11 du 04 septembre 1962 ».
Le système de la
fonction publique décrété en 1966
a été élaboré sur l'héritage du système colonial
français. Outre les appellations respectives des fonctions de préfets,
sous-préfets, maires qui ont connu un genre « d'arabisation » les attributions
toutes aussi respectives n'ont pas grandement changé. Dès la mise en Å“uvres,
l'on voyait surgir le spectre de la politique. Il fallait réduire sensiblement
les pouvoirs que pourraient avoir les détenteurs de ces fonctions publiques. Le
maire en est réduit d'une façon aléatoire en un banal exécutant aux mains d'un
wali, qui à son tour devient une simple transmission d'ordres et vaillant
exécutant pris entre les serres de sa hiérarchie. Hiérarchie déclarée ou
agissant dans le noir. Quel est cette personnalité, appelée wali à qui l'on
refuse de droit de gracier ou d'éponger à titre
d'exemple une contravention de simple police à un citoyen-administré
de bonne conduite, de bonne foi et de haute civilité ? En dehors du domaine
quoique résolu comme administratif ; élections ; mandat populaire, délibérations
communales, implantation de projets d'utilité publique, expropriations, titre
de concessions ; mais qui se couvre sous un emballage purement politique; le
wali n'a semble t-il aucun autre pouvoir légal.
Dépouillé
totalement de l'infime capacité à régler un cas social en toute transparence,
il demeure à juste titre un « quart de président » dans sa wilaya. En vertu des
textes en vigueur il ne peut attribuer un logement. Tout passe par des
commissions. Les terrains, les lots, les marchés, les projets, les routes ;
l'électrification. Mais...dans la pauvre réalité, la réalité est tout autre. La
wali, certains wali du moins, arrivent quand bien même à surpasser le tiers, le
quart et le président même ! Ils font fourmiller autour d'eux, associations,
comités de quartiers, et créent pour la circonstance des instances à mesure de
pouvoir satisfaire leur instinct de survie.
Ils font élire
des maires, des députés et des sénateurs dans la seule optique d'être au
diapason du desideratum alternatif d'un degré plus élevé dans la pyramide des
fonctions publiques. Les partis, comme les personnes au gré des scandales, des
amours et des répudiations sont tantôt chouchoutés tantôt
bannis.
Nul égard aux
penchants populaires, majoritaires ou politiques de leurs sujets. Ils font la
prière en public, comme ils trinquent à huis clos.
Ce qui semble
animer bon gré, mal gré ces quelques titulaires de postes, c'est l'absence de
statut. Pour la prospérité du pays, ils sont les victimes d'un système.
L'escalade aux postes leur fait miroiter faussement qu'ils sont là pour le bien
de ce pays. Qui peut en fait ou en droit obtenir les faveurs de cette
nomination ? Tout et personne. Il n'existe pas une pépinière académique d'où
seront puisés les embryons de futurs wali. Tout est aléatoire. La simple
jointure à une borne solide d'une rive du pouvoir peut faire le nécessaire. Ils
sont venus de tout horizon. De l'énarque persévérant au petit directeur d'un
espace de formation. De leur ensemble, il y a tout de même certains qui se sont
distingués par une neutralité difficile à conserver en ces temps et par une
perspicacité légaliste dans le traitement des affaires étatiques. Heureusement
pour eux et pour la noble éthique de la fonction publique. Ils auraient à faire
un jour l'addition de l'évincement. D'autres, plus nombreux se comportent en
d'incontestables « mouhafedh » si l'Etat était le FLN
d'antan. Farouches militants de l'Etat providence. Plus patriotiques, plus
jaloux que les autres sur la chose nationale, ils tentent d'édicter la manière
d'aimer son pays, son président et même son Dieu.
Au risque de se
reproduire, n'avions-nous pas clamé que, l'autorité investie du pouvoir de
nomination en l'occurrence, le président de la république, sur les trente
millions de citoyens et plus, n'a-t-il pas la sagacité de pour y choisir 48
walis, tous beaux, élégants, courtois, compétents, neutres dans le traitement,
impartiaux dans le jugement ?
Ainsi
l'éventualité de commissions d'enquête parlementaire aurait en plus de résoudre
l'imbroglio financier de certains walis, qui au demeurant ne seraient retenues
contre eux que des insignifiantes irrégularités procédurales. Le détournement,
la dilapidation de deniers publics, la concussion ou autres infractions
infamantes du genre n'auraient, le cas échéant qu'une fadeur précoce de
règlement de compte. Ils sont loin nos walis de ces avatars de débauche
financière de dernier siècle. Seulement ils seront comptables des choix du
développement local, de l'équilibre régional dans la distribution des recettes
budgétaires, l'orthodoxie dans la dépense, la lutte contre la misère
culturelle, et la moralisation de leurs administrés. Exemple de crédibilité,
ils pourront pour certains claquer la porte avant le jour fatal. Un baroud
d'honneur apporte toujours un baume dans le coeur. Mais hélas, il y a des
walis, qui avant qu'ils ne le soient, étaient d'un comportement ordinaire avec
tout leur originel environnement. Une fois se faisant appeler «sid el wali !» ils ne peuvent lutter contre cet ego
étouffant de continuer à connaître ceux qui les ont connus quand ils ne furent
que foetus administratif anonyme pour s'offrir à une nouvelle connaissance de
puissance, de force et d'intérêts.
Même dans ce
corps républicain, les différences de traitement font loi.
Les uns passent
pour d'intouchables gouverneurs, les autres pour de simples mais très hauts
fonctionnaires.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El Yazid Dib
Source : www.lequotidien-oran.com