
L'anarchie qui règne actuellement dans le secteur de la télévision est d'abord imputable au gouvernement qui n'a jamais eu la volonté politique de démocratiser le secteur.Il a ses raisons?et ses arrières pensées pour le verrouillage qu'il soit systématique ou orienté en fonction de ses intérêts : une télé libre n'est pas la bienvenue dans le contexte de la gouvernance actuelle car perçue comme un danger potentiel pour sa communication qui ne doit souffrir ni de concurrence ni de parasitage. S'il a consenti à adopter, il y a deux ans, une loi autorisant l'ouverture du champs audiovisuel aux chaînes privées, ce n'est surement pas pour permettre à ces medias d'apporter un plus et une note plurielle dans le paysage, encore moins de façonner un autre mode de pensée pour les algériens.En cédant à la pression de la société, il a au contraire tout fait pour décourager les initiatives les plus tenaces dans l'espoir de faire échouer le projet, ou le faire trainer en longueur le plus longtemps possible jusqu'à extinction ce qui revient au même résultat. Preuve en est, qu'après la promulgation de la loi, aucune condition technique, matérielle ou juridique n'a été proposée à la multitude de sociétés de télévision qui frappaient déjà à la porte, toutes acquises fébrilement à l'idée qu'une ère de progrès médiatique allait s'annoncer, et qui montraient une grande ambition de s'impliquer dans la nouvelle expérience qui les interpellait. Le refus de l'Etat d'assumer jusqu'au bout ses responsabilités et ses obligations a causé le premier couac.Au lieu d'aller au devant des aspirations exprimées pour contribuer à donner naissance à la nouvelle génération de la télévision algérienne vue sous l'angle d'une participation privée complémentaire et non adversaire à l'institution publique, le gouvernement s'enferma dans sa tour d'ivoire et livra donc tous les porteurs de projets en question au système de la débrouille. Le message était on ne peut plus clair : Ceux qui espéraient une quelconque aide des pouvoirs publics devaient ravaler leurs illusions. Ainsi dans l'esprit de nos gouvernants, pondre une loi qui donne droit d'existence aux chaînes privées ne pouvait être qu'un alibi pour montrer à la communauté internationale que l'Algérie non seulement respecte mais accompagne par les textes la liberté d'expression dans toute sa diversité.Cette attitude franchement dilatoire, empreinte d'un conservatisme d'un autre temps, aurait pu avoir une once de crédit si les choses n'avaient pas pris une tournure imprévisible : le passage par un pays tiers pour lancer le produit. Formule gagnante, tous les algériens qui voulaient créer une télévision sans avoir à répondre à un cahier de charge, ni a une formalité administrative contraignante, s'y sont engouffrés avec cet esprit de mettre le gouvernement devant une situation de fait accompli qui l'obligera tôt ou tard à trouver des solutions pour la régulariser.La tentative a été concluante puisque une flopée de télévisions ont poussé comme des champignons et ont rapidement commencé à émettre à partir de l'étranger dotées du strict minimum technique, d'un bagage dérisoire et d'un personnel non qualifié pour une entreprise d'une telle envergure. Des superettes de l'image diront certains qui voulaient éblouir sans avoir les moyens de leurs ambitions, mais qui disposent néanmoins de fonds nécessaires pour s'acquitter de la location des satellites. Les nouvelles sociétés qui se sont lancées dans l'aventure n'avaient, en fait, comme soucis que celui d'afficher un écran en direction des téléspectateurs algériens en leur faisant miroiter la perspective d'un changement qualitatif par rapport à la médiocrité de l'Unique.Ce fut hélas vraiment le miroir aux alouettes sachant que l'indigence des nouveaux venus est souvent pire que celle qui existe. Mais comment pourrait-il en être autrement quand on sait que le manque de professionnalisme est flagrant, et que l'esprit mercantile est dominant. Le résultat après deux ou trois années d'activité est désolant en tout point de vue. Par manque de moyens, on est tombé dans la facilité, et pour conserver son « territoire » on n'hésite pas à faire des compromissions au détriment des nobles intentions qui prévalaient au départ. Les plus débrouillards?ou les plus conciliants ? ont réussi à obtenir une autorisation pour ouvrir un bureau à Alger, les autres moins chanceux?ou plus fermes sur leur autonomie?restent à ce jour dans l'incertitude du lendemain. C'est qu'entre temps le gouvernement ne pouvait rester simple spectateur.Dans le désordre ambiant, il a laissé la situation pourrir avant de jouer sur les divisions pour faire des alliés et neutraliser les récalcitrants. Il a usé de l'arme redoutable qui lui permet de rester maitre du jeu en dépit des apparences, celle du bâton et de la carotte. Accuser les chaînes privées d'évoluer dans l'anarchie, si elle n'est pas fausse sur le plan de la forme, est dans le fond une grande fumisterie à l'actif du Pouvoir dans la mesure où c'est lui qui l'a crée et qui aujourd'hui veut la gérer en fonction de ses désidératas. Car l'anarchie n'est pas seulement juridique, administrative ou financière, elle est en rapport direct avec une certaine politique politicienne qui n'a cessé, depuis l'avènement de la télé privée, de manipuler à distance le paysage médiatique, de chouchouter les écrans dociles et taper sur les plus critiques, et de semer en fin de compte les germes des dépassements et des atteintes répétées aux principes éthiques et déontologiques que l'on constate à présent.C'est pour résumer sur un terrain miné par la politique que débarque l'équipe récemment renouvelée de l'Autorité de régulation de l'audiovisuel, un terrain où tout est pratiquement à refaire à partir de règles transparentes applicables à tous les acteurs. Si les problèmes d'organisation, de finance, de mise en conformité juridique, de professionnalisme, peuvent avec le temps se régler, que dire de l'influence politique sur un potentiel de communication très important que le gouvernement ne voudrait jamais perdre. C'est là que tout se joue, et qui constitue le grand défi pour le nouveau président de l'ARAV dont on loue par ailleurs la probité intellectuelle et la liberté de pensée.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abderezak Merad
Source : www.elwatan.com