Alger - Revue de Presse

La « fiction participative » comme idéologie nationale



Al'époque de Alhane oua Chabab de la vénérable époque socialiste,le syndrome de l'échec intime avait consacré une expression passée dans lalangue courante : « Le plus important, c'est la participation ». Sans distanceintellectuelle ni capacité d'analyse suffisante, on ne savait pas, dès cetteépoque rétroactivement bénite, que l'on consacrait ainsi l'usage de la Fiction comme principaleactivité nationale. Valable pour l'économie, la politique, le chant ou ladémocratie (Pour un Américain, lorsqu'on n'en gagne pas, on a perdu, là où, pourl'Algérien, là où on n'a pas gagné, on a participé). Le but du pays étant fixédès ce moment, comme une sorte de jeu de rôles avec la finalité de « fairecomme » plutôt que de faire acte. C'est cet usage collectif de la fiction quise retrouvera à la suite à la base de la démocratie spécifique, de laperpétuation contre-nature de l'UGTA, des résultatsdes participations électoraux. Aujourd'hui, on y implique même les générationsfutures : les élèves de la sixième année sont invités à consacrer la fiction enfaisant comme.Ilsvont concourir, se soumettre à l'épreuve, remettre au goût de la presse laquestion des centres d'examens, des encadreurs et des sujets et finalementpasser un examen « vendu » d'avance. Sachant qu'ils sont tous appelés à sortirvainqueurs de l'épreuve qui n'en est pas une, ils seront félicités non pas pouravoir réussi, mais pour avoir réussi la fiction, l'entretien du rôle, la miseen scène du pays sur ses propres planches à la dérive.Lesgénérations prochaines feront ainsi comme leurs aînés et iront vers le monde enfaisant semblant d'y aller. Outre le désastre psychologique de ce court-circuitagedes circuits d'initiations fondamentaux des sociétés qui sont vivantes etsaines, les écoliers algériens vont faire semblant de passer un examen qui nesert à rien, finiront faux chômeurs ou salariés pour des emplois fictifs etseront longtemps convaincus que le réel peut être remplacé par une photocopieet que l'essentiel est de participer pas de gagner. Pourquoi ? Parce que lepays est déjà une sorte de doublure de lui-même et desa réussite, presque depuis son indépendance entamée avec un mensongefondamental expliquant le teint des Algériens et leur consensus sur la fiction.La fiction est donc partout, tout comme la participation. A quoi ? Pas au paysmais à son semblant. Si on appelle un peuple à voter pour des résultats fixésd'avance, faut-il aujourd'hui, s'étonner de voir des enfants être appelés à unexamen, gagné d'avance ? Non. Cela est dans l'ordre maladif des choses. Unprésident peut inaugurer un faux projet qu'il a inauguré cinq ans plutôt. Uneassociation peut se réclamer d'adhérents fictifs, rien que pour servir deramasseur de balles pour le régime nourricier. Une ENTV peut filmer etinterviewer un peuple qui n'existe pas. Un ancien Moudjahid peut avoir tiré uneballe à l'âge où il jouait au ballon dans un village nègre. L'essentiel est departiciper à l'image que le pays se fait de lui-même, assis sur un trottoir, lepantalon court, le sourire idiot. Il y a même une philosophie à bâtir sur cegenre de pays où l'essence est dans l'apparence, à contre-courant de deux milleans de réflexion de l'homme sur sa condition. Les anthropologues allemands ontinventé la participation magique, les gnostiques de tous bords parlent departicipation mystique, les communistes ont inventé la participationcollectiviste et l'Algérie la participation fictive, ou l'inverse.
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