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La fertilité des origines



La fertilité des origines
La pièce Le dernier cèdre du Liban a été jouée à la «Conditions des soies».L'histoire a pour point de départ la vie et la fin d'une photographe, Camille Lepage, décédée dans des conditions dramatiques en Centrafrique. Résumé d'une extrapolation fictionnelle : Eva (interprétée par Magali Genoud) a été abandonnée à sa naissance, en 1988. De son père, elle ne sait rien. De sa mère, uniquement le nom : Duval. Alors qu'elle va avoir 18 ans et qu'elle est internée dans un centre d'éducation fermé (CEF) pour divers délits, elle reçoit du notaire un legs de sa mère défunte : un coffret contenant surtout un dictaphone et des mini-cassettes enregistrées. Sa mère parle avec celle qu'elle a abandonnée à la naissance.Elle lui confie ses passions, ses regrets et ses doutes, alors qu'elle est reporter-photographe. Depuis le Liban ou Berlin, où le mur vient de s'effondrer (1989), ou encore d'Alger, en 1988, lorsque Yasser Arafat proclame l'Etat palestinien, elle tente de justifier sa quête de partir toujours et le souci d'une liberté dont elle mesure le coût humain. Eva encaisse et craque lorsque dans la dernière cassette, sa mère lui avoue qu'elle a pris la décision de retrouver à Beyrouth le père, un Arabe (on ignore sa nationalité) qui n'a jamais su qu'il avait une fille. Elle veut tout lui dire enfin, et fonder une famille avec celui qu'elle a rencontré à Londres, puis la brève nuit qui lui a donné la vie. Par le plus grand des hasards, il a été ensuite son «fixeur» à Beyrouth plus tard, mais elle ne lui avoue rien.A quelques secondes des retrouvailles et de l'aveu, il meurt dans un attentat devant ses yeux. La photographe, quelques semaines plus tard, sera à son tour assassinée sur un terrain de conflit... «SANS FONDATION, C'EST DIFFICILE DE S'éLEVER»Le metteur en scène, Nikola Carton, a confié à la dramaturge d'origine iranienne, Aïda Asghardzadeh, d'écrire cette pièce à partir de l'histoire vraie de ceux qui s'investissent pour informer le monde, sous les tirs et les bombes, au péril de leur vie, sans y être obligés. Aïda Asghardzadeh avait aussi mis en scène l'an dernier et encore cette année, La maison de Leïla, une très belle pièce qui se déroule en Algérie. Chacune de ses créations tire profit de réalités humaines, avec la volonté de témoigner avant tout. Nikola Carton confie à El Watan : «L'actualité de la pièce est de montrer des gens mal dans leur peau. Ça parle de l'importance de connaître ses racines. Il y a de plus en plus de jeunes qui sont en rupture. On est là dans le cas typique d'une jeune fille qui ne sait pas du tout d'où elle vient puisqu'elle a été placée à sa naissance dans un orphelinat. C'est important de savoir d'où on vient pour savoir où aller. Sans fondation c'est difficile de s'élever.»Le jeune personnage, joué par Azzedine Benamara, est un des compagnons dans le CEF de la fille de la reporter assassinée (jouée par la même Magali Genoud). Il semble avoir plus les pieds sur terre, plus apaisé, malgré ses origines d'immigrés, un genre montré par les médias comme celui qui est perdu? Il va être son guide, son mentor. Nikola Carton nous explique le pourquoi de ce choix fertile en ressentis : «On a trouvé ça intéressant, que ce soit à l'inverse de ce qu'on a l'habitude de voir. C'est ce qui se vit dans le centre d'éducation fermé. Je suis allé au CEF de Mont-de-Marsan avec des jeunes qui sont dans la dernière case avant la prison.C'est une expérience dure de voir ses gosses perdus. Ils sont pourtant hyper généreux, ils ont envie de faire plein de choses. Ils sont en décalage avec la société, avec la vie et ce n'est pas facile pour les éducateurs de les ramener dans la justesse, de leur montrer dans leur décalage que la vie n'est pas ce qu'ils pensent.» La pièce montre enfin qu'il peut y avoir des miracles. La voix de la mère va la rapprocher non seulement d'elle, mais de ce garçon qui a la même origine arabe que son géniteur (un père joué par le même Benamara). La reconnaissance des origines devient alors féconde. L'identité de l'amoureux, d'origine algérienne, se confondant avec celle du père inconnu, un Oriental dont la nationalité reste floue. Le metteur en scène se justifie : «Au théâtre, j'aime les contes. Ce n'est pas tous les jours que des chances s'offrent dans l'existence, mais il faut les saisir».Walid Mebarek
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