
Le gouvernement a beau baliser, barricader, serrer les vis à double tour, la facture de l'importation reste fidèle à elle-même. Budgétivore, l'Etat dépense chaque année son pesant de dollars pour nourrir, habiller, soigner et sécuriser les Algériens. Selon le ministre des Finances, l'ardoise est estimée à 43,6 milliards de dollars en 2018, 41,4 mds usd en 2019 et 40,9 mds usd en 2020. Pour le ministre du Commerce, le tableau est moins sombre et les mesures prises devront réduire la facture jusqu'à 30 milliards de dollars en 2020. Qui a raison, qui a tort ' La question ne mérite pas vraiment qu'on s'y attarde alors que l'Algérie est connue pour être un pays qui ne maîtrise pas forcément les statistiques et où tout se mesure à la balance de l'?il. La réalité est que l'Etat est bien incapable de réduire et de contrôler la facture des importations même si on est loin des 56 milliards de 2015. Le problème n'étant pas forcément dans les textes ou la législation mais dans leur interprétation et application sur le terrain. Entre l'esprit et la lettre, l'appréciation est laissée au manque de moyens de contrôle des produits et soumise à la voracité de certains importateurs forts de parapluies d'Alger. Le secteur de l'importation étant une mine d'argent facile pour certains privilégiés, l'Etat de droit trouve toutes les difficultés de baliser un chemin où les trappes et les portes de secours foisonnent. De l'aveu même des ministres qui ont occupé le département du Commerce, le secteur est un véritable terrain miné où la durée de vie d'un responsable, pour peu qu'il soit regardant, est éphémère. La maffia de l'importation n'étant pas une vue de l'esprit ou une invention purement médiatique, Tebboune ou encore feu Bakhti Belaïd l'ont publiquement dénoncée, avouant au passage l'impuissance chronique de l'Etat à la combattre. Lors du fameux épisode des pommes des Alpes et l'intrusion par effraction d'Estrosi, dans un dossier algéro-algérien, Tebboune, alors ministre du Commerce par intérim, avait affirmé, sous la pression de certains lobbies, que le gouvernement ne cédera pas aux pressions de parties qui veulent importer les pommes en dépit de sa disponibilité. Il venait de nouveau relancer la polémique sur ces groupes d'intérêt qui ont eu raison de son prédécesseur. Les propos du ministre ont eu cette gravité d'un aveu d'impuissance, pas seulement dans les faits, mais malheureusement dans le fond. La déclaration de Tebboune avait cette consonance qui fait froid dans le dos quand il insistait sur la volonté de l'Etat à ne pas se laisser intimider. «Ne pas céder», «pression», dans son discours soulignaient alors un vocabulaire défensif suggérant que l'Algérie est plus en train de se défendre contre ces relais extérieurs que de s'attaquer au commerce informel qui menace la pérennité des circuits officiels. L'enjeu des licences d'importation est colossal où des centaines de millions de dollars sont à distribuer entre un groupe de plus en plus restreint de privilégiés, provoquant un monopole de fait.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Moncef Wafi
Source : www.lequotidien-oran.com