Alger - A la une

La double peine des handicapés



Si leur handicap n'a pas eu raison de leur foi en la vie, ce sont les difficultés à l'accessibilité qui pourrissent la vie des milliers de personnes vivant avec un handicap. Les villes sont résolument hostiles aux personnes à mobilité réduite. Elles doivent évoluer dans des espaces où toute autonomie leur est interdite de fait.Nawal Imès - Alger (Le Soir) - Une journée mondiale à laquelle est venue s'ajouter une journée nationale pour les personnes à mobilité réduite. Pour quel résultat ! ' Combien sont-ils à pouvoir se mouvoir dans la ville en toute autonomie ' Alger est par excellence une ville hostile aux personnes roulant en fauteuil. Tant que le problème de l'accessibilité n'est pas réglé, l'assistanat est la seule alternative.
Pourtant, avant d'être des handicapées, ces millions de personnes appareillées sont avant tout des êtres devant avoir les mêmes droits que les personnes normales.
La Constitution est on ne peut plus claire : aucune discrimination ne devrait être tolérée. Il suffit, pourtant, de faire une immersion dans la vie d'une personne à mobilité réduite pour constater les inégalités. Rachid, la quarantaine, sur fauteuil roulant depuis ses dix ans, porte un regard très lucide sur sa situation.
Handicapé ' Non ! Répond-il. Ce sont les conditions dans lesquelles il évolue qui font de lui une personne dépendante. Dès le matin, ses ennuis commencent. Habitant le troisième étage, il ne peut quitter son domicile sans l'aide d'une tierce personne.
Etre porté par des étrangers le dérange au plus haut point. Si son immeuble était doté d'un ascenseur, il n'aurait eu besoin de personne. C'est justement cette dépendance vis-à-vis des autres qui le fait rager. Qu'il s'agisse de prendre un bus ou un taxi, il doit faire appel à la générosité d'un passant.
Cela le révolte. Il rêve d'autonomie. De déplacements sans contraintes. Il a le malheur d'habiter une ville qui a tourné le dos aux personnes ayant des besoins spécifiques. Très peu de trottoirs sont aménagés. Les infrastructures ' C'est encore pire. Pour accéder aux différentes administrations, très souvent des escaliers se dressent, lui rappelant, encore une fois, que sans l'aide des autres, il n'y arrivera pas. Le métro ' C'est une épreuve pour lui. A chaque fois qu'il pense l'emprunter, il se rappelle les interminables escaliers.
Ceux qui l'ont conçu ont-ils un jour croisé une personne sur chaise roulante ' s'interroge-t-il.
Pour Rachid, le handicap, c'est de se voir freiné sans cesse. C'est de se sentir désarmé face à un escalier, un trottoir défoncé. Théoriquement, l'arrêté ministériel relatif aux normes techniques d'accessibilité des personnes handicapées à l'environnement et aux équipements ouverts au public fait obligation de prévoir des accès aménagés.
Son article 4 stipule qu'il est «inséré dans tout cahier des charges des ouvrages, des équipements et des aménagements ouverts au public, une clause relative à l'application et au respect des prescriptions techniques d'accessibilité prévues par la norme algérienne d'accessibilité».
Il suffit de faire un tour dans la capitale pour constater que ce texte est resté rangé dans un tiroir. Sa condition, il l'a acceptée depuis longtemps. Il y puise même une énergie incroyable. Il a pu fréquenter les trois paliers de l'éducation, décrocher son bac et faire des études.
Ses parents ont dû s'investir et s'imposer face à des directeurs d'école pas toujours disposés à accueillir des enfants appareillés. La loi est pourtant claire: tous les enfants ont droit à la scolarité.
La vie d'une personne appareillée, dit-il, est faite de luttes incessantes. Faute d'être accepté, il faut s'imposer. C'est le cas en milieu professionnel.
Les employeurs, dit-il, occultent toutes vos capacités pour ne vous regarder que sous le prisme du handicap. Plutôt que de parler de droit au travail, la loi préfère le terme «insertion». Les textes de loi, les célébrations folkloriques lui font hérisser le poil. A quoi cela sert-il d'avoir des textes inapplicables ' La journée des Handicapés ' Il ne se sent pas concerné. Il refuse d'être montré comme une bête de foire dans des cérémonies au-cours desquelles on distribue des couches et des sondes.
Il refuse d'être associé à la pension, à la pitié. Il ne réclame qu'une seule et unique chose: une ville qui lui fasse oublier qu'un jour, il a perdu l'usage de ses pieds mais pas de sa tête !
N. I.
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