Leprocès du mal-bâti de Boumerdès, premier inculpé après le séisme, n'a pas eul'audience qu'à eue par exemple le procès Khalifa. Il y a eu des gens qui ontmal construit, des gens qui ont mal habité, des gens qui ont survécu, des gensqui sont morts puisqu'il n'y a rien eu. Juste une longue procédure de recherched'un coupable qui soit à la fois le béton, le tremblement de terre, la naturedu sol, quelques entrepreneurs et 1962.Pourtant,c'est la première fois qu'un procès est ouvert pour juger de l'oeuvre positivede l'indépendance, après l'Indépendance. Car comme la France, l'Algérie aconstruit des écoles, des ponts, des maisons et des édifices publics pour civiliserle pays et, contrairement à la France, elle l'a fait pour des Algériens et paspour des Français. Le résultat sera un peu le même: avant l'Indépendance, lesAlgériens habitaient mal, et après l'Indépendance, ils habitent mal. Entre lesdeux époques, il y a eu une sorte de flottement de la mauvaise étoile avant unereprise en main par la fatalité.LaFrance a failli parce qu'elle a bien construit dans un pays qui ne luiappartenait pas. L'Algérie a failli parce qu'elle a construit mal dans un paysqui est quand même le sien. Le procès du mal-bâti à Boumerdès devait donc êtreexemplaire, servir l'avenir, revoir le passé et alléger le présent. Tout lemonde devait y être convoqué, en tant que témoin, victime, rescapé,responsable, félon, tricheur ou irresponsable. Il n'en fut rien. Le procèsreste tiède, peu intéressant, peu capable de provoquer une révolution dans lafaçon dont on continue de construire l'Algérie. C'est tout juste si on chercheà inculper le béton d'être du béton armé.Ceuxqui ont hurlé à l'insulte face à la loi française de l'oeuvre colonialepositive restent encore plus nombreux que ceux qui vont hurler contre l'insultede l'oeuvre négative de l'Indépendance. Boumerdès étant un problème degéographie et la loi française un problème de l'Histoire. D'où la différence.Le million et demi de nationalistes professionnels qui parlent du million etdemi de martyrs avant 62 étant plus nombreux que les détracteurs du programmedu million de logements avant 2009.Leprocès de Boumerdès ouvre droit à des dizaines de procès qui vont remonter auGPRA, alors que le procès de la colonisation ne pouvait inculper que l'anciencolon. Le vieux bâti étant déjà un vieux problème là où le mal-bâti est né dufameux «mal-parti» des décolonisations. C'est facile à voir, à conclure, àcomprendre et à écrire.Pourtant,réduire le drame du séisme à celui du mauvais béton équivaut, mathématiquement,à réduire celui de la colonisation à son prétexte du coup d'éventail. C'estridicule mais le ridicule ne tue pas, ou ne tue que celui qui est forcé de leregarder.Quefaut-il faire à l'avenir ? Mieux construire. C'est-à-dire construire avec desChinois. D'où la possibilité d'un retour vers le passé: on s'imagine danstrente ans les Chinois polémiquer avec nous sur leur oeuvre positive enAlgérie. Bien sûr, les Chinois ne colonisent personne sans son consentement etsans appel d'offres. Ils construisent pour nous. Comme les Français, mais lesFrançais ne le savaient pas jusqu'à leur départ.Pourquoile procès de Boumerdès ne semble intéresser personne ? Parce que tout le mondes'y attendait ? Parce que tout le monde le savait ? Parce que cela devaitarriver ? Parce que c'est la fatalité ? Ou parce que dans le vaste tableau desmisères locales, les Algériens sont plus indulgents avec un Etat qui construitmal qu'avec un Etat qui ne construit pas. La chance d'avoir un logement quimène à la tombe vaut mieux que la malchance d'y aller directement. Ce n'est paspour rien que les Algériens parlent de «Kber eddenia».
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Kamel Daoud
Source : www.lequotidien-oran.com