Le gouvernement algérien multiplie les facilitations et les mesures d'apaisement mais il ne parvient pas à réguler ce marché. Parfois, le problème n'est ni la rareté ni une rupture de stocks mais des mesures bureaucratiques qui transforment l'accès à certains matériaux en un parcours du combattant.
Le marché algérien des matériaux de construction est en plein désordre. Encore marqué par les pénuries et les ruptures de stocks, il est contraint de recourir aux importations, en hausse, de certains produits, y compris ceux qui ne demandent aucune technologie. Dans le même temps, les taxes sont contestées par les opérateurs économiques, alors que le gouvernement a mis en place des mesures de régulation demeurées sans effet.
Tous ces facteurs constituent autant de menaces pour le projet du million de logements lancé par le président Abdelaziz Bouteflika, un projet qui semble d'ores et déjà compromis. Les opérateurs, en premier lieu les patrons de grandes entreprises algériennes, tentent de mettre la pression pour débloquer des circuits figés, sans résultat probant.
Au premier trimestre 2013, les importations de ciment ont flambé. De 36,13 millions de dollars au premier trimestre 2012, elles sont passées à 68 millions de dollars au 1er trimestre 2013, une augmentation de 88%. Mais elles ne couvrent pas le déficit du marché algérien estimé à trois millions de tonnes/an. L'Algérie produit 18 millions de tonnes annuellement, pour des besoins évalués à 21 millions de tonnes.
La sanction de ce déficit est immédiate. Le sac de ciment, cédé par les cimenteries à moins de 500 dinars, est vendu pour le double de ce prix sur le marché libre. Ce sont les particuliers et les petites entreprises qui en souffrent le plus, car les plus grosses entreprises réussissent à s'approvisionner directement auprès des cimenteries. Elles bénéficient pour cela de l'appui nécessaire des autorités qui redoutent les retards dans les grands projets prestigieux lancés par le gouvernement.
Même les composants primaires sont importés
Les ministères du Commerce et de l'Habitat tentent de se concerter régulièrement, notamment pour organiser des opérations d'importation, mais celles-ci interviennent, en général, après coup, et restent sans effet sur la crise. Les actions entreprises permettent de débloquer la situation pour une courte période mais les crises, cycliques, paraissent inévitables.
Pourtant, dans le même temps, la valeur globale des importations de matériaux de construction a baissé de 12% au premier trimestre 2013, pour s'établir à 681 millions de dollars, contre 780 millions au premier trimestre 2012. Rond à béton, bois mais aussi de nombreux composants primaires sans contenu technologique sont importés, en raison de la faiblesse de la production locale et de sa qualité médiocre.
La dégradation du marché des matériaux de construction est telle que même le sable pose problème. Le président de la Confédération générale des opérateurs économiques algériens (CGEOA, organisation patronale), Habib Yousfi, a ainsi évoqué la déstabilisation des carrières en raison d'un nouveau système de taxation imposé par la nouvelle loi de finances. Selon lui, les concessionnaires de carrières ont failli recourir à la grève pour défendre leurs revendications, le gouvernement ayant décidé de changer les règles du jeu sans concertation avec eux. Leur réaction, qui s'ajoute à la rupture de stocks pour certains produits, provoque un retard sur les chantiers.
Même l'argile pose problème
De son côté, le président de l'Association des briquetiers algériens (ABA), Salah Eddine Miloudi, a fait état de difficultés supplémentaires pour les opérateurs pour accéder aux gisements d'argile. Il ne s'agit ni de pénurie ni de rareté mais de simple mesures bureaucratiques qui transforment l'accès à ce matériau en un parcours du combattant.
« L'argile est disponible mais l'accès en est difficile en raison de la mauvaise gestion et de lourdeurs administratives, ce qui freine l'activité des briqueteries », selon M. Miloudi, dont les déclarations sont rapportés par l'APS. « Dans la région du Centre, au moins une vingtaine de briqueteries s'approvisionnent auprès d'un seul fournisseur, à des prix élevés, au lieu de disposer de leurs propres carrières », a-t-il dit.
Abdelmadjid Denouni, président d'un groupe de BTP, a, quant à lui, demandé une défiscalisation des importations de ciment pour permettre un meilleur approvisionnement du marché. Il a aussi suggéré d'imposer aux grandes entreprises du BTP d'importer le ciment nécessaire à leurs chantiers afin d'atténuer la pression sur la demande locale et faciliter l'accès des PME et des particuliers au marché.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Aïssa Bouziane
Source : www.maghrebemergent.info