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La dernière tentation guerrière de Sarkozy



La dernière tentation guerrière de Sarkozy
Ce n'est pourtant pas faute de l'avoir espéré et même man'uvré pour rééditer un scénario à la libyenne. Sauf que les Russes étaient là et que dans le ciel syrien, les missiles de Bachar Al-Assad, généreusement fournis par ses soutiens du Kremlin, sont de ce type d'armement qui peut briser en vol les meilleurs bombardiers.Le fait que l'occurrence ne se soit pas réalisée n'a pas, toutefois, empêché la France de faire preuve d'un activisme débordant en vue de chasser du pouvoir le président syrien. Selon plusieurs sources, les services de renseignements et les forces spéciales français n'étaient jamais loin du «champ de bataille» syrien pour un appui logistique à la rébellion. Pas plus tard que la semaine dernière, le chef de la diplomatie française organisait à Paris «sa» conférence des «amis de la Syrie» avec l'espoir, même ténu, de forcer l'obtention du parapluie de la légalité internationale pour un recours à la diplomatie de la canonnière. Les guerres, c'est historiquement connu et vérifié, peuvent être un excellent moyen de se maintenir au pouvoir ou de le reconquérir. A vrai dire, ce qui n'a pas été possible en pleine campagne électorale, Nicolas Sarkozy s'est efforcé de l'accomplir tout au long des deux dernières années de son mandat avec l'objectif avéré d'une récupération intérieure et d'une consolidation de sa légitimité. Y compris, parfois, au prix d'échecs patents, voire catastrophiques, à l'image de l'équipée aérienne menée en janvier 2010 en territoire nigérien. L'opération, diligentée pour libérer deux otages français détenus par Al-Qaïda au Maghreb, s'était soldée par la mort, par balles françaises, de l'un des otages.Quant à la part plus qu'active prise par Paris dans la chute du régime de Kadhafi, les gains engrangés l'ont été pour l'immédiat. La suite s'est révélée, en effet, moins gratifiante et productive pour le chef de l'Etat français. Pis, la candidate du Front national s'est fait un plaisir de lui rappeler que l'expédition libyenne a eu pour résultat notable d'installer au
pouvoir à Tripoli des islamistes et d'être directement responsable de la déstabilisation du Mali par l'afflux massif d'armes en provenance de l'ex-Jamahiriya. Mais il ne faut pas s'étonner que la politique étrangère n'ait pas été très présente dans cette campagne. Tous les observateurs le soulignent, sous la Ve République, la présidentielle s'est toujours jouée sur les thèmes de politique intérieure.
Sur le plan extérieur, mais toujours dans le but d'une récupération intérieure, le président sortant a essayé de se rattraper en se saisissant des difficultés posées par les traités européens. Il fallait s'y attendre, l'accord de Schengen sur la circulation des personnes est le premier qu'il a mis en joue. Opération purement électoraliste, il veut le réviser en cas de réélection en vue de renforcer les contrôles aux frontières jugées trop perméables aux flux' migratoires extra -européens. Il est allé jusqu'à prendre l'engagement de rétablir unilatéralement ces contrôles en cas de refus de ses partenaires européens. N'hésitant pas à s'aligner sur son rival François Hollande, il promet également de mettre sur la table une modification du fonctionnement et des missions de la Banque centrale européenne. L'institution bancaire, promet-il, devrait avoir une politique tournée vers la croissance des Etats. Autrement dit, elle devrait directement prêter aux Etats et non aux banques privées qui lui empruntent à 1% et rachètent ensuite de la dette publique de pays pris à la gorge à des taux atteignant les 10%. Otage plus que jamais des lobbys financiers nationaux et internationaux, le candidat Sarkozy se garde bien de suivre François Hollande sur le traité de discipline budgétaire de mars dernier et qu'il s'engage à renégocier, sachant à quel point il constitue un barrage à la relance de la croissance. Enfin, c'est sous le quinquennat de Sarkozy qu'il a été mis fin à l'un des éléments déterminants de la doctrine de politique étrangère mise en place par le général de Gaulle. En 2009, la France a réintégré le commandement militaire de l'OTAN confirmant le credo atlantiste et l'américanisme du candidat de l'UMP.
A. S.

L'Algérie dans le viseur
Il ne faut pas se bercer d'illusion, une victoire de Sarkozy, le 6 mai, amènera très certainement à une reconfiguration, sinon une redéfinition des relations entre la France et l'Algérie. Le volet, très sensible et sujet à fortes divergences entre Alger et Paris, de la dimension humaine des échanges, aggravera le contentieux déjà lourd entre les deux pays. Cela sans parler des aspects liés aux questions mémorielles et dont le cinquantenaire de l'indépendance, cette année, algérienne a révélé à quel point ils continuent toujours d'être mal vécus de l'autre côté de la Méditerranée. Et pas seulement chez les milieux traditionnellement nostalgiques de l'Algérie française. Sarkozy et sa droite populaire refusent de faire tout effort en direction d'une acceptation officielle de la vérité historique de ce qui était pudiquement désigné sous l'appellation des "événements d'Algérie". De là à oser escompter des excuses ou une repentance, comme le réclament naïvement certains Algériens, c'est un pas que ne feront pas ceux qui connaissent les forces sur lesquelles s'appuient le président sortant pour se maintenir au pouvoir. Quelles ont été ses premières paroles, dimanche soir à la Mutualité, après l'annonce des résultats du premier tour ' Immigration, encore et toujours. En écho, et sur le vif, les sondages révélaient que la première motivation des électeurs du Front National qui venaient de porter au pinacle Marine Le Pen était justement l'immigration, suivie du pouvoir d'achat et de l'insécurité, à égalité.
S'il n'a pas réédité sa "performance" de 2007 en "piquant" au Front national une bonne partie de son électorat, il n'échappe pas pour autant au piège qu'il s'est lui-même tendu en faisant des étrangers - Maghrébins et Algériens étant les premiers visés - l'axe central de sa campagne électorale. Or, la leçon première du premier tour est arithmétique : les chances de Sarkozy de battre Hollande au deuxième tour sont mathématiques et rien d'autre. Il lui faudra bien plus que les 60% de report des voix du FN qui ont permis à Marine Le Pen de dépasser 18 %. C'est donc pour lui une obligation mathématique impérative de diaboliser à outrance l'immigration, qu'elle soit légale ou irrégulière. De ce point de vue, l'Algérie va se retrouver en plein dans son viseur. D'ailleurs cela a déjà commencé. Pas plus tard que la semaine dernière, dans une interview à l'hebdomadaire l'Express, il faisait part de son intention de réviser l'accord de 1968 avec l'Algérie, jugé trop dérogatoire pour les quelques privilèges dont il fait bénéficier les ressortissants algériens par rapport aux autres immigrés. Or, Alger a toujours opposé une fin de non-recevoir aux exigences françaises dans ce sens. L'Algérie cédera-t-elle en cas de victoire de la droite ' In fine, si telle est l'intention de Sarkozy, l'Algérie ne pourra pas invoquer les Accords d'Evian, devenus de fait caducs, même si l'histoire et la spécificité qu'elle a imprimée aux relations entre les deux pays devraient plaider pour une survivance d'un certain esprit d'Evian. La question se pose, aussi, de savoir si, en cas de reconduction à l'Elysée, le président sortant prendra le risque de compromettre les relations économiques de son pays avec l'Algérie. Et elles sont très importantes et s'appuient sur des données concrètes, comme le révèlent les chiffres disponibles sur le site de l'ambassade de France en Algérie : «La France reste le premier fournisseur de l'Algérie en 2009, avec 15,7 % de parts de marché. Les échanges entre la France et l'Algérie ont plus que triplé en douze ans et ont dépassé les 10 milliards d'euros pour la première fois en 2008 (10,3MD'), répartis presque également entre importations (5,5 milliards ') et exportations (4,8 milliards '). L'Algérie est le premier partenaire commercial de la France en Afrique (Maghreb, Egypte comprise et Afrique sub-saharienne). Si l'on étend les comparaisons au reste du monde, l'Algérie est le troisième marché pour les exportations françaises hors pays de l'OCDE, après la Chine et la Russie (') En 2009, 420 filiales d'entreprises françaises opèrent sur le marché algérien, soit quatre fois plus qu'en 2005, employant directement près de 30 000 personnes et près de 100 000 indirectement.
A. S.


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