Rencontré en marge de la 15e édition du Salon de l'automobile d'Alger, le directeur général de Nissan Algérie et vice-président du groupe Hasnaoui, a bien voulu répondre à nos questions.
-Quelles sont vos impressions sur cette 15e édition du Salon d'Alger '
Je pense que nous n'avons jamais eu un tel engouement en termes de visites comme nous l'avions eu au cours de ce salon de l'automobile, même si on s'attendait à cela. Cela fait plusieurs mois que nous entendons les clients parler de leurs attentes à la présentation d'un certain nombre de nouveautés. Mon premier sentiment est celui d'un engouement extraordinaire de la part des clients. Mon deuxième sentiment, qui confirme en quelque sorte ce que nous avions prédit depuis quelques années, est ce saut qualitatif de l'ensemble de la corporation ou presque avec beaucoup d'avant-premières, que ce soit chez Nissan ou chez ses concurrents européens, ce qui dénote un saut important en termes de qualité et qui place le salon d'Alger parmi les plus grands salons régionaux au monde. Le dernier élément est cette diversité de l'offre automobile sur un certain nombre de marchés émergents, la pluralité de l'offre et le retour en force de certaines marques majeures, qui n'étaient pas bien représentées en Algérie.
-Le thème choisi par Nissan pour cette année est celui de la sécurité routière dans un environnement où les accidents de la route font rage. Comment interprétez-vous cela '
Nous avons un rôle citoyen à jouer. En notre qualité de chef d'entreprise et de citoyen algérien, nous devons apporter une vraie sensibilisation à un problème crucial. Nous voyons chaque jour l'environnement qui se dégrade et le terrorisme routier qui fait rage. Chez Nissan, nous avons, depuis plusieurs années, pris des initiatives et des décisions pour présenter la marque en tant que précurseur de la sécurité en Algérie. La nouvelle Micra, lancée en 2011, est la seule dans sa catégorie à posséder l'ABS, les airbags et l'Ebd en série. Idem pour la nouvelle Sunny lancée au courant de ce salon de l'automobile, qui est dotée d'une panoplie d'équipements en série. Nous aurions pu négocier avec le constructeur et avoir des véhicules avec des équipements de sécurité inférieurs et diminuer les coûts et les prix. Mais chez Nissan, la sécurité n'est pas une option. Elle n'a pas de prix. C'est pour cette raison que nous lançons une campagne en ce sens. Cela nous permet d'asseoir notre marque où Nissan Algérie a été le premier à offrir la climatisation en série sur ses véhicules.
-Ne pensez-vous pas qu'aujourd'hui il est temps de mettre un terme aux «cercueils ambulants» qui circulent sur nos routes en renforçant la législation sur l'homologation et le contrôle des véhicules '
C'est difficile de répondre à votre question. Je ne peux me substituer aux pouvoirs publics. Chez Nissan, qui est à la pointe de la technologie et de l'innovation, nous avons tout intérêt à ce que les normes soient les plus dures possibles, qu'elles soient calquées sur ceux de nos voisins européens, japonais ou américains. Nous avons tout intérêt à ce que nous soyions dans un environnement qui protège aussi bien le piéton que l'automobiliste. Nous sommes aujourd'hui à plus de 4000 décès par an sur nos routes et des milliers d'accidents. C'est ahurissant et c'est intolérable. Nous avons une responsabilité à assumer. Il faut savoir que Nissan a imposé le véhicule électrique au Japon en travaillant main dans la main avec les collectivités locales. En Algérie, nous devons faire des efforts, travailler main dans la main avec les pouvoirs publics afin de faire diminuer le nombre de décès sur nos routes.
Cela commence déjà par la normalisation et c'est aux pouvoirs publics qu'incombe cette responsabilité. Notre responsabilité à nous est d'apporter notre soutien aux pouvoirs publics aussi bien matériellement que financièrement avec ces taxes qui favorisent le développement du transport en commun. Le carburant n'est pas en reste compte tenu de la teneur en soufre élevée par rapport aux normes exigées en Europe. L'Etat doit favoriser un carburant qui réponde aux ajustements modernes des véhicules et des moteurs. Pourquoi ne pas opter pour deux carburants différents, un diesel et un diesel plus '
Il y a également la filière des véhicules et des huiles usagées qui doit être prise en charge. Chez Nissan, nous serons les premiers acteurs majeurs pour participer à ces chantiers et développer aussi bien les filières qui nécessitent un réel développement économique.
-La nouvelle Micra a-t-elle eu le succès escompté une année après son lancement '
Ce que je peux vous dire, c'est que nous sommes en phase avec les objectifs que nous nous sommes fixés avec la nouvelle Micra. Nous avons un succès de volume qui évolue de mois en mois, mais nous avons aussi un succès qualitatif. Nous avons formé et approvisionné notre réseau constitué d'une quarantaine d'agents agréés et nos cinq succursales avec un véritable travail de fond. Il faut savoir que nous avons bouleversé la donne dans ce segment en introduisant la nouvelle Micra avec un véhicule équipé de toute la panoplie d'équipements de sécurité dès l'entrée de gamme et avec un prix de moins d'un million de DA. Nous attendons la réaction de nos concurrents. Pour cette année également, de par la satisfaction de notre clientèle, nous attendons un volume de ventes conséquent pour ce modèle.
-Et pour la nouvelle Sunny '
Cela fait quelques jours (l'interview a été réalisée pendent le salon de l'automobile Ndlr) que nous avons présenté ce véhicule et nous avons de très fortes ambitions que cette nouvelle venue pourra bouleverser également son segment, comme cela a été le cas avec la nouvelle Micra. Nous avons approvisionné nos succursales et agents avec de la pièce de rechange pour répondre favorablement aux attentes de nos clients.
-Certains reprochent à Nissan Algérie son service après-vente «défaillant» et les délais de livraison qui ne sont pas respectés...
Je tiens à dire à vos lecteurs et à mes clients que j'ai toujours été transparent. J'ai toujours dit et je le dis toujours que tout le monde dans cette profession est défaillant, que ce soit dans le service après-vente ou dans les délais de livraison. Celui ou celle qui vous dira le contraire pourra m'inviter à visiter ses ateliers. Cela a une explication : quand vous avez une croissance très forte du marché de l'automobile, cela déstabilise l'ensemble de la chaîne. Vous avez également la réglementation contenue dans la loi de finances qui change, l'étiquetage en arabe, les certificats d'origine sur la pièce de rechange, alors que les constructeurs possèdent plusieurs usines, cela vous pénalise lourdement et cela est valable pour l'ensemble des acteurs en Algérie. Je tiens à rassurer nos clients que nous avons une organisation qui est en phase avec nos volumes de ventes et un système d'information qui est le plus développés en Algérie. Sommes-nous irréprochables ' Bien sûr que non. Chez Nissan, nous avions instauré, dès 2006, des enquêtes de satisfaction de nos clients. Nous sommes aujourd'hui bons, mais pas très bons. Il nous reste du chemin à parcourir. En termes de disponibilité de la pièce de rechange, nous sommes meilleurs que le leader du marché.
-Nous sommes le second plus grand marché de l'automobile en Afrique après l'Afrique du Sud, avec plus de 300 000 unités vendues en 2011. N'est-il pas temps pour nous, selon vous, de nous lancer dans l'industrie automobile '
La réponse à cette question se divise en deux volets. Le volet politique, dont je laisse le soin aux politiques d'y répondre, et le volet économique où je peux me prononcer. Le marché économique algérien d'aujourd'hui ne permet pas la mise en place d'un tissu industriel local fort. La raison est toute simple : les droits de douane qui sont très bas ne favorisent pas, malheureusement, le développement d'un tissu industriel local performant. De plus, les tarifs douaniers ne sont pas assurés chez nous, ce qui pousse les investisseurs à réfléchir par deux fois avant d'investir dans un projet dès lors qu'il n'y a aucune garantie sur la pérennité du projet d'investissement.
Le message que nous voulons transmettre aux pouvoirs publics est le suivant : aidez-nous, nous voulons investir. Notre groupe existe depuis près de 50 ans. Nous sommes pionniers en Algérie dans plusieurs domaines et services et nous avons un projet d'industrie automobile avec le soutien du constructeur depuis l'introduction de Nissan en Algérie. Nous avons relancé ce projet au début des années 2000, puis mis au placard suite à la déréglementation douanière décidée par les pouvoirs publics de l'époque. Avec des exonérations fiscales et une TVA qui avoisine les 0%, comment voulez-vous assurer la pérennité de votre investissement, alors que les pouvoirs publics favorisent la revente en l'état '
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nadir Kerri
Source : www.elwatan.com