C'est promis, en tout cas jusqu'aux prochaines élections, la Banque d'Algérie va "affiner son monitoring" pour éviter les répercussions intempestives de la volatilité des marchés des changes internationaux sur la valeur du dinar.Le débat sur la "faiblesse" du dinar est de retour. C'est le cas chaque fois que l'euro grimpe. Le pouvoir d'achat des plus défavorisés serait menacé par la hausse des prix des produits importés. C'est du moins ce qu'affirme une grande partie des médias nationaux qui se sont encore émus ces dernières semaines d'une présumée "chute libre" de la valeur de la monnaie nationale, en dénonçant dans certains cas "le jeu trouble" de la Banque d'Algérie. Un dinar fort serait-il une solution miracle et un rempart pour l'économie nationale '
Quelle chute libre '
Au fait, la valeur du dinar est-elle effectivement en chute libre ' Ce n'est, en tout cas, pas l'avis de la Banque d'Algérie qui dans une première note d'information publiée la semaine dernière invitait tout d'abord les commentateurs à consulter les "séries chronologiques des 5 dernières années". Elles rappelle par exemple que les cours maximum de l'euro ont déjà atteint des pics de 109 DA en 2009, de 108 DA en 2010 et près de 107 DA en 2011 et 2012 contre environ 112 DA au maximum au cours des dernières semaines et de nouveau 109 DA actuellement. Pas vraiment une dégringolade. Par rapport au dollar, la démonstration est encore plus claire puisque ce dernier, actuellement coté à un peu plus de 81 DA, a déjà connu, ainsi que l'indique la Banque centrale "des cours plus élevés antérieurement". Elle fait allusion à un cours maximum de 82 DA pour un dollar enregistré en 2012.
Selon la Banque d'Algérie, le "flottement dirigé" du dinar inspiré par la doctrine des institutions financières internationales a donc surtout favorisé au cours des dernières années, la stabilisation de la valeur de la monnaie nationale. On pourrait même sans doute ajouter, compte tenu des chiffres que nous venons de mentionner, que la recherche de "l'équilibre du taux de change effectif réel", associée à cette gestion de la monnaie nationale, n'a enregistré que partiellement les différentiels d'inflation avec nos partenaires commerciaux qui auraient pu se traduire par une dépréciation plus marquée vis-à-vis de l'euro en particulier. C'est ce qu'indique la Banque centrale dans son jargon technique lorsqu'elle précise qu'"en particulier, au cours des années 2010 à 2013, le taux de change effectif réel (calculé à partir du modèle du FMI) est resté apprécié par rapport à son niveau d'équilibre".
Cette doctrine appliquée depuis le milieu des années 1990 et fortement appropriée par le staff dirigeant de la Banque d'Algérie a contribué à alimenter au sein de l'institution la conviction que la gestion de la monnaie nationale obéit à des mécanismes essentiellement "techniques" et sans ingérence notable du politique. C'est sans doute également le sens qu'il faut attribuer aux dénégations opposées au concept et à l'usage du mot "dévaluation" qui impliquerait précisément un choix fort de politique économique. Ce point de vue n'est d'ailleurs pas seulement celui des locataires actuels de la Villa Joly, il est également partagé par un ancien gouverneur de la Banque d'Algérie M.B. Nouioua, qui dans une intervention publique estimait, la semaine dernière, que "dans les circonstances actuelles, la politique suivie par la Banque centrale pour assurer une certaine stabilité du dinar en le laissant fluctuer dans une marge relativement étroite en relation avec les variations des taux de change des principales devises, paraît adaptée et judicieuse".
Un mea-culpa de la Banque d'Algérie
Bien qu'elle affirme que ni la valeur moyenne du dinar, ni ses cours minimum ne sont en chute libre, la Banque centrale concède néanmoins que le cours de l'euro s'est apprécié "légèrement" depuis mai-juin 2013 en raison essentiellement d'"une forte appréciation de l'euro par rapport au dollar" sur les marchés internationaux (B. Nouioua précise qu'au cours des derniers mois, la valeur de l'euro est passée de 1,28 dollars à 1,38 dollars). Un paragraphe passé un peu inaperçu dans le dernier communiqué de la Banque d'Algérie résonne d'ailleurs comme une sorte de mea culpa .Il précise que la Banque centrale "affine actuellement son monitoring de l'évolution des marchés financiers et des changes pour mieux calibrer ses interventions sur le marché interbancaire des changes, en vue d'atténuer l'impact de la volatilité financière inhérente à la phase de transition de l'économie mondiale sur l'économie nationale". Les locataires de la Villa Joly voudraient dire qu'ils se sont un peu précipités pour répercuter les variations des taux de change relevés sur les marchés internationaux ils ne s'y prendraient pas autrement.
Ajoutons à l'appui de cette thèse que M. Nouioua, dont on imagine qu'il sait de quoi il parle, considère dans son intervention de la semaine dernière que les "éclaircissements récents fournis par la Banque d'Algérie le sont pour répondre à certaines interrogations du pouvoir et pour tenter de limiter les confusions et les spéculations". Il invite d'ailleurs très sagement ses successeurs à "ne pas rester prisonniers d'une formule quelle que soit son efficacité" en privilégiant pour la détermination du taux de change "flexibilité et pragmatisme en fonction des objectifs qu'on veut atteindre". Il faut dire que la décision de laisser glisser le dinar a été prise au printemps dernier dans un contexte où les préoccupations de rigueur financière semblaient de retour au sein des cercles dirigeants algériens. Ce qui ne paraît plus du tout être le cas depuis que l'ensemble de l'exécutif du pays à été invité explicitement par le dernier Conseil des ministres à "préparer activement les prochaines échéances électorales".
L'optimisme de Karim Djoudi
Plus politique sans doute que celui de ses collègues de la Banque d'Algérie , le commentaire du ministre des Finances, Karim Djoudi, estime que "la dépréciation de la valeur du dinar face à l'euro et au dollar est le résultat du différentiel entre le taux d'inflation en Algérie et celui enregistré dans le reste du monde". Interrogé en marge des débats à l'APN sur le projet de loi de finances 2014, Karim Djoudi se montre optimiste et affirme que le dinar se portera mieux dans les prochains mois.
"Selon nos prévisions, il y aura un taux d'inflation de 4% voire moins et le dinar va s'apprécier à nouveau", a déclaré le ministre qui a fait par ailleurs remarquer que l'évolution de la valeur du dinar s'est déjà légèrement inversée au cours des dernières semaines, puisque le taux de change euro/dinar qui était à 113 est passé à 109 DA pour un euro ces derniers jours.
Un pronostic optimiste qui semble partagé par la Banque d'Algérie qui note que la valeur du dinar est "calculée par rapport aux fondamentaux dont le différentiel d'inflation qui enregistre un amenuisement au cours de ce second semestre 2013 et donc une tendance à l'amélioration". Des commentaires qui montrent au passage que nos grands argentiers, contrairement aux médias nationaux et à certains opérateurs économiques, ne semblent pas vraiment s'inquiéter d'un possible impact de la dépréciation du dinar sur la hausse des prix dans un contexte qui semble être clairement marqué depuis le début de l'année par une décélération de l'inflation.
H. H.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassan HADDOUCHE
Source : www.liberte-algerie.com