
Le nouvel ouvrage de l'universitaire et historien Abdelhamid Zouzou, paru aux éditions Dar Houma, s'est intéressé aux différentes étapes ayant jalonné le système d'enseignement sous la colonisation.L'auteur s'est intéressé aux conditions historiques dans lesquelles le système de l'enseignement libre et officiel s'est implanté et s'est développé en Algérie sous la colonisation. Contrairement à une idée largement répandue, l'occupant a donné la priorité de l'enseignement du français en Algérie aux zones montagneuses et rurales, principalement dans la région des Chaouia et en Kabylie, souligne l'auteur.L'objectif étant d'intégrer les populations rurales à la culture française et de les soustraire à la contagion de la résistance. La scolarisation des filles était quasi inexistante au début de la colonisation. En 1909 il n'y avait aucune classe pour les filles à Alger. Celles-ci étaient orientées vers l'enseignement professionnel : couture, tapisserie, artisanat et travaux manuels.La même politique discriminatoire était pratiquée par le colonialisme s'agissant de l'enseignement supérieur. Au niveau de l'unique institut technique et industriel (polytechnique) d'El Harrach existant en Algérie, on dénombrait, la même année, seulement 2 étudiants algériens pour 75 Français. La formation technique et industrielle était marginale. Elle s'est quelque peu développée après la Seconde Guerre mondiale avec les progrès de l'industrie manufacturière. Durant l'année scolaire 1949-1950, on dénombrait dans le cycle secondaire technique 271 étudiants algériens contre 1620 Français dans les 5 lycées techniques implantés à travers le pays.L'enseignement libre a joué un rôle important dans l'émergence d'une élite culturelle et cultuelle algérienne entre écrivains, savants, poètes, artistes, relève Abdelhamid Zouzou, qui déplore le fait que ces intellectuels n'aient pas reçu, après l'indépendance, la reconnaissance due à leur talent et à leur engagement patriotique.D'ailleurs, pour tordre le cou à une propagande néo-coloniale sur la prétendue mission civilisatrice de la France coloniale, qui a fait des disciples dans la classe politique française d'aujourd'hui, l'auteur rappelle que l'Algérie n'était pas une terra nullius au plan culturel et civilisationnel avant la pénétration coloniale. Il égrène quelques noms d'illustres savants et penseurs algériens ayant contribué au rayonnement de la culture algérienne et de l'islam à Alger, Oran, Constantine, Béjaïa, Biskra, Mazouna, tels qu'Ibn Badis à Constantine ; Mechdali à Béjaïa ; Ibn Sekat à Alger ; Mohamed Al Houari à Oran? Le riche patrimoine algérien a fait l'objet d'un plan criminel de destruction systématique par l'occupant, qui a transformé les écoles en cantonnements militaires, prisons, églises comme le reconnaît un responsable de l'éducation française de l'époque, Auguste Lepeucheux.Le livre foisonne de chiffres sur les effectifs scolaires des jeunes Algériens dans les différents paliers sous l'occupation et d'informations tout aussi intéressantes sur les contenus pédagogiques des enseignements dispensés, ainsi que les lois et politiques coloniales mises en ?uvre pour franciser l'Algérie et les Algériens et accélérer le processus d'acculturation et de dépersonnalisation.A l'instar du système d'enseignement mis en place sous Jules Ferry, ministre de l'Education, qui a rendu obligatoire l'enseignement du français pour les Algériens. Une décision combattue à la fois par les Français, parmi les ultras, que par les Algériens, qui voyaient là un moyen pernicieux d'intégration et d'assimilation.Le lecteur, l'étudiant et le chercheur trouveront aussi dans cet ouvrage très fouillé des informations, des listes de mosquées et de cimetières musulmans, des documents inédits sur des correspondances de l'administration de l'éducation, des détails sur l'enseignement islamique dans les instituts officiels français dispensés dans les deux langues, arabe et française, que le colonisateur a encouragées pour empêcher les étudiants algériens versés dans cet enseignement de s'orienter vers les universités islamiques de Zitouna, en Tunisie, au Maroc, mais surtout à Al Azhar, en Egypte, symbole de la renaissance culturelle et du nationalisme arabe. Un gisement d'informations puisées des archives françaises et d'autres sources inédites.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O B
Source : www.elwatan.com