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La crise libyenne vue par Martin Kobler



La crise libyenne vue par Martin Kobler
M. Kobler a plaidé pour la mise en place d'une chaîne de commandement unique pour coordonner les opérations.Profitant de son passage à Alger où il a eu des entretiens, samedi, avec le ministre chargé des Affaires maghrébines, de l'Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, Abdelkader Messahel, ainsi qu'avec des cadres du ministère de la Défense nationale, le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour la Libye, Martin Kobler, a animé, hier au siège du ministère des Affaires étrangères, une conférence-débat destinée à faire le point sur la crise libyenne. Tout en prenant le soin de ne pas verser dans un excès de pessimisme, Martin Kobler a clairement laissé entendre que tout était encore à faire dans l'ex-Jamahiriya.Autrement dit, malgré la signature d'un accord interlibyen le 17 décembre 2015, les clivages restent importants entre l'Ouest et l'Est. Cette situation, décriée autant par la communauté internationale que par les Libyens eux-mêmes, a d'ailleurs amené le conférencier à reconnaître sans ambages que «la Libye est divisée». «Cette division, a-t-il dit, est alimentée par le refus de la Chambre des représentants de reconnaître le nouvel Exécutif.»Pour lui, la reconnaissance par Tobrouk de l'équipe de Fayez El Serraj est importante dans la mesure où elle permettra au gouvernement libyen de gagner en légitimité au plan interne. Ce qui lui fait actuellement cruellement défaut. Ce blocage fait qu'actuellement la Libye ne dispose pas, à proprement parler, d'un Etat et ni d'institutions fonctionnelles. Tout est à (re)construire. Quand ils existent, les services publics de base tournent au ralenti, ce qui alimente le mécontentement et le désarroi de la population qui se trouve dans un total dénuement.26 millions d'armesCe qui n'arrange pas les choses, c'est que la fracture qui sépare l'Ouest de l'Est libyen a tout l'air d'être alimentée par des acteurs externes. Autrement, comment expliquer que malgré l'embargo décrété par l'ONU, des armes continuent d'affluer en Libye ' Et en grande quantité. Martin Kobler a fait savoir, à ce propos, qu'actuellement 26 millions d'armes sont en circulation alors que le pays ne compte que 6 millions d'habitants. Des acteurs internes qui se recensent globalement dans les nombreuses bandes criminelles qui pullulent en Libye ont intérêt aussi à ce que le chaos perdure. La pérennité de leur business en dépend. Aussi, entreprennent-elles tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter un retour rapide à la paix.En plus, donc, du défi de se réconcilier et de construire très vite un Etat fondé sur un contrat social admis par tous, les Libyens se doivent également de bâtir une armée capable d'assurer la sécurité et de garantir la stabilité de la Libye. Il y va aussi de la stabilité de la région. Or, pour le moment, il n'existe même pas un embryon d'armée. Ce sont une dizaine de grandes milices qui font la loi. Aussi, le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour la Libye a-t-il estimé nécessaire, pour désarmer les milices, d'ouvrir le chantier de l'armée. L'ONU s'est dite prête à soutenir et à financer les efforts allant dans ce sens.En attendant, M. Kobler a plaidé pour la mise en place d'une chaîne de commandement unique pour coordonner les opérations, ce qui bien évidemment ne sera pas une mince affaire au vu des divergences entre les régions et les différentes milices qui se partagent les territoires. Martin Kobler, qui a animé la conférence-débat avec Abdelkader Messahel, a évoqué le projet du conseil présidentiel de créer une garde présidentielle. Mais à l'exception, pour le moment, de la désignation de son commandant, la tâche reste à mener.Délabrement généralPointant aussi l'état de délabrement général dans lequel se trouvent l'économie et la société libyennes, M. Kobler s'est montré particulièrement inquiet, d'autant que les revenus pétroliers ont considérablement baissé depuis le renversement de Mouammar El Gueddafi et que les réserves de devises du pays, estimées à 40 milliards de dollars, fondent comme neige au soleil. La production pétrolière libyenne est passée de 1,6 million de barils/jour en 2011 à 207 000 b/j en 2016.Les revenus engrangés s'avèrent logiquement nettement insuffisants pour la subvention des produits de première nécessité et payer les salaires de près de deux millions de fonctionnaires que compte le pays. Pour financer la reconstruction du pays et faire face aux urgences, Abdelkader Messahel dit ne pas comprendre pourquoi la communauté internationale ne débloque pas les avoirs libyens qui se chiffrent en centaines de milliards de dollars qui dorment dans les banques étrangères.Lors de sa prise de parole, M. Messahel a lui aussi insisté sur «l'urgence et l'importance» d'aller vers la mise en ?uvre de l'accord du 17 décembre 2015 et que la question libyenne est d'abord une affaire des Libyens eux-mêmes. Il a ajouté que cet accord doit être appliqué dans le respect absolu de l'intégrité du territoire libyen et de la préservation de la souveraineté de la Libye.Pour finir sur une note d'optimisme, le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour la Libye a salué la victoire engrangée à Syrte par les forces loyales au gouvernement d'union nationale. Il a noté aussi avec satisfaction la poursuite du dialogue interlibyen, dont un nouveau round doit d'ailleurs avoir lieu aujourd'hui à Tunis. Toutefois, il a pris soin d'avertir encore une fois que la libération de la ville natale de Mouammar El Gueddafi n'est pas la panacée aux problèmes des Libyens. «Il faut voir au-delà de Syrte», a-t-il dit.
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