
A El-Hamiz, qui est, sans conteste, le plus grand marché de l'électroménager du pays, les commerçants voient leur chiffre d'affaires baisser. Ce n'est pas encore la dépression mais presque.Les acheteurs ne se bousculent pas à El-Hamiz comme c'était le cas il n'y a pas si longtemps. Ce marché, situé à la périphérie est de la capitale Alger, devenu, au fil des années, le plus grand marché de l'électroménager en Algérie, pâtit de la crise économique qui secoue le pays depuis la dégringolade des prix du pétrole à partir de juin 2014.La crise ayant érodé le pouvoir d'achat des Algériens qui, selon les commerçants d'El-Hamiz, achètent de moins en moins les appareillages domestiques. Le patron d'un grand magasin d'équipements de cuisine nous prend à témoin pour faire le constat : «Depuis que vous êtes ici, combien de clients ont-ils franchi la porte du magasin '» Selon ses termes, l'Algérien est devenu plus regardant sur son budget : «Il marchande durement et il n'achôte que s'il ne peut pas faire autrement.» «Ettakechouf (la politique d'austérité, ndlr) a amené les Algériens à se limiter au nécessaire et surtout à ne pas faire d'importantes dépenses», a estimé un autre commerçant.Les climatiseurs, une dépense incompressibleLes climatiseurs et les ventilateurs continuent en tout cas à se vendre, a-t-on constaté en ce samedi après-midi, malgré les prix qui augmentent d'année en année et, comparativement à d'autres lieux de revente, ils sont plus chers à El-Hamiz. «C'est normal, par cette canicule les logements deviennent invivables. Les gens achètent par contrainte.» Un père de famille de passage acquiesce : «L'achat d'un équipement générateur de fraîcheur pour une habitation devient désormais une nécessité surtout pour les foyers qui comptent des enfants en bas âge, des personnes âgées ou des malades.» C'est donc une dépense compréhensible pour les ménages, même si les acheteurs restent regardants sur le prix et la qualité. Comme ce client qui fait remarquer au vendeur dans un magasin que les prix sont nettement plus bas dans le magasin de son quartier à Boudouaou.En effet, pour un climatiseur de 12 000 BTU (kit Split), pas nécessairement d'une grande marque, le magasin affiche 35 000 DZD. Et à l'acheteur de protester avant de quitter les lieux : «Je viens de la ville de Boudouaou et le même climatiseur, c'est-à-dire de la même marque et de la même puissance, est proposé à 33 000 DZD. Ce n'est pas normal.»Notre tournée nous a néanmoins permis de constater que les prix à El-Hamiz, réputés imbattables, ne le sont plus comme avant et comparativement aux magasins de quartier, les équipements électroménagers sont désormais moins chers ailleurs. La différence va de 3 000 à 4 000 DA pour les climatiseurs ainsi que pour bien d'autres appareils. Même si les vendeurs se défendent en imputant ces majorations aux nouvelles taxes appliquées aux appareils électroménagers énergivores depuis l'entrée en vigueur de la loi de finances pour 2017.«Par rapport à 2016, une augmentation de 6 000 dinars est appliquée par exemple pour les frigos de 410 litres. Il faut aussi débourser 12 000 DA de plus qu'en 2016, pour un lave-vaisselle», a indiqué un vendeur. Alors que d'autres montrent du doigt les producteurs et les importateurs qui imposent leur diktat.Les petits revendeurs en difficultéPar ailleurs, force est de constater que les commerçants d'El-Hamiz commencent à s'inquiéter pour leur avenir à cause de ce qui s'apparente à une récession. La plupart des fabricants ont installé leurs propres réseaux de distribution et l'érosion du pouvoir d'achat des Algériens à cause de la crise économique n'arrange pas leurs affaires. «Je crains que des commerçants ferment boutique d'ici deux ou trois ans, surtout ceux qui louent leurs magasins. Il y a, d'une part, la baisse des ventes et, d'autre part, la cherté de la location. Nous avons beau essayer de nous adapter en diversifiant notre offre mais combien de temps pourrons-nous tenir ' Personnellement, je ne sais pas faire autre chose et la fermeture de ma boutique veut dire chômage. Je suis actif dans le domaine depuis douze ans et comme vous voyez, j'ai pignon sur rue mais, les temps sont difficiles. Je ne vendais que les autoradios et maintenant je vends des sèche-cheveux, des tondeuses et des postes radio pour essayer d'équilibrer mes recettes. Mais, je crains sérieusement l'avenir», s'est lamenté Ali, la trentaine.En tout cas, les avis divergent à El-Hamiz. Il y a ceux qui sont pessimistes comme Ali et il y a des optimistes qui ne désespèrent pas. «Nous travaillons correctement et nous considérons que le marché est stable. Il y a des stocks en quantité suffisante et les produits sont disponibles», a indiqué un importateur d'une marque mondialement connue et qui fait des promotions sur des écrans plats. Et à un autre commerçant de relativiser : «Les fabricants et grossistes qui ont d'importants moyens financiers retiennent les produits en stock, attendent les jours de pénurie pour les mettre sur le marché à des prix qui leur conviennent. Cependant, il ne faut pas généraliser, il y a des importateurs qui ont des marchandises bloquées au port, et ce, depuis 2016.»Bref, si certains refusent de parler de crise et de récession, la majorité des opérateurs d'El-Hamiz, notamment ceux qui n'ont pas une assise économique et financière solide, ne cachent plus leur pessimisme.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abachi L
Source : www.lesoirdalgerie.com