Alger - A la une

La cité du jour d'après Point Net



Alger a la gueule de bois mais elle la cache bien. Seuls les cernes de ses yeux traduisent une nuit blanche arrachée dans la discrétion et la peur à un quotidien mortellement morose.
Alger est dans le jour d'après que la réalité a copiée sur une certaine fonction. La ville a encore sommeil mais il est des réveils impuissants qui ne vous laissent aucune chance de prolonger la douce léthargie. Alger s'éveille comme si de rien n'était.
Chaque rideau métallique qui se lève est un miracle du ciel mais il arrive que les miracles se fassent. Le métro est en panne mais le métro n'empêche pas encore les jours d'après de ressembler aux jours d'avant.
Journée chômée et payée. On pense à la nuit mais on parle de son lendemain, comme s'il s'agissait d'une stricte histoire de calendrier.
On sort comme par inadvertance après une toilette sommaire qui camoufle une nuit d'évasion coupable.On ne peut pas cacher les cernes mais on peut toujours mouiller les cheveux pour montrer la douche de celui qui a dormi comme un vieux paysan des montagnes.
Alger est un gigantesque point d'interrogation. On se demande pourquoi on est dans la rue alors qu'on devrait dormir, pourquoi on a veillé sans pouvoir le dire, pourquoi on a acheté la bûche comme si on l'avait volée, pourquoi on l'a vendue comme on vend de la came, pourquoi les chewing-gums font partie des courses du réveillon pour cacher l'odeur du vin, pourquoi on rentre chez le marchand de vin en rasant les murs, pourquoi on en sort en s'assurant d'abord que personne ne nous a vus, pourquoi les restaurants ne font plus de promo alors que tous les restos organisent le réveillon, pourquoi il n'y a pas de caviar et de saumon le reste de l'année et pourquoi le métro a choisi le jour d'après pour tomber en panne.
On se demande trop de choses pour se poser... des questions ! Alger est pleine d'un vide sidéral. Alors on erre dans des rues désertées par les restes d'agapes volées à la frousse et par les taxis terrés dans les garages ou protégés du boulot par les caches noirs.
On marche du pas de quelqu'un qui fait semblant de savoir où aller, il ne faut surtout pas s'arrêter parce que ça peut attirer l'attention. Fatigué par la veille et par l'errance, on s'arrête pour prendre un café dont on n'a pas envie.
Juste pour s'accouder à un zinc miteux et subir le regard furieux d'un serveur qui se demande ce qui vous a rajouté à son désarroi. Alger refroidit d'une météo qui se gâte et d'une tristesse devenue chronique. Il y a pourtant un rayon de bonheur enfoui dans ses entrailles têtues jusqu'à l'agacement.
La ville regarde toujours la mer dont le rêve la fuit comme la peste. Alors quand on y erre, on finit toujours par se poser la question : la ville est-elle condamnée à s'accrocher à ses hauteurs pour ne pas sombrer ou chercher la planche de salut dans ses écumes vagabondes ' Mais aujourd'hui, on ne pose pas les questions pour y répondre.
Les cumulus se font menaçants. La rue aussi. La Cité doit rentrer chez elle. Pour tout le monde le même ticket. Ceux qui rejoindront les maisons cossues n'étaient pas dans la rue.
Ceux qui, au petit matin, ont quitté l'asphalte des portes cochères pour un banc public y retourneront. Alger s'ébruite dans son ultime mouvement avant le noir incommensurable.
Le métro est en panne mais il n'a pas encore intégré la vie pour qu'on y prête attention. La ville se vide comme la veille à la même heure.
Seule la fièvre a baissé en même temps que le mercure. On n'a même pas travaillé pour se rendre compte qu'une nouvelle année commence. Journée chômée et payée, mais on parlera de la veille. En chuchotant... on ne sait jamais.
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