
Par Zoubir ZemzoumEnfin ! tous nos gouvernants admettent la gravité de la baisse vertigineuse des prix du pétrole et le fléchissement de la demande énergétique des pays européens. Ils redoutent donc ses retombées négatives sur l'économie nationale. Mais rassurés par les réserves de nos avoirs, ils tentent de minimiser ses répercutions sur le développement économique et social du pays.Loin d'être dramatique, comme le laissent apparaître les réactions de certains commentateurs de notre élite politique et technocratique, nous y découvrons, quant à nous, la planche de salut que l'Arabie Saoudite, contrairement aux sanctions qu'elle voulait imposer à ses adversaires, nous a offert en cadeau de fin d'année qui aura le mérite de réveiller nos gouvernants du cauchemar qui les fait délirer depuis plus d'une décennie. Nous pensons, en vérité, que c'est la meilleure chose qui pouvait arriver au pays en ces temps tumultueux et pleins de dangers.C'est l'évènement électrochoc souhaité et attendu par les observateurs les plus lucides de ce pays. Il fallait, en effet, la spontanéité et la brutalité de cette «claque» pour secouer, de leur torpeur, des dirigeants envoutés par l'opulence artificielle du matelas financier sur lequel ils cuvaient leur ivresse alors que le pays, son Etat, ses institutions, son économie et sa société allaient à la dérive, au gré d'un courant ultra libéral, mais non libérateur, qui n'a réussi qu'à accentuer la boulimie dépensière provoquée par la rapine de certains potentats du pouvoir et accentuée par la rapacité et la cupidité de ceux qui se sont attribué le monopole de l'import-import.Les agissements pervers de ces forces du mal ont été dénoncés bien souvent par nos économistes, nos politologues et bien d'autres représentants de la classe politique et de la société civile. Réveillés brusquement par ce choc, nos décideurs s'interrogent sérieusement, à présent, sur «le que faire et le comment faire» pour atténuer les nuisances de cette baisse drastique des prix du pétrole et du gaz sur le budget national et le financement des grands projets inscrits dans l'actuel plan de développement.A entendre les premiers avis de certains ministres sur le «que faire», l'on perçoit chez eux une prise de conscience de la gravité de la situation, mais les discordances constatées dans leurs appréciations des effets, à court et moyen termes, de cette crise énergétique sur le devenir du pays, nous renseignent sur l'absence de vision stratégique qu'ils manifestent, quant au comment faire pour transcender cette crise pétrolière.Dans pareille situation, le bon sens devrait les inciter à répondre, avant toute proposition de sortie de crise, à ces deux questionnement : Que faire ' Et comment faire ' C'est-à-dire, le recensement des secteurs prioritaires nécessitant l'intervention des pouvoirs publics pour élaguer du budget national les largesses octroyées aux administrations, aux institutions et organismes tentaculaires et improductifs, et sabrer dans la facture des importations à hauteur, au moins, des pertes subies par la baisse des prix du pétrole et du gaz, sans pour autant remettre en cause le financement de nos plans de développement, rogner sur le pouvoir d'achat du citoyen ou porter atteinte aux acquis sociaux de nos travailleurs.La conjoncture est favorable plus que jamais, pour imposer la rigueur dans la confection du budget de l'Etat, prioriser, dans l'affectation des deniers publics les secteurs productifs des biens matériels et immatériels. C'est la meilleure manière, estimons-nous, de lutter contre le gaspillage, la corruption, la dilapidation de nos finances et la fuite organisée de nos capitaux qui sont à l'origine du gonflement démesuré des dépenses de l'Etat.L'autre secteur ou se niche le virus du laissez aller et du laissez faire qui a phagocyté les valeurs ancestrales et légendaires de la société algérienne est celui du commerce. L'accroissement démesuré de l'enveloppe financière consentie à l'importation en est le meilleur exemple.L'organisation du commerce intérieur, la rationalisation et l'assainissement des circuits de distribution, l'application de la vérité des prix et la lutte contre le marché parallèle doivent être consignés dans la feuille de route que le gouvernement doit élaborer s'il veut vraiment réfléchir sérieusement sur le comment faire pour transcender cette situation de criseIl est évident, aujourd'hui, que la faiblesse de l'Etat, constatée partout et à tous les niveaux des institutions et organismes chargés à veiller au respect de son autorité, de ses lois, est largement illustrée par le désengagement de ses administrations dont certains de ses fonctionnaires obéissent, de nos jours, beaucoup plus à l'attrait et au pouvoir de l'argent qu'aux principes et aux valeurs qui caractérisaient, jadis, leurs fonctions de service public.Partant, le comment faire impose préalablement, à toute politique d'ajustement de nos dépenses publiques, une reprise en main par l'Etat, de son autorité pour donner à la loi toute sa vigueur et sa force de dissuasion afin d'assainir ses institutions de l'anarchie qui y règne, de lutter contre la bureaucratie et la corruption qui les rongent, de rétablir la confiance vis-à-vis des citoyens et remobiliser ses agents dans la lutte qu'il compte mener sur les deux fronts de la bataille engagée, à la fois, pour parer aux aléas de la chute des prix du pétrole et pour relancer le processus de redressement national attendu par le citoyen.Certes, il plus aisé pour le pouvoir d'opérer les coupes nécessaires dans le budget de fonctionnement de ses dépendances, mais il est moins facile pour lui de déterminer celles se rapportant à l'importation. Seuls les biens d'équipement indispensables à la réalisation des grands projets de développement économique et social doivent être retenus et éliminer tous les produits importés qui peuvent nuire ou retarder la relance de la production nationale. Pour atteindre de tels objectifs, il est primordial de repenser la politique des prix et des salaires dont les échelles d'ascension désordonnée ne cessent d'annihiler, par leurs anachronismes, tous les efforts d'assainissement de nos finances publiques et de développement du pays.Dans un article traitant de la vérité des prix, paru dans le quotidien Le Soir d'Algérie du 11 septembre 2013, nous avions énuméré tous les biens faits de cette mesure, dès lors qu'elle participe d'une manière décisive à la réduction de l'enveloppe financière consacrée aux importations, à la lutte contre le gaspillage et la corruption, sans redouter, pour autant, comme le pensent certaines sphères du pouvoir ou de la classe politique liées aux barons de l'import-import, ses incidences sur le secteur productif national et le pouvoir d'achat des salariés.La vérité des prix peut aider aussi à la normalisation du marché intérieur à la rationalisation des circuits de distribution des produits de consommation et la revalorisation du modèle de consommation du citoyen. Il est possible, par toutes ces décisions, d'atteindre un taux d'économie financière sur les marchés extérieur et intérieur égal ou supérieur aux pertes subies par la chute du prix du baril.Le pouvoir actuel a-t-il vraiment la volonté de répondre à ces questionnements ' C'est ce que chaque citoyen et patriote attend, en tous les cas, de ses représentants et de ses dirigeants.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Z ”ˆZ
Source : www.lesoirdalgerie.com