
Riadh Mouakher ministre tunisien des Affaires locales et de l'EnvironnementOn se contentera de rappeler les propos acerbes de l'ancien président français Nicolas Sarkozy sur «le voisinage malchanceux de la Tunisie» avec des pays aussi peu fréquentables que la Libye, «en proie à une guerre civile», et l'Algérie, qui cristallise toute son inimitié...Rien n'est plus dangereux pour un homme politique, de surcroît quand il s'agit d'un ministre, que de se laisser aller à des épanchements «sincères» sur des sujets sensibles. C'est la mésaventure advenue au ministre tunisien des Affaires locales et de l'Environnement.Justement, l'environnement, parlons-en. Invité par la fondation Craxi à Rome pour une conférence de soutien intitulée «Tunisie, espoir en Méditerranée», Riadh Mouakher n'est pas resté, contrairement à ce que son nom laisse supposer, à la traîne dans les allusions perfides qui visent notre pays. Qu'on en juge: sous prétexte de narrer ses mésaventures aux Etats-Unis où on lui demandait de quelle partie du monde il débarque, le jeune médecin expliquait, avec un humour caustique, qu'il «préférait répondre que la Tunisie se trouve juste sous l'Italie. Car, affirme-t-il, c'est mal vu de dire que la Tunisie se trouve entre l'Algérie, pays communiste, et la Libye, pays qui fait peur». A ses yeux, il s'agissait juste de dérision.»Est-ce que vous pensez vraiment qu'un ministre tunisien peut faire des déclarations hostiles contre l'Algérie' C'est insensé et impossible!», a dit hier à la radio Shems Mouakher, vu l'ampleur de la polémique suscitée sur les réseaux sociaux à la fois par son propos et par les commentaires en Algérie, notamment.Ce n'est rien d'autre qu'une «boutade», argue le ministre tunisien, une plaisanterie qui manque singulièrement de sel. Faite dans un pays qui entretient avec l'Algérie de vieilles et solides relations économiques et politiques, elle n'a et ne peut avoir aucun impact sur la coopération entre Rome et Alger. Mais elle en dit long sur les arrière-pensées de certains responsables tunisiens dont on ne parvient pas à comprendre, malgré tous les efforts d'analyse et d'autocritique, la fâcheuse propension à dénigrer l'Algérie, en sourdine, tout en la cajolant, non sans forfanterie, sur le devant de la scène. Ainsi, on peut citer, pèle-mêle, les tirades de plusieurs autres dirigeants, et non des moindres, sur le terrorisme censé provenir des frontières algériennes, sur les entraves économiques que l'Algérie impose aux échanges etc. On peut aussi rappeler les propos acerbes de l'ancien président français Nicolas Sarkozy sur «le voisinage malchanceux de la Tunisie» avec des pays «aussi peu fréquentables» que la Libye, en proie à la guerre civile, et l'Algérie, qui cristallise son inimitié malgré les largesses dont ont profité Alstom et d'autres prestataires de service.A la base de ces démonstrations où on croit voir de l'ingratitude alors qu'il s'agit de relents fielleux bien plus sournois, il y a, admettons-le, une part de responsabilité algéro-algérienne. Est-ce par hasard si, rien qu'en Afrique du Nord, les pays qui nous embrassent sur la joue tout en agitant le poignard dans notre dos font souvent montre de leur suspicion' Mais qu'avons-nous donc fait pour mériter une pareille vindicte qui va au-delà de la chose politique' Ou plutôt n'avons-nous pas fait plus que de raison, en distribuant à tout-va des dividendes qui sont censés prouver notre largesse alors qu'ils n'attestent que de notre immaturité diplomatique'Trop souvent, la place de l'Algérie n'a pas été martelée avec la force et la détermination qui conviennent, sans fioriture mais sans excès de zèle non plus. Sauf peut-être dans le giron africain où la diplomatie algérienne a réussi à mener une stratégie gagnante, bénéficiant en réalité du crédit né des années de feu quand Alger était la Mecque des mouvements de Libération nationale. Combien de leaders européens, sud-américains et autres ont beaucoup reçu de la main généreuse algérienne, trop étonnés ensuite de n'être jamais rappelés à ces bons souvenirs' C'est la rançon de la gloire qui explique, sans la justifier évidemment, la place si particulière que l'Algérie occupe au Maghreb et dans le Monde arabe.Revenons à la boutade tunisienne. Quand on est ministre d'un pays qui a beaucoup reçu de son voisin algérien, on est censé tourner sept fois sa langue dans sa bouche pour éviter qu'elle ne soit fourchue. Tenter, après coup, de démentir ou, pire, de nier, comme s'y hasarde le site African Manager, en s'efforçant de nous donner des cours d'italien pour la circonstance, c'est forcément appuyer là où cela fait mal. La règle de bon voisinage, par-delà les exigences de solidarité et de fraternité en principe incontournables entre les deux peuples, voudrait qu'on n'oublie jamais, surtout en terre étrangère, de prôner un discours solidaire, même si ce qui est dans le coeur reste dans le coeur. Apparemment, les dirigeants tunisiens ont beaucoup de mal à s'en convaincre, malgré tout...
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Chaabane BENSACI
Source : www.lexpressiondz.com