
Elles n'ont pas encore tout à fait disparu du paysage mais elles sont tout de même devenues un vieux souvenir. «Elles», ce sont les bouteilles de gaz butane. Hantise des zones montagneuses et autres régions isolées, parfois pas si isolées que ça, beaucoup d'Algériens ont vécu ses «crises» récurrentes comme un vrai cauchemar. Il est des choses dont on ne peut pas se passer. Il faut bien manger, se chauffer et se laver.Tout le monde en a besoin, n'est-ce pas ' Mais ce n'est pas parce que c'est indispensable que c'est évident. De longues années durant, les pénuries de gaz ont été vécues par ceux qu'elles ont touchés. Vécue toujours comme une injuste privation, souvent comme un insupportable abandon de l'Etat et parfois comme une horrible humiliation, la bonbonne est aussi perçue comme un exemple caractéristique des incuries dans la gestion du pays.A commencer par cette réflexion à portée de toutes les bouches et qui n'en est pas moins une vérité : comment diable s'est-on arrangé pour que des Algériens manquent de gaz au pays du gaz ' Par quel miracle des mechtas situées à quelques encablures de Hassi R'mel, le plus grand gisement de gaz au monde, en arrivent à attendre parfois «le camion», les yeux humides de froid sec et de désespoir 'Il n'y a pas à dire, la bouteille de butane restera une légende pour encore longtemps chez ceux qui en ont bavé. Ils sont beaucoup moins nombreux aujourd'hui mais il en reste quand même. Ils n'en bavent plus autant parce que précisément ils sont moins nombreux, mais ils en bavent quand même parce qu'ils lorgnent déjà vers le gaz de ville. Une nouvelle exigence de la vie de tous les jours qui n'aurait jamais dû être aussi nouvelle que ça. Mais le gaz de ville a quand même fait du chemin sur nos routes les plus improbables pour atteindre des hameaux plus isolés. C'est un fait et il ne se trouvera personne pour bouder son bonheur.On a beau dire le «gaz du robinet» ou le «gaz du mur», comme on l'appelle encore dans nos régions rurales, c'est une belle invention. Il a trop tardé à arriver mais il est là, dans des proportions tout à fait acceptables à travers le vaste territoire qui est le nôtre. Mais les souvenirs sont toujours vivaces.Qu'on tourne le robinet pour cuire son repas ou qu'on voie à l'occasion «passer» le camion, cela revient. Une pensée émue n'est jamais de trop pour ceux qui n'ont jamais tourné le petit levier. On mesure alors l'ampleur du changement parce que nous, on n'oublie pas facilement où on en était il n'y a pas si longtemps.Les choses n'étant jamais si évidentes, il arrive que dans le même village, deux pâtés de maisons ne soient pas logés à la même enseigne. Des histoires de travaux non terminés, des histoires d'«inaugurations précipitées» pour des besoins de prestige et des histoires de voies d'accès impossibles sont toujours là pour prolonger le calvaire de certains. Il y a même des localités où les habitants ont refusé d'«allumer la flamme» parce que leurs voisins immédiats ne pouvaient pas encore le faire. De beaux exemples de solidarité.C'est l'hiver et la mise - ou la remise - en route des chauffages est comme chaque année à l'origine d'accidents souvent dramatiques. Un mort est toujours un mort de trop mais la mort fait partie de la vie. Et il faut bien manger, se chauffer et se laver. Il paraît qu'il y a encore des foyers qui fonctionnent à la bonbonne au c?ur d'Alger. Le gaz de ville dans des proportions acceptables sur notre vaste territoire n'est pas venu à bout de toute l'incurie.laouarisliman@gmail.com
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slimane Laouari
Source : www.letempsdz.com