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La beauté d'Alger



La beauté d'Alger
Par Bernadette DufreneC'est ce qu'appréhende et restitue le travail photographique de Stéphane Couturier, exposé à la fois à Parisphoto et à Châlon : à Châlon, c'est le travail qu'il mène depuis 2011 sur la cité de Pouillon Climat de France, à Paris celui sur Bab El Oued. Artiste-photographe, porté par un goût pour l'architecture moderne (il a beaucoup travaillé sur Le Corbusier), c'est pour ainsi dire naturellement que Couturier est venu à Alger, laboratoire de l'architecture moderne,de l'entre-deux-guerres aux années cinquante.Une monumentalité déconstruite : entre photographie, sculpture?Climat de France est une cité monumentale réalisée en 1957 par l'architecte Fernand Pouillon à la demande du maire d'Alger, Jacques Chevallier, pour loger les Algériens des bidonvilles. S'interrogeant dans ses mémoires sur la façon de juger Climat de France - réussite ou échec '-, Fernand Pouillon écrit avec le recul: «Pourtant j'ai la certitude que cette architecture est sans mépris.Pour la première fois peut-être dans les temps modernes, nous avions installé des hommes dans un monument. Et ces hommes qui étaient les plus pauvres de l'Algérie pauvre, le comprirent.» Ce jugement ne l'empêche pas de raconter les tensions extrêmes qui régnaient au moment de la construction. Comment restituer cette monumentalité, la longue place (233 x 38 mètres) -baptisée «La place aux deux cents colonnes» et, aujourd'hui «La Colombie»' A la Maison européenne de la photographie, S. Couturier avait rendu la monumentalité par une installation qui mimait l'élévation des façades.Elle était composée de minces plaques rectangulaires étroites et hautes, fixées au mur à intervalles réguliers, image des colonnes. Sur toute la hauteur de ces plaques, des photographies de l'immeuble le restituaient partiellement. On pouvait alors suivre par-delà les césures les rythmes de l'édifice de Pouillon, mais aussi comparer les inventions de ses habitants, qui l'ont transformé en se l'appropriant. En face de cette photographie-sculpture, des portraits vidéo des habitants de la cité. Le catalogue montre, outre le rythme porté par ces piliers, celui créé par les fenêtres, les commerces ou encore par les échappées sur les collines environnantes ou la mer, qui suscite une impression paradoxale de régularité et de diversité.? Et photographie picturaleA Parisphoto, un stand est entièrement consacré par la galerie particulière au travail sur Bab El Oued. L'?uvre est particulièrement complexe : Il ne s'agit pas de faire une photographie de l'architecture coloniale, d'immeubles haussmanniens adaptés au goût de leurs commanditaires. Il s'agit de montrer leur devenir actuel, avec d'autres éléments non délibérément ornementaux, mais témoignant des nouveaux modes d'habiter depuis l'indépendance : les tentures aux couleurs et motifs variés occultent la lumière du dehors, créent et protègent l'intimité des intérieurs.Comment rendre à la fois la monumentalité et la superposition d'usage ' D'abord en privilégiant la frontalité : l'architecture nous est donnée à voir en face, avec franchise. La frontalité épouse les traits de l'architecture haussmannienne : la ligne des commerces, celle de l'étage noble, celle des autres étages.Le montage qui permet de juxtaposer deux immeubles révèle des unités stylistiques, mais aussi des conceptions contrastées des rapports à l'espace extérieur : tourné vers l'ostension, voire l'ostentation, dans le premier cas, sous le signe de la nette séparation public/privé dans le second. Ensuite, en laissant le regard se perdre dans les multiples combinatoires du montage qui, tout en donnant l'impression d'un enregistrement de la réalité, en fait ressortir les caractère propres : les rythmes créés par les tentures, le patchwork culturel. Le photographe distille par sa prise de vue une impression d'architecture vivante et familière, mais de quoi ' de la tradition ' de la modernité ' Ensorcelante Alger sous le regard du photographe.
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