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L'urgence pour l'Afrique de se remettre en cause!



L'urgence pour l'Afrique de se remettre en cause!
Au moment où se terminait à Paris une journée sur la paix et la sécurité en Afrique organisée par la présidence française en présence de quelque quarante chefs d'Etat ou de gouvernement africains, Alger était l'hôte d'une réunion sur le même thème de la sécurité qui induit la paix dans le continent africain. Cette réunion a été organisée dans la perspective d'apporter une assistance aux nouveaux membres africains, non permanents, du Conseil de sécurité de l'ONU. Il s'agit, en particulier, indique-t-on de «préparer (les pays africains) - siégeant au Conseil de sécurité, Ndlr - à défendre les intérêts du continent au sein de l'ONU». Coïncidence ou hasard du calendrier, il n'en reste pas moins que le Sommet France-Afrique de Paris et la réunion d'Alger abordent un sujet récurrent et difficile à la fois: la sécurisation du continent africain et sa représentativité dans la première institution internationale, l'ONU. A Paris, a été fait le constat de l'inaptitude des pays africains à assurer leur propre sécurité et de leur incapacité à gérer les phénomènes liés au terrorisme et à la criminalité organisée. A Alger, le constat est tout aussi avéré, selon lequel plus de 60% du travail du Conseil de sécurité de l'ONU concernent des conflits en Afrique, mettant ainsi en exergue la sous-représentation du continent noir au Conseil de sécurité alors que l'Afrique fournit le plus grand nombre de pays à l'Organisation des Nations unies. L'Afrique qui de fait est le seul continent à ne pas avoir de siège permanent au Conseil de sécurité, n'est pas près de se voir en attribuer un, alors qu'elle en réclame deux. La vérité est amère: tant que l'Afrique n'a pas résolu ses affaires intérieures, tant qu'elle n'a pas réalisé la cohésion entre les pays la constituant et qu'elle ne parle pas d'une seule voix, il est peu probable que les choses changent. Ceci étant, ministres et diplomates africains présents dans la capitale algérienne estiment qu'il est nécessaire, sinon vital, que les pays africains membres non permanents du Conseil de sécurité initient des «actions communes» pour défendre «les intérêts du continent». Sûrement! Or, les Africains regardaient vers Paris qui n'a pas apporté - et ne pouvait apporter - de réponses viables et crédibles à l'insécurité qui mine de nombreux Etats africains - si ce n'est ses interventions militaires ponctuelles qui, sans doute, éloignent momentanément le danger - tout en laissant les choses en l'état. La raison en est simple: il appartenait d'abord aux pays africains de trouver des solutions par eux-mêmes à leurs problèmes en se remettant en cause et en remettant en question des gouvernances inappropriées qui ont lamentablement échoué à sécuriser les populations, assurer leur développement et fixer les élites africaines dans leurs pays d'origine. On ne peut faire l'impasse sur le fait que les problèmes de l'Afrique sont essentiellement dus à la mal-gouvernance, à la militarisation du pouvoir, à la corruption que, hélas, les Etats africains tiennent en partage. Dès lors, les appels à des actions communes aux pays africains - membres non-permanents (la précision est importante) - au Conseil de sécurité, risquent d'être dérisoires et de rester sans écho. L'exemple le plus probant a encore été donné par l'attitude de certains pays africains (membres du Conseil de sécurité) dans l'affaire opposant le Kenya à la CPI (Cour pénale internationale) qui allèrent à l'encontre de la position de l'Union africaine sur cette affaire. Il en ressort que les pays africains au Conseil de sécurité ne défendent pas une position commune africaine, mais celle de leur pays. Aussi, il n'existe pas de cohésion entre les membres africains du Conseil de sécurité et entre ces derniers et l'Union africaine dans les grandes affaires qui engagent le continent noir. Chaque jour en fait, l'Afrique découvre le fossé la séparant de la norme universelle qui fait que le continent noir soit maintenu en marge de décisions qui souvent l'engagent. Or, non seulement l'Afrique est sous-représentée au Conseil de sécurité et dans les instances internationales, elle n'est pas non plus écoutée, dès lors que les Africains, occupés à s'entre-tuer, n'ont pas pris le temps de forger une stature d'Etat de droit en conformité avec les règles usitées dans le monde, d'où le peu de confiance accordée à l'Afrique par les décideurs internationaux. C'est là une vérité qu'il serait peu politique d'ignorer. La conséquence, c'est encore les anciennes puissances coloniales et l'ONU qui assurent la sécurité de nombreux pays africains. Aussi, est-il urgent, pour l'Afrique, de s'assumer totalement avant de prétendre assumer un rôle au plan mondial.


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