SidiSaïd, le patron de l'EURL UGTA, est en colère selonla presse. Non pas parce qu'il s'est fait enfariner par Khalifa, ou parce quevous avez perdu un peu de votre travail et de votre utilité sur terre, ou parceque le secteur public va si mal qu'on n'arrive même pas à le vendre enferraille (ni lui ni les Temmar successifs), ou parcequ'il y a des grèves dans l'Education... etc. La colère de Sidi Saïd n'est pascollective, communautaire, partagée. Non, il s'agit d'une colère individuellepropre : une Fondation allemande lui vole ses figues pendant qu'il dort ousurveille les chèvres de l'Etat qui l'emploie. On aura eu ainsi droit à toutdans la carrière de l'UGTA : le pari à Las Vegas devos cotisations, le parti politique de secours pour fonction de haut-parleurs, leramasseur de balle, le stoppeur de grèves, le doubleur de la voix du peupleréduit au vibreur, l'amortisseur des crises et le négociateur de votre semoulesur votre dos. A la fin, il ne manquait plus que le rôle du gendarme, celui dugardien des frontières ou, pour être plus directe, celui de l'inquisiteur. Endénonçant une fondation pour « ingérence », Sidi Saïd donne le ton desprochaines présidentielles et amorce les premiers verrouillages annoncés. Onaurait attendu cela d'autres cercles ou institutions, pas de l'UGTA, mais c'est ainsi : le patron de l'UGTA,qui ne travaille pas mais représente les travailleurs, illustre une mentaliténationale : celle qui donne à croire à certains qu'ils sont propriétaires, queles autres n'existent pas ou ne doivent pas trop insister, que le peuple estleur élevage et qu'une fondation n'a pas à venir dans le pays des propriétairesparler aux syndicats autonomes, au petit peuple et discuter avec eux d'autonomie,de démocratie et de réforme. Du coup, Sidi Saïd se fait juge, mène procès etprononce un verdict très policier : la Fondation Ebertdoit mourir. Ou partir. Ou se faire oublier pour longtemps. « Ces Allemands quivont sur le terrain qui est le mien », a dit le Patron de l'Eurl,et les Algériens devront noter ce « mien » souverain, non négociable et obtenupar la force et l'agrément du roi. Des étrangers, on veut leur coopération, leursatisfecit, l'ébahissement de leurs visiteurs, leurs remerciements pour notrecoopération antiterroriste, leurs machines et leurs femmes, leurs visas, maispas leurs conseils pour démocratiser les îles et transformer les royaumes endémocratie. Sidi Saïd, qui est sorti de l'affaire Khalifa comme Ali baba estsorti de la grotte des 40 voleurs, vient d'entrer dans une nouvelle fonction : celledu surveillant de l'emploi des étrangers à défaut de pouvoir surveillerl'emploi des Algériens.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Kamel Daoud
Source : www.lequotidien-oran.com