La décision annoncée récemment par le gouvernement de gestion des affaires courantes de tenter un retour à l'endettement externe s'apparente davantage à une option hasardeuse qu'à une démarche raisonnée de quête de nouvelles ressources pour financer l'investissement. Tant pour sa mise en ?uvre effective que pour l'allocation des emprunts qui pourraient être éventuellement contractés à l'international, cette option risque, en effet, de vite tourner au fiasco, dès lors que le pays n'offre guère de réels gages de solvabilité, ni de garanties véritables de mise en place de réformes structurelles en vue de diversifier son économie.Tel que proposé à travers l'avant-projet de loi de finances pour l'année prochaine (PLF 2020), le recours au financement extérieur devrait être opéré "de manière sélective auprès des institutions financières mondiales de développement" en vue de financer exclusivement "les projets économiques structurels et rentables, avec des montants et des délais en rapport avec le rendement de ces projets et leur solvabilité". Or, s'il est vrai que, pour avoir rompu trop longtemps avec les financements internationaux, l'Algérie présente aujourd'hui le profil d'un pays pas ou trop peu endetté à l'extérieur, soit à hauteur d'à peine 1% de son PIB, il n'est pas moins vrai cependant que la dégradation continue de sa balance des paiements et de ses avoirs en devises en fait clairement un emprunteur potentiel très peu crédible auprès des bailleurs de fonds internationaux. Selon Raouf Boucekkine, professeur des universités et directeur de l'Institut d'études avancées d'Aix-Marseille en France, l'Algérie n'a en tout cas "aucune chance" d'accéder facilement, avec des conditions favorables, à des emprunts sur les marchés extérieurs. Aux risques économiques, nous précise-t-il, "s'ajoute un risque politique extrêmement fort que la suppression du 51/49 ne peut adoucir". Et d'indiquer qu'en définitive "les seuls recours extérieurs possibles sont les organismes multilatéraux et les partenaires privilégiés comme la Chine, mais l'on sait comment ces relations privilégiées finissent à terme (...)". Interrogé dans le même contexte sur la possibilité pour l'Algérie d'accéder à une notation auprès d'organismes internationaux en vue d'être plus crédible sur les marchés extérieurs, le professeur Boucekkine soutient que "l'urgence n'est pas tant de se faire noter à l'international pour chercher on ne sait quel signal à l'extérieur", mais bien au contraire "de lancer des signaux appropriés de l'intérieur en démarrant enfin les réformes économiques nécessaires, dont l'urgence est même admise officiellement depuis juillet 2016".
Pour d'autres économistes pourtant, un rating, ou notation internationale de l'Algérie, serait nécessaire pour faciliter son retour à l'endettement extérieur. Soumise à révision chaque année, une telle notation offrirait ainsi une garantie à l'extérieur que les réformes structurelles nécessaires seront menées à terme, a expliqué en ce sens l'expert en stratégies financières internationales Lachemi Siagh, lors d'une récente rencontre organisée par le Forum des chefs d'entreprise (FCE) à Alger.
Sauf que dans l'état actuel de son économie et de ses équilibres financiers externes, l'Algérie aurait sans doute du mal à obtenir un rating aussi moyen qu'un "triple B", selon le même expert, qui met surtout en avant le fait que le pays est resté un mono-exportateur dont les recettes en devises sont tributaires de prix pétroliers incertains.
À ces difficultés objectives qui risquent de contrarier le projet du gouvernement de réactiver le recours à l'endettement extérieur s'ajoute, faut-il redouter enfin, le risque évident que les éventuels emprunts à contracter ne servent au final qu'à alimenter la dette externe et à charrier de nouvelles charges financières en devises, sans aucun apport conséquent en termes d'investissements rentables et productifs.
Le risque est, du reste, d'autant plus accru qu'il s'agit d'une option économique décidée par un gouvernement illégitime et en partance.
Akli Rezouali
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Akli REZOUALI
Source : www.liberte-algerie.com