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L'Opep parviendra-t-elle à faire remonter des prix plombés par les surstocks '



L'Opep parviendra-t-elle à faire remonter des prix plombés par les surstocks '
Les prix des hydrocarbures seront plombés à des niveaux très bas sans doute encore pour longtemps en raison de la surabondance de pétrole produit à profusion à travers le monde au moment où l'économie mondiale est affectée par une panne de croissance qui risque de s'installer dans la durée.Au regard de l'état des lieux du marché mondial, les prix du pétrole et du gaz ont en effet peu de chance de remonter à des niveaux qui pourraient convenir aux pays qui les produisent.Passé l'effet dopant des annonces optimistes qui ne manqueront certainement pas de fuser à l'approche de la prochaine réunion de l'OPEP, les mécanismes objectifs de l'économie de marché reprendront vite leurs droits dès que les «traders» se rendront compte qu'il y a trop de pétrole disponible par rapport à ce que l'industrie et la population mondiale peuvent en absorber. Personne ne peut effectivement ignorer que les pays de l'OPEP qui produisent environ 33 Mb/j de pétrole ont mis, à eux seuls, pas moins de 35% de la demande globale sur le marché, sans compter ce qu'ils ont écoulé clandestinement sur les places informelles.Quand bien même ils feront semblant d'accepter les quotas imposés par l'OPEP, les performances productives de ces pays promettent d'être à l'avenir encore plus importantes du seul fait de l'entrée en activité des investissements colossaux engagés ces dernières années par les compagnies pétrolières. L'arrivée progressive d'hydrocarbures en provenance de pays comme l'Irak, la Libye, l'Iran et le Nigeria dopera de manière si forte l'offre des pays de l'OPEP qu'il sera bien difficile de la réguler pour éviter un effondrement préjudiciable des prix. Il faut, en effet, savoir que les pays producteurs non affiliés à l'Opep (USA, Russie, Norvège, etc.) ont également réalisé des prouesses encore plus importantes en matière d'augmentation de capacités de production et de commercialisation d'hydrocarbures.Arrivée massive du pétrole de schisteDopée par l'arrivée massive de pétrole et de gaz tirés des puits de schiste et des exploitations en mer (offshore), les stocks américains sont même arrivés à saturation au point de susciter, pour la première fois dans l'histoire de ce pays, la nécessité d'en exporter une partie. L'économie mondiale qui tourne au ralenti ne contribue effectivement pas à trouver des débouchés consistants et rapides à ces stocks qui débordent, au point de bouleverser le marché international des hydrocarbures. Un marché qui avait toujours été tiré vers le haut par une demande constamment supérieure à l'offre et qui doit subitement gérer sous contrainte une situation inverse.Et l'afflux de pétrole et de gaz n'est malheureusement pas près de s'estomper sous les effets conjugués des hydrocarbures non conventionnels, des exploitations offshore, des nouveaux puits et, bien entendu, des gisements historiques qui tournent à plein régime. Pour que les prix des hydrocarbures aient quelque chance de remonter, il aurait fallu non seulement mettre fin à cette déferlante de production d'hydrocarbures, mais aussi et surtout remettre l'économie mondiale en marche. Dans l'état actuel des choses, on ne peut évidemment parier ni sur l'un ni sur l'autre de ces deux prérequis.A en croire les dernières déclarations du nouveau président américain Donald Trump à propos de la production d'hydrocarbures non conventionnels qu'il compte encourager, tout porte à croire que le pétrole de schiste va couler à flots sur le vaste territoire nord-américain. Les exploitants concernés n'ont d'ailleurs pas attendu cet appel pour réactiver les puits à l'arrêt et à en creuser de nouveaux, encouragés en cela par les nouvelles technologies d'exploitation qui permettent d'être rentable à à peine 45 dollars le baril.Outre les 2000 puits déjà opérationnels, environ 4500 autres seraient en chantier, à en croire les informations rapportées par la presse spécialisée.Au pétrole et au gaz viendront également s'ajouter les énergies renouvelables dont la production est certes encore loin de rivaliser avec les énergies fossiles, mais dont l'utilisation a tout de même fait de grands pas dans le monde. L'apport de ces énergies nouvelles sera sans doute plus important dans un avenir proche en raison des investissements qui ont été engagés et de la volonté politique de plus en plus forte en leur faveur.Nouvelle répartition des quotasPar quel effet miracle les prix pourraient-ils remonter dans de telles conditions ' Quand bien même les déclarations optimistes de quelques ministres membres de l'OPEP pourraient produire des effets dopants sur les prix, ces derniers ne peuvent être que de courte durée, car vite rattrapés par les réalités objectives d'un marché structurellement plombé par un très lourd excédent d'offre.Un problème que l'OPEP promet de solutionner à l'occasion de sa prochaine réunion, en imposant une répartition des quotas de production de manière à réduire l'offre mondiale à des proportions permettant d'espérer une remontée progressive des prix.En application d'un accord conclu en septembre dernier à Alger, il est en effet question de réduire la production de tous le pays membres du cartel, à l'exception de l'Iran, du Nigeria et de la Libye qui ont refusé d'y souscrire. Et même si les niveaux de réduction ciblés n'ont jamais été clairement fixés, le seul fait d'évoquer un chamboulement de quotas impliquant l'Arabie Saoudite peut effectivement faire frémir les marchés pétroliers au point de booster les prix de quelques dollars.Des gains qu'ils perdront très vite sous l'effet de la réalité d'un marché fortement saturé par une offre que l'industrie mondiale, en phase de stagnation, n'arrive pas à absorber. Une stagnation qui pourrait même s'exacerber dans les toutes prochaines années si Donald Trump venait à mettre fin, comme il l'avait promis lors de sa campagne électorale, à tous les traités de libre échange en vigueur aux Etats-Unis (Alena, TPP, etc.). Le Mexique voisin a déjà officiellement revu à la baisse ses prévisions de croissance en raison des craintes suscitées par les déclarations ultra protectionnistes du nouveau président américain.Au regard de tous ces faits qui tireront longtemps encore les prix du baril vers le bas, l'espoir d'une remontée significative et durable des cours des hydrocarbures paraît effectivement bien mince et en totale contradiction avec les règles de fonctionnement du marché qui font que les prix sont bas quand l'offre est supérieure à la demande et qu'ils remontent quasi automatiquement lorsque la situation s'inverse. Il n'y a même pas une bonne raison d'attendre la fermeture pour défaut de rentabilité des puits non conventionnels qui se creusent par milliers sur le vaste territoire nord-américain et un peu partout dans le monde, depuis que les nouvelles technologies d'extraction les ont rendus rentables à moins de 50 dollars le baril.C'est dire à quel point il sera difficile pour l'Opep d'imposer une nouvelle répartition des quotas à ses membres qui, comme on le sait, organisent leur train de vie au gré des recettes d'hydrocarbures. Vendre moins de pétrole à un prix qui n'a en réalité aucune chance de dépasser 60 dollars le baril ne saurait, à l'évidence, améliorer le sort de ces pays rentiers habitués à dépenser sans compter. Ils le savent pertinemment et la tentation de vendre le maximum de pétrole ? si nécessaire à des prix bradés ? sera permanente et les marchés privés «spot» serviront, comme cela s'est toujours pratiqué dans la discrétion, de débouchés pour les ventes hors quotas, qui promettent d'être massives.
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