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L'offensive d'Ansar Eddine bouscule les lignes dans la crise malienne



L'offensive d'Ansar Eddine bouscule les lignes dans la crise malienne
L'aviation française, engagée depuis deux jours, a stoppé l'avancée des rebelles d'Ansar Eddine vers le sud du Mali. Les combats ont fait une centaine de morts au sein des rebelles, onze dans les rangs de l'armée malienne, et une victime française, un pilote d'hélicoptère. Cette brusque flambée de violence a, paradoxalement, créé une nouvelle donne dans un conflit qui semblait s'enliser.
Le groupe malien Ansar Eddine a brutalement relancé, cette semaine, un conflit malien qui semblait s'enliser. En lançant sa nouvelle offensive vers le sud, menaçant Mpoti et sa région, le mouvement de Iyad Ag Ghali a provoqué des réactions en chaine, comprenant une intervention française, une accélération de l'envoi de troupes venant des pays de la région, et l'adoption, par l'Algérie, d'une nouvelle attitude envers Ansar Eddine.
Occupant le nord depuis le printemps, avec le concours de deux mouvements classés terroristes, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) et le MUJAO (Mouvement pour le Jihad en Afrique de l'Ouest), le mouvement Ansar Eddine s'est lancé dans une périlleuse aventure vers le sud, dans l'espoir d'améliorer encore ses positions en vue de mieux négocier ou, peut-être, de pousser jusqu'à Bamako, l'armée malienne se révélant incapable de se défendre contre les rebelles venant du nord.
Le groupe a réussi à prendre Konna, qui lui ouvre grande la route du sud. Cette rupture d'un statuquo, en vigueur depuis huit mois, a été considérée par la France comme un casus belli. Des forces aériennes françaises stationnées en Côte d'Ivoire et au Tchad sont aussitôt intervenues, stoppant l'avancée des rebelles d'Ansar Eddine. Mais la conséquence la plus importance concerne le changement de calendrier qui s'impose désormais au Mali.
Alors qu'il était question de la formation, laborieuse, d'unités maliennes, qui reprendraient le nord à partir de l'automne 2013, avec le concours de quelque 3.500 hommes venant de pays de la CEDEAO, sous le couvert des Nations-Unies, une course contre la montre est désormais engagée pour imposer une nouvelle donne. Les rebelles touareg et les groupes islamistes qui les soutiennent n'ont pas les capacités militaires d'aller plus loin, face au dispositif défensif mis en place par la France.
L'énigme Ansar Eddine
Ce nouvel embrasement a bousculé les lignes, alors que le conflit paraissait condamner à l'enlisement. La France, qui ne voulait surtout pas apparaitre en première ligne, s'est trouvée directement engagée dans la confrontation, alors que des groupes terroristes détiennent toujours des otages français dans le nord du Mali. Le Niger et le Sénégal ont d'ores et déjà annoncé l'envoi de 500 hommes chacun, formant le premier noyau d'une force multinationale qui va protéger le sud, en attendant la formation d'une armée malienne qui prendrait le relais pour reconquérir le nord.
L'Algérie, qui était dans l'embarras, se voit de son côté soulagée de cette nouvelle situation, malgré son échec diplomatique patent. L'Algérie a en effet tout misé sur Ansar-Eddine, et mené de rudes négociations pour tenter de l'imposer comme un mouvement politique représentant les Touareg. Elle a organisé une série de rencontres, à Alger et Ouagadougou, pour l'imposer comme interlocuteur incontournable de la crise malienne. Mais au bout du compte, le groupe Ansar Eddine s'est rapproché d'AQMI et du MUJAO, donnant l'impression d'obéir à un agenda radicalement différent de ce qu'attendait l'Algérie.
Le mouvement est devenu une énigme. Son chef, Iyad Ag Ghali, a passé une partie de sa jeunesse à Tamanrasset, la capitale du Hoggar, où sa famille s'était réfugiée dans les années 1980, pour fuir la sécheresse. Il avait, plus tard, participé aux différentes révoltes touareg. A ce titre, les dirigeants algériens pensaient bien le connaitre. Mais était-ce toujours le même personnage, après son passage en Arabie Saoudite, comme diplomate, et son séjour au Qatar, nouveau pôle de la diplomatie arabe' Les spécialistes du dossier ont d'ailleurs noté que les choses se sont précipitées au Mali le lendemain d'une visite effectuée à Alger par l'Emir du Qatar.
Exaspération algérienne
Alger a finalement pris ses distances avec Iyad Ag Ghali et son groupe. Elle a ainsi fermement dénoncé la nouvelle offensive vers le sud. « L'Algérie condamne avec la dernière énergie les incursions et les attaques menées par les groupes terroristes dans la région de Mopti qu'elle considère comme une nouvelle agression contre l'intégrité territoriale du Mali », a déclaré le porte-parole du ministère des affaires étrangères. Pour lui, la décision de Bamako de faire appel à la France est décision « souveraine ».
Cette position tranche avec le discours traditionnel algérien, hostile à la présence de troupes étrangères en Afrique. Elle semble traduire l'exaspération de l'Algérie envers un mouvement qui semble désormais agir dans une logique totalement différente que celles des revendications touareg, que l'Algérie a largement appuyées.
Alger espère toutefois que cette brusque flambée de violence ne durera pas, et que les négociations reprendront sur de nouvelles bases, dès lors que le mouvement Ansar Eddine aura réalisé les limites de son action. Le premier ministre malien est d'ailleurs attendu dimanche à Alger, pour une visite qui sera consacrée essentiellement à la situation dans ce pays. Mais dans le même temps, l'Algérie semble cette-fois-ci s'orienter vers un éventail d'actions plus large. Ainsi, le premier ministre Abdelmalek Sellal a rencontré, samedi, ses homologues libyen et tunisien à Ghadamès, en territoire libyen, en vue de mettre en place un dispositif de surveillance des frontières. Auparavant, l'Algérie avait établi un dispositif similaire le long de la frontière malienne.
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