A première vue, il est mal à l'aise, il se fait piéger par le regard d'un autre, je prends le risque de le photographier avec un mobile. L'arroseur arrosé !!! Il dépasse malgré tout sa timidité et esquisse quelques vagues sourires après ses rictus gênés.
La rencontre avec ce jeune photographe au talent certifié laisse une délicate impression de légèreté. Une légèreté tout aérienne. Il possède des centaines de photos sur tous les sujets. Que cela soit en paysages, personnages, portraits ou compositions libres. L'approche de son travail relève de l'exercice subtil avec une telle secrète image dissimulée dans un arrière-plan, dans un ciel bleu ou dans l'intimité d'un regard volé au temps. Yassine Belahsene, natif d'Alger un 22 septembre 1982, vit son enfance heureuse dans les méandres de la capitale. S'ensuivent des études normales et un diplôme de gestion en poche pour reprendre l'affaire familiale. C'est ensuite un départ vers la région, un retour aux sources initié par le défunt paternel qui reprend ses pénates dans le village de Seddouk à quelques pas de Béjaïa. Là-bas, ce sont les pique-niques heureux, les balades dans des paysages fleuris et verdoyants. C'est aussi ce regard affectueux du père qui manie le souvenir et le fixe dans des dizaines de photos. L'image est là, fixée dans les années heureuses partagées aussi avec un baladeur de l'image, le frère Ouali, amateur de photos aussi qui titille les déclencheurs dans la complicité lumineuse d'un appareil photo. Pour Yassine, plus âgé, marié, une petite fillette qui gère l'école de langues quand il n'est pas par monts et par vaux en train de photographier sa partie du monde. Yassine Belahsene, peu disert sur son art, laisse ses doutes s'échapper avec cette question de savoir qui est photographe et qui ne l'est pas. Il souffre de cet étrange mur noir à Béjaïa qui place cet art et cette technique dans le rebut des arts oubliés : très peu d'expositions, très peu de rencontres entre professionnels et amateurs éclairés, comme si seuls le théâtre, le cinéma, la peinture ou la musique avaient droit de cité. Pourtant, il existe des photographes dans le cru béjaoui. Mais qu'à cela ne tienne, il continue de vadrouiller dans les sentiers, en 2006 et 2007, années de son baptême artistique. Il attend patiemment d'acheter un appareil reflex numérique. La photo est enfin à lui. Sur un héritage de cette passion issue du père, Yassine travaille sans relâche à faire de sa passion quasiment un métier sans sujets précis de prédilection. Les 'uvres se succèdent en étant démocratisées par ce média numérique sans limites de moyens ni de sujets. Tout ce qui bouge, qui est vivant l'attire ; il se base sur la simplicité des choses, sans fioritures. Pourtant, son art est subtil, très beau, fortement inspiré. Yassine Belahsene capte des scènes insolites, tendres, affectives qui ne sont jamais dénuées d'un esthétisme poussé jusque dans ses derniers retranchements avec un naturel qui est pourtant déroutant. Cela peut être expliqué par un talent inné de transmission. Surtout en ces temps-ci où cet artiste de l'image revient à des notes un peu rétros, déclarant une prédilection pour le noir et blanc qu'il affirme être plus esthétique. Il réalise un travail sur cette technique qui offre aussi beaucoup de perspectives dans les notes artistiques pour éventuellement une prochaine exposition dans une des galeries d'Alger. Yassine parcourt encore sa région d'adoption et réalise de nombreuses commandes pour des reportages et des photos documentaires pour une boîte de communication. Le rêve d'une carrière dédiée à cet art exclusif se fait sentir de plus en plus. Il ne sera pas étonnant de le voir participer encore une fois à des évènements dans le sujet comme les dernières rencontres au Mama, mais une pensée le taraude quant à l'organisation à Béjaïa d'une rencontre bisannuelle sur la photo en investissant la ville entièrement. L'idée, bonne, ouvrirait ainsi la porte des remparts béjaouis face à un art qui s'investit de jour en jour dans nos êtres et nos vies quotidiennes. Nous nous retournons vers nos cafés respectifs et poussons un peu cette réflexion dans ses limites. Lui se tait et, l'air pensif, laisse son art parler pour lui. Yassine Belahsene reste rêveur, il laisse errer son imagination dans des voyages imaginatifs et créatifs qui laissent son empathie prendre le dessus. Sur ses travaux on constate un réel amour des êtres et des choses dans un regard qui semble à chacun bien sympathique ou gentillet. Cependant, cet artiste regardeur laisse l'impression bûcheuse d'un homme qui sait ce qu'il fait dans une force contenue qui se laisse voir avec facilité. Il réalise un excellent travail et le reste de son parcours ne manquera pas de nous surprendre par d'autres travaux que l'on attend avec impatience.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Jaoudet Gassouma
Source : www.lnr-dz.com