
Le vendredi 14 avril, Lamia Aït Amara se produira de nouveau sur scène pour la 3e édition de son spectacle «Traversée andalouse». Du malouf au melhoun, un florilège du répertoire arabo-andalou sera présenté. Au programme également, des hommages aux grands maîtres, Hadj Tahar Fergani et Cheikh Amar Ezzahi. Rendez-vous à la salle Ibn Zeydoun à partir de 19h.- Vous venez de mettre sur le marché un nouvel album, Chem's. Quel écho avez- vous du public 'Cham's est le fruit d'un long travail qui a duré pratiquement deux ans ; la musique est plus une passion qu'une profession pour moi. A travers cet album, je voulais atteindre à la fois le grand public en essayant de faire des choix de programmes diversifiés, présenter un travail fini qui relève des qualités musicales et esthétiques dignes de ce nom. Mais surtout construire à travers cet album une image musicale fidèle à ma personnalité et assez représentative de mon univers artistique.Ainsi, on retrouve dans cham's cinq programmes distribués sur 15 pistes. Je l'entame par un enchaînement çanaâ El kad elladi sabani dans le mode sika, qui se modulera par la suite sur le mode mazmoum Jadaka el ghaitho, ensuite j'ai repris un grand hawzi, Youm lekhmis, pour lequel j'ai pris comme référence le grand samy El maghribi ; vient par la suite un melhoun incontournable, El Kawi. Et je continue par des chansonnettes telles que Ana fel hob ; Alger Alger de Lili Boniche, et un mouachah que j'ai repris dans sa version soufie, Salabat Laïla. Ce programme est en quelque sorte le résumé de ma carrière depuis que j'étais élève.Pour ce premier album, il était important pour moi de dévoiler musicalement au public mon parcours à travers la musique, notre langage par excellence ; ainsi, on y retrouve toutes les situations qui m'ont marquées et qui ont fait de moi la Lamia d'aujourd'hui. L'album est dédié à l'association Cham's et porte son nom. C'est une association qui aide des enfants en difficulté et avec laquelle j'ai eu le plaisir de collaborer plusieurs fois ; le contact avec les enfants m'a vraiment touchée et j'ai décidé de leur dédier ce travail, c'est une manière d'encourager cette association magnifique.D'ailleurs, pour chaque album vendu, une petite contribution est versée à l'association cham's. L'interaction avec le public est très importante pour moi, je suis toujours très heureuse de voir le public affluer en masse lors de mes concerts, mes spectacles «Evasion andalouse» ou «Traversée andalouse» se sont joués face à des salles pleines, Quel plus beau cadeau pourrait espérer un artiste ' Même avec le trac qui m'envahit avant chaque représentation, je ne vous cache pas que par la suite je suis toujours très à l'aise face à mon public.Je ressens tout l'amour qui se dégage de ces personnes et qui sont là pour partager la joie de vivre avec la la musique en live. Des sourires et des applaudissements qui ne font qu'accroître ma passion et ma conviction pour ce que je fais. Cham's a été accueilli avec joie, surtout que sa sortie est venue après plusieurs scènes. Et je tiens vraiment à adresser un message de sympathie et de remerciement à tout ce beau monde qui me suit et m'encourage et j'espère les voir toujours aussi nombreux.- Dans vos chansons, nous décelons surtout un travail de recherche musicale, il s'agit d'un travail métissé?Comme je l'ai mentionné auparavant, je veux être fidèle à ma personnalité artistique que je traduis à travers la musique, même si je suis versée dans le patrimoine. A mon sens, l'expression artistique ne peut s'accomplir si elle n'est pas ressentie et vécue. On chante des textes merveilleux qui racontent souvent l'amour, la joie, la beauté, la nature...Sur ces textes, j'effectue aussi un grand travail musical et le souci du détail est important. de ce fait, ma musique présente beaucoup de nouveautés. On y retrouve beaucoup d'arrangements, parfois de la polyphonie à la manière classique, et parfois je puise dans des inspirations venues d'ailleurs, d'influences turque ou orientale. En somme, mon objectif est d'arriver à atteindre un seuil de beauté musicale sur lequel je peux placer ma voix avec aisance et vivre complètement les belles poésies que je chante.Cette démarche est adoptée aussi bien dans mes productions live que pour l'album Cham's. Et à travers cette nouvelle forme d'expression, on constate qu'on arrive à toucher de nouvelles tranches du public, des jeunes ou des gens qui n'étaient pas forcément sensibles à la musique andalouse. Souvent, de nombreuses personnes m'interpellent après la fin d'un concert et me font part de leur sentiment de redécouvrir cette musique.- Un virage dans votre carrière est marqué par votre fusion avec l'ensemble Khalil baba Ahmed. Vous sentez-vous plus à l'aise 'Pour tout vous dire, ma rencontre avec le maestro Khalil Baba Ahmed, qui est actuellement mon chef d'orchestre et qui a été également directeur artistique de l'album Cham's, a été d'un apport très valorisant pour moi ; tout d'abord, j'ai retrouvé dans son travail des voies et des axes de pensée identiques à mes convictions et à ma manière d'appréhender la musique, cela a fait naître une collaboration artistique que j'estime fructueuse et qui a donné naissance à plusieurs spectacles.D'autre part, être accompagnée par l'ensemble Khalil Baba ahmed m'a permis de m'entourer de grandes pointures de la musique algérienne. Je citerai les maîtres Mokhtar Choumane, Houari Gaïdi, le virtuose Belkacem Benalioua... Ils sont onze musiciens en tout ; je ne pourrai pas tous les citer, qu'ils m'en excusent ! Mais à leur contact, la musique prend une autre dimension, celle du perfectionnisme, la virtuosité.Chacun d'eux m'aide et me permet d'apprendre davantage et être toujours au plus haut de mes performances. Khalil Baba Ahmed, de son côté, dirige l'orchestre qui fonctionne sur partitions, une nouveauté qui donne plus de rigueur et de précision dans la pratique musicale. Et à travers ses arrangements, je retrouve beaucoup de fraîcheur dans ma musique qui, à la base, est d'essence traditionnelle.- Une nouvelle génération de «divas» se forme dans l'andalou. Vous faites partie des défenseurs du patrimoine 'Je suis loin d'être une diva, je chante avec amour. J'ai une passion d'enfance et je suis une interprète de la chanson andalouse, je tiens à dire que j'ai encore beaucoup de choses à apprendre. Car il est très important de représenter la musique d'une manière très noble.- Et vous, n'êtes-vous pas un peu conservatrice, malgré le fait qu'il y a des touches modernes dans votre album...Dans tout ce que je fais, je porte beaucoup de respect à l'interprétation du patrimoine, même si nous apportons des harmonies et des arrangements. On essaye toujours de rester dans le respect du titre travaillé, de garder la mélodie telle quelle, et juste enrichir l'orchestration et d'exploiter toutes les possibilités d'esthétique qu'on peut faire ressortir.- Même sur scène, nous avons l'impression que vous faites toujours de la recherche sur les tenues traditionnelles. C'est fait exprès 'Mes tenues aussi sont à mon image. C'est moi qui les dessine, j'imagine à chaque fois le style en fonction du thème que je présente lors d'un concert. Je suis attirée par l'habit traditionnel qui représente pour moi le signe de l'élégance et de la grâce de la femme algérienne. En même temps, j'y apporte un brin d'originalité actuel, tout comme ma musique. J'aime être tout en harmonie aussi bien sur le plan musical que sur plan du visuel. L'esthétique scénique vient comme une valeur ajoutée à ce qu'on présente et valorise encore plus ce qu'on offre au public.- Avez-vous des projets pour l'avenir 'Je compte faire une tournée en mai prochain. A commencer par Montpellier pour l'ouverture de Festival Arabesc. Le 1er juin, je compte aussi participer au festival Melhouniat au Maroc, une autre tournée est aussi programmée à partir de Toulouse. Autre détail que je ne peux pas développer, c'est le projet de fusion avec une chanteuse étrangère que j'annoncerai au moment opportun. Je remercie par ailleurs tous les organismes qui me donnent la chance de me produire à chaque fois ; je citerai l'Etablissement art et culture, le palais de la Culture d'Alger, l'office Riadh El Feth...Et j'espère étendre mes scènes au-delà de la capitale et pouvoir tourner et partager au maximum ma musique à travers le territoire national. Je précise aussi que je fais souvent appel à des sponsors qui m'aident à concrétiser mes projets de scène ; d'une part, mon ensemble est pléthorique et les musiciens ne sont pas tous de la même région, il y a des musiciens qui viennent des quatre coins du pays et je profite pour remercier tous mes partenaires et sponsors.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nassima Oulebsir
Source : www.elwatan.com