Alger - A la une

L'insurrection citoyenne, acquis et incertitudes



La mobilisation est toujours intacte et les Algériens refusent toujours de déserter la rue.Lancée le 22 février, la "révolution du sourire" boucle aujourd'hui ses 100 jours. Pour le 15e vendredi consécutif, les Algériens sont massivement sortis dans la rue, à Alger comme dans les plus grandes ville du pays pour réitérer leurs principales revendications, à savoir le départ des débris du bouteflikisme, l'engagement d'une période de transition et le changement radical d'un système politique qui sévit depuis 1962.
D'aucuns ont subodoré, à l'approche du mois de Ramadhan, un relâchement dans la formidable dynamique contestataire qui a forcé l'admiration de beaucoup et, du coup, donner un répit, voire une opportunité, aux nouvelles autorités de se libérer des tenailles de la pression populaire. Il n'en fut rien. La mobilisation est toujours intacte comme au premier jour et les Algériens refusent toujours de déserter la rue tant que leurs revendications ne sont pas satisfaites. Même la confiscation des places fortes du mouvement comme la Grande-Poste à Alger et le "Palais du peuple" à Bordj Bou-Arréridj aux manifestants ou encore le déploiement, ces deux dernières semaines, d'un dispositif sécuritaire monstre n'a pas eu raison de la détermination des Algériens de mener au bout leur rêve d'une Algérie libre et démocratique. Loin d'être un feu de paille, l'insurrection citoyenne qui se déroule sous nos yeux est une véritable lame de fond qui a fait ressurgir toutes les frustrations et les colères ravalées depuis des années, en explosant à la figure d'un pouvoir autiste et autoritaire. Et face à la formidable mobilisation de millions d'Algériens, le président Bouteflika, symbole, aux yeux de beaucoup, du despotisme et de la rapine, a fini par renoncer à son ambition de se donner un autre bail à la tête du pays avant d'être carrément contraint de remettre les clés de la République en entraînant dans sa chute peu glorieuse sa fratrie et nombre de ses affidés. Une belle bataille de gagnée par le peuple sur un régime injuste, méprisant et obnubilé par sa seule survie. Mais le plus grand acquis est d'avoir réuni tous les Algériens autour d'un même projet (le changement de système) et de leur avoir permis de se réconcilier avec la politique ? des forums de débat s'étaient fait jour çà et là et les citoyens se sont réappropriés la parole publique en discutant de la situation du pays, de son avenir, des solutions à mettre en ?uvre... ? mais aussi avec les valeurs ancestrales de tolérance (le drapeau national côtoyait joyeusement l'emblème amazigh mais aussi naïli sans que cela ne réveille les vieux démons de l'ostracisme et les femmes se mêlaient aux hommes en jetant aux orties toute misogynie) et du civisme (peu de vols sont constatés dans les rassemblements, les places sont systématiquement nettoyées à la fin des marches, des secouristes se sont bénévolement proposés pour porter secours aux victimes des brutalités policières ou pour s'interposer entre manifestants et policiers, etc). La partie est-elle gagnée pour autant ' Non. Les deux B, le chef de l'Etat, Abdelkader Bensalah, et son Premier ministre, Noureddine Bedoui, dont les têtes sont réclamées à cor et à cri par les manifestants depuis 3 mois, sont toujours là et ne donnent aucun signe de vouloir débarrasser le plancher. Et même s'il a gagné le pari de la mobilisation et de la persévérance, le mouvement populaire fait face aujourd'hui à l'entêtement des nouvelles autorités qui veulent imposer leur feuille de route, à savoir la tenue de l'élection présidentielle sans passer par une période de transition qui, pourtant, fait consensus dans la société puisqu'elle est réclamée par plusieurs partis de différentes obédiences politiques, la société civile et même la rue. Les Algériens réussiront-ils à dépasser cet écueil et autres vents contraires pour pouvoir enfin entrer dans une vraie démocratie '
Arab Chih
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