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L'informel sévit toujours Marché Dubaï à Bab Ezzouar



Photo : S. Zoheir
Par Samira Imadalou

Erigé pendant les années 90 dans la banlieue est d'Alger, juste en face de la plus grande université du pays en l'occurrence l'Usthb (Université des sciences et technologies Houari-Boumediene) au milieu de constructions individuelles anarchiques, le marché El Djorf, connu sous le nom de Dubai, a enregistré une expansion rapide au fil des ans. Il est devenu aujourd'hui, l'un des plus grands marchés de la capitale où sont proposées différentes marchandises en majorité provenant de l'importation. Les produits contrefaits ou imités pullulent en effet dans ce marché, marqué également par la prolifération des commerçants informels avec la bénédiction des propriétaires des habitations limitrophes, moyennant des sommes importantes d'argent comme prix de location de ces baraques de fortune prises quotidiennement d'assaut par des clientes en quête de bonnes affaires. Ce bazar fortement fréquenté par la gente féminine est dominé aujourd'hui par l'illégal. Ils sont en effet nombreux à avoir réussi à construire des petites baraques en tôle pour exposer leurs marchandises. Ces commerçants hors la loi ne payent pas d'impôts. Pis, ils règlent des loyers au noir. En d'autres termes, ce sont les habitants de ce lotissement, organisés en réseau, qui leurs louent des espaces en dehors des locaux en dur, en plein air et à des sommes faramineuses. Le montant exigé varie selon l'espace mais aussi selon la marchandise. Il va de 8 000 dinars à 50 000 dinars, selon la superficie. «Le propriétaire de cette maison m'a loué ce petit espace à 8 000 dinars par mois», nous dira discrètement un commerçant qui propose des pyjamas pour enfants avant d'ajouter : «Par rapport à d'autres, le coût de ma location reste modeste. J'en connais qui versent 50 000 dinars par mois avec une avance d'une année et bien sûr sans contrat de location.» C'est en somme l'informel sur toute la ligne. De l'importation des marchandises, à la location des espaces jusqu'à la vente qui se fait sans facturation. Et ce, même pour les produits dont les prix sont exorbitants, à l'exemple de la vaisselle en cristal proposée justement en masse sur ce marché, au même titre que les produits bas de gamme.Pour un autre commerçant (proposant des parures de draps et autres articles de maison), venu du sud du pays à la recherche d'un emploi à Alger et qui a finalement atterri dans ce bazar, la location lui coûte 20 000 dinars. «Je verse 20 000 dinars pour installer cette table», se contentera-t-il de nous dire sans donner de détails et avec beaucoup d'hésitation. A qui ' Pas de réponse à cette question. Car, il n y a pas que les propriétaires qui louent mais il y a aussi des sous traitants qui font la loi dans ce marché, situé à une dizaine de kilomètres de l'aéroport international d'Alger. Apparemment, il y a une multitude d'intervenants dans ce créneau jugé porteur. «Si l'activité n'était pas rentable, ils ne paieraient pas des loyers aussi élevés», estime un autre commerçant légal qui déclare verser 100 000 dinars par mois comme loyer pour un magasin en dur. «Je n'ai rien à me reprocher. Je suis en règle», notera-t-il encore accusant les commerçants illégaux de faire dans la concurrence déloyale. C'est justement le cas. Mais tous ces intervenants sur la sphère commerciale informelle ne semblent pas inquiétés par la campagne de lutte contre le marché noir lancé par le gouvernement. Du moins pour ceux installés à Dubai. C'est ce qui se dégage des impressions recueillies hier sur place. «Il y a déjà eu une opération similaire mais ça n'a rien donné. Une fois l'opération achevée, tout est revenu comme avant sinon plus», témoigne Hichem, un propriétaire de magasin de prêt-à-porter femmes. Aujourd'hui, ces commerçants illégaux se comptent d'ailleurs par centaines. Mais, le chiffre exact n'est pas connu. Car, les espaces sont de plus en plus accaparés rendant d'ailleurs la circulation très difficile et bloquant l'accès aux magasins, dont les propriétaires n'ont cessé pourtant de se plaindre. «On a laissé faire pendant des années. Maintenant, c'est difficile de les (les commerçants informels ndlr) déloger», notera Hichem non sans espérer que l'opération décidée donne cette fois-ci des résultats. «Nous attendons pour voir», poursuivra t-il. C'est l'attente en effet des deux côtés. Une manière de gagner du temps et des sous au même temps. «Je préfère continuer à vendre mes produits avant qu'on vienne me dégager d'ici», confie, pour sa part, un jeune vendeur de chaussures juste à l'entrée du souk. Pour l'heure, l'opération de destruction des points de ventes installés illégalement n'a pas encore commencé. «C'est en phase de recensement. Depuis quelques jours, le marché reçoit la visite des autorités, notamment pour le recensement. Même le wali délégué de Dar El Beïda a fait le déplacement», nous dira Yacine, un commerçant légal dont le magasin, spécialisé dans l'habillement pour enfants, fait directement face à un autre illégal. «Vous voyez ces vendeurs d'en face, ils n'ont encore rien fait pour déplacer leur marchandises. Et pourtant, on leur a demandé de préparer des dépôts à cet effet», ajoutera t-il. Mais, ce n'est pas encore clair. Certains parlent de rumeurs et d'autres d'avertissement. Les autorités locales, pour leur part, n'ont pas encore dévoilé le plan d'action à cet effet. En attendant, l'informel continue à sévir.
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