
Ni les émeutes de Dergana, ni les tentatives de suicides enregistrées chaque jour à travers le pays, ni la clochardisation de nos villes n'ont encore suscité la réaction des pouvoirs publics pour mettre fin au phénonème des constructions illicites. Avant-hier encore, la commune de Besbès a vécu un drame où l'adjoint au maire a été tué pour avoir dirigé une opération de démolition d'une construction illicite.Début de ce mois de décembre, à Bouira, une opération de démolition de 16 bâtisses illicites a failli dégénérer. La plupart des drames enregistrés concernent des constructions illicites achevées et habitées d'où cette question : pourquoi attendre que des citoyens achèvent leurs logements où installent leurs gourbis pour prendre la décision de les démolir.Le cas de Dergana où des émeutes ont éclaté, est édifiant. Bâtis dans les années 2000, de nombreux commerces ont été démolis provoquant non seulement des émeutes, mais aussi des interrogations. Où étaient les pouvoirs publics, quand ces gens construisaient ces bâtisses' Pourquoi attendre leur achèvement pour les démolir ' Deux questions que les citoyens ne cessent de poser et auxquelles l'administration peine à répondre. Les responsables sont interpellés quant à ces bâtisses et ateliers qui fleurissent en toute illégalité à la périphérie immédiate de la capitale. "Le ministère de l'Habitat, le premier concerné, est préoccupé beaucoup plus par le choix des sites de l'AADl, un sujet médiatique alors que le pays se clochardise", affirme un architecte de Boumerdès.Ainsi 12 ans après le séisme de Boumerdès (plus de 2 000 victimes et de milliers de sinistrés), observateurs et experts admettent que la leçon sur la sécurité du bâti n'a pas été retenue par les pouvoirs publics.Ni le séisme 2003, ni la loi 90-29 du 1er décembre 1990 relative à l'aménagement et à l'urbanisme, ni la loi 08/15 fixant les règles de mise en conformité des constructions illicites n'ont découragé les gens. Certains ont même érigé des villas sous des lignes électriques de haute tension ou sur des conduites de gaz ou encore des usines sur des terres agricoles comme à Boumerdès et à Ouled Moussa. À Béjaïa, une partie du littoral a été occupée par ces constructeurs. "Les rares constructions démolies ont souvent ciblé de petites baraques et bidonvilles. De telles opérations éclair sont destinées justes pour parfaire les statistiques", nous affirme un architecte exerçant au ministère de l'Habitat. La loi 08-15 relative à la mise en conformité censée apporter une solution à ces constructions n'a fait qu'encourager ce phénomène. De nombreux constructeurs se sont engouffrés dans la procédure liée à cette loi pour se faire régulariser des constructions édifiées après 2008. Il se trouve qu'il y a même des institutions qui sont sous le coup de cette loi. Pourtant la loi stipule qu'"il est interdit d'entreprendre des travaux de construction sans permis de construire ou de les réaliser au mépris des plans graphiques ayant servi à l'obtention du permis de construire", indique l'article76 de la loi n° 04-05 du 14 août 2004 relative à l'aménagement et à l'urbanisme. Mais les ministères concernés ont vite trouvé la parade en profitant de la nouvelle instruction du ministère de l'Habitat portant le n°4 datée du 6/09/2012 pour régulariser leurs constructions illégales même celles érigées après mai 2003.On y trouve de tout, des universités, des tribunaux, des mosquées, des hôpitaux, des sièges APC, des établissements scolaires et publics bâtis sans permis de construire ni permis de lotir. "Et ce sont les institutions de l'Etat qui donnent le mauvais exemple en ne respectant pas les lois de la République et en affichant un laxisme vis-à-vis des constructions illicites édifiées par des individus', affirme un architecte. M.T.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Madjid T
Source : www.liberte-algerie.com