Photo : Riad
Par Hassan Gherab
Il y a un théâtre national à Alger et d'autres régionaux dans les principales grandes villes du nord du pays. Mais un seul par ville. En théorie, c'est peu. Des théâtres, il devrait y en avoir partout, dans chaque ville, voire chaque quartier quand la ville est grande. Le citoyen ne devrait pas chercher le théâtre ou la pièce à voir. Il doit avoir le choix. Mais ça, c'est quand le 4e Art est bien assis dans la société et intégré dans le quotidien des citoyens. En Algérie, l'art des planches se cherche encore un public et, donc, un théâtre par ville est plus que suffisant, même si on aurait tant aimé en avoir un peu partout.Les mutations comportementales qui ont fait apparaître chez les nouvelles générations de nouveaux centres d'intérêts et de nouveaux modes de consommation, ont contribué à cette défection du public. Certes, une représentation qui «oblige» son «consommateur» à rester cloué dans un siège, dans une salle sombre, face à une scène, pendant près d'une heure, ne peut concurrencer cette culture fast-food qu'on transporte dans son IPad, sa tablette ou son Smartphone. Mais ce même accro du tout numérique, peut bien rester cloué pendant des heures face à un écran !' On ne peut dès lors affirmer que les jeux sont faits et que la partie est définitivement perdue pour les planches. Le théâtre a encore du ressort et une scène peut damer le pion à l'écran, en présentant des atouts, si ce n'est plus, pour le moins aussi attrayants. Autrement dit, le 4e Art doit se réimposer en jouant sur le terrain de ses «concurrents», c'est-à-dire le distractif. Et c'est là un terrain qu'il connaît depuis belle lurette puisque il y est né et il a su utiliser toutes ses subtilités et tournures pour dénoncer, revendiquer, critiquer et mener des combats que même les politiques n'osaient pas engager. Le théâtre algérien qui vit une situation loin d'être des plus enviables, a les moyens de faire et réussir cette «mue» salvatrice qui le remettra à jour et le reconnectera à sa société. Etant pris en charge par l'Etat - ce qui n'est pas toujours un avantage-, il lui est déjà fait obligation de produire. Dans le chapitre des missions, il est écrit noir sur blanc dans l'énoncé du décret exécutif 07-18 du 16 janvier 2007 portant statut des théâtres régionaux que cette institution, qui a le statut d'établissement public à caractère industriel et commercial (Epic) dotée de l'autonomie financière, est chargée notamment «de créer, selon un planning annuel, un nombre minimum d''uvres théâtrales d'auteurs algériens et étrangers, de susciter les vocations et d'encourager la création, d'assurer aux 'uvres, pièces produites une large diffusion, d'accueillir les troupes étrangères, dans le cadre du programme arrêté par le ministère de la Culture [un exemple du désavantage de la tutelle, Ndlr], de développer des échanges avec les institutions, organisations et établissements».Ainsi, les théâtres des villes reçoivent des budgets pour produire des 'uvres et c'est ce qu'ils font, sans pour autant arriver à remplir les salles. Il n'y a plus de pièces qui se jouent à guichets fermés. La question est de savoir si le matériau qui pourrait donner des pièces de haute facture existe. Certaines gens du métier soutiennent qu'il est nécessaire de revenir à la formation et la perfectionner. D'autres remettent en question la politique adoptée par nombre de responsables de théâtres qui ont pris le parti de ne travailler que pour les festivals, cette vitrine qui nourrit l'illusion d'un théâtre fécond, en misant sur une pièce à grosse distribution qu'on fera tourner. Le reste de la production qu'on est obligé d'assurer sera des reprises d'anciennes pièces et des monologues et pièces à petite distribution, qui ne coûtent pas cher et sont faciles à transporter. Résultat : personne ne s'intéresse à ce qui se passe au théâtre, mais on affiche sa satisfaction d'avoir rempli les salles grâce aux invitations lors des générales et aux festivaliers lors des festivals. On ferme les yeux sur la qualité des productions et de l'organisation. La quantité et le décorum suffisent à flatter l'égo des responsables qui refusent de voir toutes ces petites troupes n'ayant pour seules planches que le carrelage d'une salle dans la maison de la culture de la ville, mais qui arrivent à produire, voire même monter des festivals, de véritables festivals où le théâtre mérite son titre de 4e art. On peut aisément imaginer ce que sera l'activité théâtrale si le théâtre algérien «contribue à la promotion des arts dramatiques destinés à l'enfant, participe à l'émergence des jeunes talents par l'encouragement de la création dans le domaine des arts dramatiques, à l'organisation des manifestations», comme édicté dans l'annexe de la loi suscitée. Le texte poursuit en stipulant que «le théâtre régional est chargé de présenter des pièces théâtrales étrangères pour permettre au public d'accéder à la culture universelle». Ajoutons-y le souci de la qualité et le retour aux fondamentaux de l'art, et on aura un théâtre qui n'aura plus à chercher son public. Ça nous changera de ce théâtre qui manque de tout, même d'art.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : H G
Source : www.latribune-online.com