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L'homme de tous les régimes



L'ancien ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, homme clé du régime Bouteflika entre 1999 et 2012, s'est éteint, hier, à l'hôpital militaire d'Aïn Naâdja à l'âge de 83 ans.Son nom reste tristement lié aux années de plomb qu'a connues l'Algérie durant les années 70 et 80. Figure incarnant la période sombre de la Sécurité militaire, Yazid Zerhouni était un des personnages ayant structuré la philosophie de la domination sécuritaire sur la vie nationale.
Responsable des services spéciaux, ambassadeur puis ministre de l'Intérieur, le "Malgache" s'est familiarisé avec tous les rouages du régime politique.
L'on retient de lui surtout sa dérive verbale au lendemain de l'assassinat du jeune lycéen Guermah Massinissa le 18 avril 2001 qui allait provoquer un bain de sang en Kabylie. Alors ministre de l'Intérieur, il avait qualifié le jeune de Beni Douala assassiné à l'Intérieur d'une brigade de la gendarmerie de "voyou".
L'ancien ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales et non moins homme clé du régime Bouteflika entre 1999 et 2012, Noureddine Yazid Zerhouni s'est éteint hier, à l'hôpital militaire d'Aïn Naâdja à l'âge de 83 ans.
Pendant plus d'une décennie, il fut l'un des plus proches collaborateurs du président déchu qu'il servit même avec dévotion, contribuant déjà à consolider le régime Bouteflika durant ses deux premiers mandats.
Un cycle qui participera à planter le décor idoine pour des viols successifs de la loi fondamentale par la mise au pas de l'administration centrale et/ou locale et son asservissement pour les besoins électoralistes qui allaient perpétuer le règne des Bouteflika.
Noureddine Yazid Zerhouni ne tardera d'ailleurs pas à se faire remarquer, en tant que premier policier du pays, gardien d'une fausse pérennité, par la répression sauvage qui s'abattit sur les manifestants de Kabylie durant le printemps noir de l'an 2001.
Il mettra davantage le feu aux poudres en qualifiant le jeune lycéen Guermah Massinissa de "voyou de 26 ans" au lendemain de son assassinat par balles dans une brigade de gendarmerie à Beni Douala.
Dès lors, une situation quasi insurrectionnelle s'installa dans toute la région de Kabylie et gagna même d'autres contrées du pays au moment où les gendarmes poursuivaient leurs expéditions punitives contre les manifestants et qui firent plus de 120 victimes.
Une tache noire qui colle depuis au nom de Noureddine Yazid Zerhouni dont le curriculum vitae prédestinait pourtant à une renommée autrement plus valorisante.
Né en 1937 à Tabarka en Tunisie, il passa sa jeunesse à Fès au Maroc et adhéra dès l'âge de 18 ans au FLN. À 20 ans, il est repéré par Abdelhafid Boussouf quI le recruta au sein du ministère de l'Armement et des Liaisons générales (MALG).
En 1961, Noureddine Yazid Zerhouni qui n'avait que 24 ans fera partie de la délégation algérienne à Evian en tant qu'expert militaire. Rompu aux rouages des services de renseignements grâce à l'expérience acquise au sein de la direction de documentation et de recherche (DDR) du FLN qu'il dirigea dès 1958, il sera chargé dès l'indépendance, de la direction des "services opérationnels" de la sécurité militaire.
À la fin des années 1960, il peaufinera son cursus scolaire en poursuivant des études supérieures en droit et relations internationales. Nommé par Boumediene à la tête du service des analyses et de la documentation de la sécurité militaire, il devient, quelque temps plus tard, l'un des plus proches adjoints de Kasdi Merbah alors patron des services secrets algériens auquel il succédera après la mise à l'écart de ce dernier par Chadli Bendjedid.
En 1982, il est remplacé par Mahdjoub Lakehal Ayat à la Sécurité militaire et rejoignit le corps diplomatique en occupant successivement les postes d'ambassadeur d'Algérie aux USA, au Mexique et enfin au Japon.
En 1999, il devient un incontournable du cercle restreint du président Bouteflika qui lui confie dès son intronisation la mission d'organisation du sommet de l'OUA tenu à Alger au mois de juillet de la même année.
Noureddine Yazid Zerhouni gardera le portefeuille régalien de l'Intérieur et des Collectivités locales jusqu'au mois de mai 2010 et occupera par la suite le poste de vice-Premier ministre pendant plus de deux ans.
L'histoire retiendra également qu'en 2006, le défunt s'est fait remarquer en s'opposant farouchement à la loi sur les hydrocarbures, initiée par Chakib Khelil et approuvée par le Conseil des ministres.
Noureddine Yazid Zerhouni aurait alors exprimé, séance tenante, que son refus de cautionner une loi qui contribuerait à brader les richesses du pays, soit notifié dans le procès-verbal de la réunion. Une position saluée par le monde du travail et des partis de l'opposition à l'époque.

KAMEL GHIMOUZE
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