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L'histoire mal desservie et mal servie



L'histoire mal desservie et mal servie
L'Histoire est l'une des matières les plus rébarbatives. Rares sont les enfants qui se sentent à l'aise avec ces noms de lieux, batailles, faits, contrées, civilisations et personnages dont on n'a jamais entendu et entendra parler, en dehors de l'école. S'ajoutent à ces dénominations, ces enchaînements de dates des siècles passés qu'il faut retenir, avec l'événement ou la personnalité auquel elles se rattachent. C'est toute une histoire pour trouver les connexions -pour user d'un terme des temps modernes- entre des faits et des personnes n'ayant aucune accroche avec le présent, aucune illustration tangible ou application concrète.En fait, l'histoire est déjà déconsidérée par le statut et la place qu'on lui accorde dans le programme scolaire. Elle n'est pas enseignée comme une matière à part entière. Elle se partage les heures de cours avec la géographie. T'arikh wa djough'rafia (histoire et géographie) est un duo, un vieux couple, dont l'enseignement est assuré par le même professeur, malgré le fossé existant entre les deux matières diamétralement opposées, autant la première se caractérise par l'intangibilité des faits passés qu'elle rapporte autant la géographie est, elle, foncièrement basée sur des indicateurs concrets. Ce n'est toutefois pas au fait de «partager» l'enseignant avec une autre matière que l'histoire doit le désintérêt qu'elle suscite chez les élèves. Son handicap, elle le porte en elle. S'inscrivant résolument dans le passé, l'Histoire ne peut intéresser les jeunes que si elle est présentée comme un ensemble d'histoires de personnes ayant existé. Autrement dit, si elle leur est contée avant d'être enseignée. Quand on raconte la course dans la Méditerranée, qu'on cite des journaux de corsaires (le journal de Jean de Lussac par exemple) qui décrivent les abordages, les batailles en mer et tous ces menus détails de leur vie, et que dans un des témoignages on parle des frères Arroudj, la leçon sur la Grande-Porte, l'appel aux deux corsaires turcs, l'incident de l'éventail, le débarquement français, la bataille de Staouéli, la prise d'Alger,... et toutes les actions de résistances au colonisateur deviendront dès lors autant de «compléments» de l'histoire que tel corsaire avait rapporté dans son journal. Entre une leçon et une autre, on peut toujours trouver un témoignage «vivant» à intercaler. Quand on a vu la Bataille d'Alger, les noms et les dates qui seront donnés dans le livre rappelleront des images du film mémorisé. Il en est de même avec toutes les pages d'Histoire. Il reste toutefois un autre handicap, ou plutôt une lacune, qui empêche l'Histoire d'éveiller l'intérêt de l'apprenant. Que peut penser un enfant d'une matière qui situe toute son histoire dans la petite période (par rapport aux milliers d'années la constituant) de 1830-1962 alors qu'il entend parler des accomplissements des rois numides qui remontent à l'ère pharaonique ou des Garamantes qui ont occupé dans l'antiquité une partie du sud algérien ' Il est vrai que ces périodes sont évoquées, mais succinctement, comme pour suggérer que l'Algérie, en tant que territoire, n'a existé que depuis l'occupation française. Et encore, même les nombreuses actions de résistances, à travers tout le pays, qui n'ont cessé de mener la vie dure au colonisateur depuis qu'il a mis son pied en Algérie, sont limités à quelques «grands» mouvements, jusqu'à 1954, quand commença la Guerre d'indépendance, et l'histoire de l'Algérie, histoire qui, plus est, sera transcrite en gardant de nombreuses zones dans l'ombre, pour ne pas gêner tous ceux qui, après l'indépendance, veulent apparaître comme les héros sans tares ni reproches de la révolution et qui, à ce titre, ont le droit de diriger le pays ou de se faire payer, rubis sur l'ongle, les souffrances qu'ils ont endurées pour le libérer.L'écriture de l'histoire sera ainsi arrachée à la rigueur scientifique à laquelle doit se soumettre l'historien pour être orientée vers le politiquement correct, mais ça c'est une autre histoire...H. G.


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