Alger - A la une

L'histoire, c'est surtout aujourd'hui



Pour des raisons évidentes et d'autres un peu moins, les élections en France, la présidentielle tout particulièrement, ont toujours intéressé les Algériens. Parmi les raisons évidentes, il y a le fait le plus' évident : la France est le premier partenaire économique de l'Algérie. Bien sûr, l'Algérien ordinaire n'en fait pas vraiment cas puisque si ça se trouve, il ne le sait même pas ! Il y a aussi, l'«histoire commune».
C'est galvaudé, souvent brandi pour dire que le présent est compromis et l'avenir incertain, mais la formule est tenace. Mais la plus apparente parmi ces raisons est l'importante «communauté» algérienne vivant sur le sol français. Mais qu'on ne s'y méprenne pas, la «communauté algérienne» est devenue depuis longtemps'
une façon de parler, même si on a tendance à souvent l'oublier. Et pour cause, la majorité de ceux qu'on réunit abusivement sous cette désignation sont des Français à part entière !
Les temps ont changé, le vocable «immigré» ou
«émigré» a quasiment disparu du langage courant, seule tarde à se constituer la communauté d'origine avec ses attributs modernes comme on connaît à travers le monde, qui soit capable de peser sur les relations entre les deux pays en se faisant diaspora économique et culturelle tout en étant parfaitement intégrée dans le pays d'accueil ou de naissance. Venons-en aux raisons les moins évidentes, c'est-à-dire les moins avouées et moins avouables. Les
Algériens d'ici veulent plus de visas et ceux de là-bas, plus particulièrement les «sans-papiers», espèrent plus de possibilités de régularisation. D'autres encore, plus discrets, espèrent un pouvoir plus permissif à leurs transactions douteuses et pourquoi pas silencieux sur leur patrimoine de là-bas. Tout ce beau monde se sent «concerné» par des rendez-vous politiques théoriquement franco-français.
Seul le pouvoir politique observe à l'occasion une position de confortable neutralité. Pourtant, les rapports à l'Algérie et au-delà ses intérêts, ne sont jamais envisagés de la même manière, selon que la droite ou la gauche soit aux affaires. Bien sûr, on peut toujours dire que seuls les intérêts de la France comptent pour les pouvoirs français, quelles que soient leurs couleurs politiques. Mais en politique, dans les relations entre Etats, l'intelligence est de parvenir à faire coïncider ses intérêts propres avec ceux de ses partenaires.
Or, on ne sait jamais ce que pense l'Algérie officielle des élections françaises, alors que nous avons là-bas la plus importante communauté établie à l'étranger, que nous avons avec ce pays l'essentiel de nos échanges avec l'Europe, qu'il y a des dossiers d'investissements en suspens à faire aboutir et qu'il y a des considérations géostratégiques à ne pas négliger en la circonstance. Pourtant, et parfois de manière très peu compréhensible, nous avons vu,
à l'occasion de la confrontation entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, les cercles les plus insoupçonnables d'intérêt pour cette élection s'agiter avec autant d'enthousiasme et de parti pris que s'il s'agissait d'un suffrage qui engagerait l'avenir de leur douar. Certes, la part du «spectacle» électoral, la passion pour la confrontation des idées, le débat politique et le traitement médiatique de l'événement ont leur part dans cet enthousiasme, les Algériens étant dramatiquement sevrés en la matière. Mais ce n'est pas tout, l'alignement presque «consensuel» derrière le candidat socialiste n'étant pas toujours expliqué par des considérations de sympathie politique.
Il serait d'ailleurs intéressant de découvrir dans les prochains mois ce que l'Algérie pourra tirer de la victoire de la gauche, bien partie d'ailleurs pour se confirmer et se renforcer par les résultats des législatives. Certes, François Hollande a d'emblée annoncé une première visite en Algérie, précédée de celle imminente de son ministre des Affaires étrangères.
Sur le plan symbolique, la venue de Laurent Fabius à Alger et sa participation aux célébrations du cinquantième anniversaire de l'Indépendance est certes de bon augure pour les relations entre les deux pays. Certes, la déclaration du nouveau président français sur la colonisation est de manière à ouvrir d'autres perspectives, mais on ne bâtit pas des relations durables et bénéfiques sur des symboles. Ceux qui, ici ou là-bas, ont soutenu votre candidature, attendent autre chose, Monsieur Hollande. Ils l'ont aussi fait pour autre chose que le spectacle. Et l'Histoire a besoin d'avenir. Qui commence aujourd'hui.


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