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L'herbe est toujours plus verte ailleurs



L'herbe est toujours plus verte ailleurs
Parcours n Malika, une universitaire bardée de diplômes, a passé toute sa jeunesse jusqu'à près de 40 ans sur les bancs universitaires, collectionnant des qualifications.Fille intelligente, matheuse, Malika douce comme pas une, tenait les rênes de leur maison familiale pendant que sa mère travaillait à l'étranger, leur envoyant une part de son salaire de femme de ménage. Soumise, subissant le diktat de sa génitrice, la jeune femme devint la gardienne du foyer au nom de sa fratrie. Elle faisait souvent des allers-retours pour des vacances auprès de cette mère, laquelle avait choisi l'émigration sans jamais l'accepter pour sa fille, en connaissance de cause «Et qui va rester à la maison ' On va la fermer?' Et tes frères '». Disait-elle à Malika, qui, soit dit en passant, n'a jamais souhaité vivre ailleurs qu'à Alger. Ses voyages, elle venait les décrire à ses amies intimes avec minutie. Puis un jour, ses frères également universitaires, mariés avec des enfants à charge, prirent la décision de rejoindre leur mère. Malika, plongea dans une lourde solitude. Bien que ses voisins qui l'ont vue naître l'entouraient de sollicitude. Elle trouva du travail à plusieurs reprises mais ne fut pas payée pour ses compétences et pour son sérieux. La dépression nerveuse la guettait. Elle partit également en mettant la clé sous le paillasson. La vie là-bas, ce n'était pas le paradis non plus. Elle resta des années sans papiers, faisant des petits boulots au noir, de deux à trois semaines auprès de patrons maghrébins qui ... Son doctorat ne lui servit à rien. Elle traînait sa mélancolie de célibataire ayant raté le coche en arpentant les rues d'une capitale européenne. Ses amies algéroises lui trouvèrent un poste très bien rémunéré dans une boîte publique à El Achour avec logement de fonction et chauffeur. Cette fonction entrait dans le cadre du programme faisant appel aux compétences algériennes installées sous d'autres cieux. Un coup de veine, pensèrent-elles en l'encourageant à revenir et faire carrière dans cette entreprise de renommée internationale. Eh bien non. Elle fit la fine bouche «Alger ' C'est fini. J'y étouffe» disait-elle au téléphone en moyenne deux fois par semaine à ses copines tout en se lamentant sur le chômage, les CV refusés parce que nord- africaine, pour ne pas dire algérienne, sur la chambre de bonne qu'elle partageait avec sa mère «Les sanitaires sont sur le palier de l'immeuble et il faut aller aux douches publiques pour prendre un bain». Leila N.Et finalement?l Au cours de ses pérégrinations dans les jardins publics avec toujours un livre pour meubler ses heures, Malika rencontra, un jour, un étranger qui sympathisa avec elle, échangeant leurs connaissances en littérature, cinéma, culture générale, leurs liens devinrent plus forts. Malika avide d'amour et bonne croyante depuis toujours, faillit se mettre en ménage avec lui, puis se ravisa non sans la fermeté de sa mère. «Une union libre ' Réfléchis un peu à 45 ans?!»Puis, un jour elle trouva chaussure à son pied, par l'intermédiaire d'un couple algérien. Un homme natif de La Casbah, jeune grand-père, installé là- bas depuis plus de 30 ans, encore beau gosse et séparé de sa femme. Malika n'ayant plus l'espoir d'enfanter accepta l'idée du mariage, bien que le physique, le comportement protecteur, l'humour de son époux y firent beaucoup. «Alger, Didouche, la Grande Poste je suis à l'étroit?» Pourtant ce n'est pas la vie en rose là où elle vit «J'habite dans un vieux bâtiment, au dernier étage, sous les toits. Le couloir pour aller à la chambre est tellement étroit que nous le traversons à tour de rôle mon mari et moi. Toujours des sanitaires sur le palier, partagé par les autres locataires... On a intérêt à éviter d'avoir une envie pressante au cours de la nuit.» L'appartement familial Algérois de Malika occupé occasionnellement depuis, est un F+5 situé dans le voisinage du Musée du Bardo. L. N.Une certaine idée du bonheurl L'histoire de Djohra native de Bordj? est un cas insolite. Avoir 35 ans dans une campagne perdue, traire les chèvres, cultiver le jardin potager, voir les saisons se dérouler et aucun mari à l'horizon. Le vent du large lui titillait l'esprit. Quand elle venait à la grande ville pour se décompresser c'était également pour «déposer son dossier de visa». Ses cousins qui la recevaient avec grand plaisir plaisantaient sur cette envie de «décamper» et laisser tomber ses vieux parents. «Toi?partir ' Combien de fois on t'a rejeté tes demandes ' Fais-toi, une raison. Tu ne sais ni lire ni écrire?» Elle croyait dur comme fer qu'elle aurait sa chance et qu'elle prendrait un jour l'avion. C'était ainsi et pas autrement. Un jour pourtant elle eut?son visa pour une durée de deux mois. Elle est partie. Sa cousine habitait dans une région qui rappelle leur campagne. Dans un jardin public elle allait souvent passer des moments de détente. Soixante jours s'écoulèrent, «ses papiers grillés», elle se mit en tête de finir sa vie comme une sans papiers. La cousine, ayant un emploi, ne fit aucune objection, puisqu'elle s'occupait du ménage, des enfants, des repas. Un jour, un presque octogénaire a voulu lui faire la conversation. Elle lui fit comprendre avec des gestes qu'elle ne connaissait pas la langue du pays. Veuf, la solitude lui pesant, il lui fit la cour à l'ancienne. La drague c'est pour les jeunots. C'était la solution pour renier Bordj ??ses vieux, les biquettes et une vie sans relief. Sa parente essaya de la dissuader. «Un vieillard sur le point de mourir ! Un européen ! que va-t-on dire au pays?! D'ailleurs tu ne sais pas un traître mot de sa langue?!» Campant sur sa décision, ayant de la suite dans ses idées ? elle se maria sans prendre en compte les conseils de ses proches. Elle a eu un garçon et continue, selon un de ses neveux, d'aller avec son compagnon, nouveau papa, au jardin municipal. Accomplissant consciencieusement son rôle de garde malade et de génitrice. C'est là, qu'il la rencontre quand il va en voyage. Les autres ne veulent plus la recevoir. Depuis, elle est sujette à des plaisanteries dans son milieu familial «Djohra, si elle avait fait des études, elle aurait prétendu à un acteur américain.» L. N.


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